À chacun son contenu

Cristos Goodrow, directeur de l’ingénierie pour la recherche et la découverte chez YouTube, déclarait en juillet 2015 : « Pour chaque humain sur terre, nous pensons qu’il existe 100 heures de YouTube qu’il aimerait regarder. »

C’est facile à imaginer, étant donné le volume phénoménal de vidéos téléchargées sur le site : selon les calculs de Tubular Labs, une firme de recherche spécialisée en vidéo Internet, YouTube hébergerait environ 1,1 milliard de vidéos. Selon une autre analyse, YouTube accueille plus de 2000 chaînes qui comptent plus d’un million d’abonnés chacune.

Une quantité phénoménale de vidéos les plus hétéroclites et disparates possibles, où le contenu professionnel côtoie les vidéos de chats mignons, d’enfants involontairement drôles ou encore de mains anonymes qui cuisinent des plats minuscules. Tous les goûts, tous les intérêts, toutes les curiosités y trouvent leur compte.

Un patchwork infini

En 2006, alors que YouTube n’avait qu’un an d’existence, la MIT Technology Review se demandaitsi l’émergence d’un réseau de télévision grand public uniquement diffusé en ligne n’était pas imminente. Offert en preuve de cette hypothèse : le site Break.com, une plateforme d’échange de vidéos née du site Big-boys.com et dont le public cible est constitué d’hommes de 18 à 35 ans.

Parce qu’il rémunérait les créateurs des meilleures vidéos choisies par les utilisateurs, le site semblait mieux positionné pour devenir une télévision Internet grand public que YouTube, « un petit patchwork de contenu créé par les utilisateurs ». Près de dix ans plus tard, YouTube est devenu une force incontournable dans l’univers des médias, tandis que Break.com — qui existe toujours — est resté confiné dans sa niche destinée aux dudes et autres bros.

De « Me at the Zoo », la vidéo qui a inauguré le service le 23 avril 2005 — quelques minutes tournées au zoo de San Diego par Jawed Karim, l’un des fondateurs —, à PewDiePie, le YouTubeur millionnaire aux 40 millions d’abonnés et plus de 10 milliards de visionnements, YouTube est devenu le plus grand espace de narration jamais créé, un énorme patchwork d’éléments hétéroclites.

Les YouTubeurs, ces internautes dont la publication de vidéos sur YouTube est la principale activité et qui, autant que possible, en tirent une rémunération, sont ceux qui accaparent l’attention médiatique, mais on trouve absolument de tout dans ce vaste espace ouvert à toute personne disposant d’une connexion Internet et d’une caméra vidéo.

Tubular analyse les interactions de plus de 100 millions de spectateurs avec des millions de vidéos sur YouTube. L’entreprise a réalisé une compilation du nombre de visionnements moyenpour neuf catégories de vidéos parmi les plus populaires. Un survol de cette compilation donne une bonne idée de la grande diversité des contenus disponibles sur la plateforme.

Selon Tubular, le contenu de YouTube, c’est autant le joyeux mélimélo de la catégorie Gens et blogues qui passe des vidéos virales uniques à la Charlie Bit My Finger aux vidéoblogueurs, indépendants comme superstars millionnaires, que du contenu ludoéducatif produit par des amateurs capables de captiver un auditoire en vulgarisant des notions scientifiques.

Toujours selon cette analyse, environ 15 % de tout le contenu YouTube appartiendrait à Jeux vidéo et autres. Dans cette catégorie, c’est Minecraft qui demeure le jeu le plus populaire, et le phénomène dépasse la chaîne YouTube mise en ligne par l’entreprise propriétaire du jeu : 99 % des 63 milliards de visionnements attribuables au jeu Minecraft revenaient à des vidéos créées par les utilisateurs, non à la chaîne officielle.

Le contenu sur YouTube, c’est aussi environ deux millions de vidéos de chats. C’est d’ailleurs Thomas Edison qui a produit la première vidéo de chats de l’histoire, Boxing Cats, qu’on peut voir sur YouTube bien sûr !

L’école des YouTubeurs

Dans l’univers YouTube, les contenus pour les bébés et les enfants ont la cote. Sur un palmarès établi chaque semaine par Tubefilter, une autre plateforme d’analyse du contenu vidéo Internet, les chaînes LittleBabyBum et Baby Big Mouth se retrouvent régulièrement dans les dix premières positions. Au cours du mois d’octobre 2015, 20 des 50 chaînes les plus populaires étaient des chaînes pour enfants, et elles avaient généré plus de 5 milliards de visionnements. Selon une autre analyse, six des dix chaînes les plus visionnées en mars 2016 appartenaient à la catégorie « enfants et famille » et elles avaient cumulé plus de 2 millions de nouveaux abonnés au cours du mois.

En février 2015 aux États-Unis, et en novembre au Canada, en Irlande et au Royaume-Uni, YouTube lançait YouTube Kids, une application pour Android et iOS qui offre aux familles la possibilité de consommer du contenu YouTube approprié dans un environnement sécuritaire et facile d’utilisation.

Détail amusant : au début de 2015, l’entreprise avait acheté Launchpad Toys, un développeur d’applications pour enfants. Launchpad Toys propose parmi ses applications Telestory, une application qui permet aux enfants d’écrire, de diriger et de se mettre en vedette dans leur propre émission de télévision (« Write, direct, and star in your own TV show with TeleStory! »).

De là à imaginer qu’on pourrait faire de cette plateforme un club-école pour futurs YouTubeurs vedettes…

Plus sérieusement, peut-être que cette incursion de YouTube dans l’univers des contenus pour enfants cache une autre stratégie. Lue sur Kidscreen, une intéressante théorie sur l’importance stratégique du contenu pour enfants dans le nouvel univers des services de vidéo sur Internet : le fait de fidéliser les enfants à ces plateformes permettrait de réduire les taux de désabonnement.

En ligne: launchpadtoys.com

Les données montrent que les téléspectateurs adultes n’hésitent pas à se désabonner ou à changer de service quand ils ont visionné en rafale leurs émissions favorites, écrit l’auteur de l’article. En offrant du contenu de qualité facilement accessible à ceux qui ont des enfants, les services de vidéo en ligne veulent ainsi s’assurer une loyauté à long terme des familles.

Cela expliquerait pourquoi Netflix, Amazon et récemment HBO (avec une entente conclue pour la diffusion de l’iconique Sesame Street) investissent dans ce secteur.

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