Vusr : un outil pour faciliter la distribution en réalité virtuelle

L’entreprise torontoise Secret Location veut changer les règles du jeu avec Vusr, un outil qui simplifie la distribution de contenu de réalité virtuelle à toutes les plateformes existantes, dont Oculus et Google Play. Cet outil a déjà retenu l’attention de grands joueurs comme CBC/Radio-Canada et le New York Times.

La réalité virtuelle (RV) représente un outil d’une efficacité redoutable en narration, mais force est de constater que la technologie est très fragmentée. On dénombre actuellement huit grandes plateformes de RV, et nombre d’autres entreprises développent leurs propres technologies à l’heure actuelle.

Distribuer du contenu à chacune de ces plateformes requiert du temps, de l’argent et la participation des développeurs. L’entreprise torontoise Secret Location a mis le doigt sur le problème et a développé une solution pour le régler.

Andal et son équipe ont mis au point Vusr, un outil qui aide les médias et les créateurs à distribuer facilement leur contenu de RV sur de multiples plateformes. Andal affirme qu’il [l’outil Vusr] permet à des créateurs de contenu comme le New York Times et CBC/Radio-Canada de se concentrer sur la création de contenu au lieu de devoir développer des applications.

« Nous bâtissons votre appli de RV à partir de gabarits de base que nous avons créés et nous l’adaptons à chacune des principales plateformes. Vous gérez votre contenu à partir d’un système centralisé de gestion de contenu et vous le distribuez. Le tout est transcodé pour en assurer la compatibilité avec les boutiques des systèmes individuels », explique Andal.

Un créateur convivial d’applis de RV

Secret Location avait déjà envisagé le développement d’une version simplifiée de son outil Vusr. En effet, l’équipe avait contemplé l’idée d’un service de type « YouTube » qui permettrait aux créateurs de contenu de publier leurs expériences de réalité virtuelle tout aussi aisément grâce à une solution unique pouvant être déployée à toutes les plateformes.

Andal précise que cette solution se serait toutefois soldée par un contenu de RV de piètre qualité étant donné que chaque plateforme de RV a un format qui lui est propre et exige des gabarits distincts pour que le contenu s’y affiche correctement.

« Nous aurions pu le faire, mais je pense que cela limite notre compréhension de ce que requiert la RV dans l’immédiat. La RV n’a pas simplement besoin de plus de contenu; elle a besoin de plus de bon contenu », dit-il.

Secret Location a plutôt décidé d’adopter une approche pratique auprès de ses clients et d’utiliser Vusr pour les aider à développer leurs applis en fonction du nombre de canaux de diffusion de RV de leur choix.

C’est aux créateurs de contenu de décider des plateformes où ils souhaitent afficher leur contenu (par ex., Gear VR, Google Daydream, Oculus Rift), puis le système Vusr leur offre un moyen convivial de le distribuer aux usagers convoités. Plus le nombre de plateformes de distribution est élevé, plus le coût d’utilisation de Vusr augmente. (Les clients qui en font le plus grand usage paient autour de 50 000 $ par appli, par plateforme.)

Au service du New York Times

Un des premiers clients à s’intéresser à l’outil Vusr de Secret Location a été le New York Times. Ce grand journal utilise aujourd’hui l’outil pour diffuser des vidéos 360° sur de multiples plateformes de RV par le biais de son appli nytvr. À l’instar de tous les créateurs de contenu de RV, le journal a été confronté à des problèmes de fragmentation.

« Un des principaux défis de la distribution de contenu de RV concerne sa découvrabilité et son accessibilité. Puisque l’actuel marché de la RV est segmenté entre plusieurs plateformes et que le modèle de casque qu’utilise l’usager limite son accès au contenu, il est important d’assurer la présence du contenu sur plusieurs plateformes », explique Jordan Vita, gestionnaire adjointe de produits au New York Times.

« L’outil Vusr aide à régler ce problème. Une fois qu’une appli a été développée, ça ne demande aucun effort additionnel pour distribuer le contenu via toutes nos applis. Ainsi, nous avons la possibilité de diffuser nos articles auprès d’un auditoire beaucoup plus vaste », ajoute-t-elle.

Transition vers des expériences rendues en temps réel

Depuis la mise en œuvre de Vusr et la création de l’appli, la narration en réalité virtuelle occupe beaucoup plus de place dans les plans du New York Times. Le journal veut commencer à délaisser la vidéos 360° au profit d’une expérience de RV plus immersive dans laquelle l’usager aura la possibilité d’interagir avec plusieurs environnements et de naviguer à l’intérieur même de ceux-ci.

« Immerger quelqu’un dans une expérience 360° lui donne un sens de présence et de perspective qui transmet de façon unique l’importance de notre travail journalistique. À mesure que notre salle de nouvelles s’efforce de repousser les limites de la narration virtuelle, nous sommes d’avis que la RV jouera un rôle important pour nous », affirme Varun Shetty, directeur stratégique et chef de la RV pour le New York Times.

Ryan Andal nous informe que Secret Location est en pourparlers avec le New York Times concernant la possibilité d’ajouter des expériences rendues en temps réel à l’appli.

« Ainsi, il sera possible de créer une scène où il est possible de se déplacer pour visualiser des événements en temps réel en trois dimensions à l’intérieur de notre plateforme, ce que ne peut vous offrir la vidéo 360°. Ça change un peu les règles du jeu », explique-t-il, avant d’ajouter que les expériences rendues en temps réel représentent sans aucun doute l’avenir de la RV, malgré certains problèmes qui doivent être résolus.

« Il y a des problèmes à régler. Pensons d’abord aux restrictions imposées par les plateformes elles-mêmes, iOS en particulier. Par contre, les plateformes plus récentes comme Daydream et Gear VR sont moins limitatives », ajoute Andal.

Objectif : rattraper la Chine

Secret Location exploite aussi des bureaux à Los Angeles, où la réalité virtuelle représente une industrie beaucoup plus présente qu’elle ne l’est au Canada. Cependant, le « point chaud » planétaire de la RV ne se trouve pas aux États-Unis.

« Lorsque je suis à Los Angeles, c’est sûr que je trouve le marché plus dynamique. Nous sommes plus petits [au Canada], mais quand on compare les États-Unis à la Chine, c’est là où on se rend compte que c’est vraiment en Chine où ça se passe », explique Andal.

Il attribue le grand intérêt et la croissance exponentielle de la réalité virtuelle en Chine à une culture d’arcade qui n’existe pas dans d’autres pays.

« Pendant longtemps, en Chine, il n’existait aucun marché pour les consoles à la maison. C’était illégal de posséder une console comme Nintendo à la maison. C’est ce qui a donné naissance à la forte culture des arcades et des cafés Internet en Chine. Aujourd’hui, les consoles sont légales, mais la culture est si enracinée que la scène des arcades de RV est incroyable », dit-il.

« D’une perspective de création de contenu, ce que font les Chinois, du contenu monétisé, est beaucoup plus étendu que ce que nous voyons. Le Canada est peut-être un pas derrière les États-Unis, mais la Chine nous devance de trois pas à l’heure actuelle. »


Source : Ctrl V, à Waterloo en Ontario, est la première arcade de réalité virtuelle au Canada.

L’avenir de la RV passe par sa consolidation

Pour établir vers quoi la technologie de la réalité virtuelle se dirige, Ryan Andal soutient qu’il faut regarder dans le passé. Par exemple, le marché des téléphones intelligents a connu une véritable explosion avant de se résorber au point de ne compter que deux ou trois grands joueurs aujourd’hui. Il s’attend à ce que la RV connaisse le même sort. Tous ces produits émergents finiront par se consolider et il n’existera plus que quelques principales technologies.

Cependant, les clients n’attendent pas que cela arrive, et c’est d’autant plus vrai à mesure que l’engouement pour les expériences rendues en temps réel augmente. Selon Digi-Capital, un total de 2,3 milliards de dollars a été investi en RV en 2016.

« Je ne me rappelle plus le nombre de réunions que j’ai eues avec des gens qui s’y intéressent. À l’heure actuelle, le New York Times est notre plus petit client qui manifeste de l’intérêt pour les expériences rendues en temps réel. C’est un besoin impérieux dans l’industrie en ce moment », dit Andal.

Il considère que Secret Location a le devoir d’aider les créateurs de contenu à distribuer leurs œuvres dans ce paysage qui évolue rapidement.

« La technologie n’est en qu’à ses balbutiements, quelque part entre le jeu à part entière et la vidéo linéaire pure. Tout le monde semble migrer vers la RV. Cependant, s’il n’y a pas moyen de faire de l’argent en créant du contenu de RV, personne n’en créera. Nous voyons notre rôle comme celui de soutenir les créateurs de contenu, car personne ne voudra créer quoi que ce soit si nous ne le faisons pas. »

Publié dans: Études de cas, Technologies

Tags: distribution fr, outils, réalité virtuelle



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