Au-delà de la copro: les partenariats alternatifs en production documentaire

Il existe des coproductions officielles avec les près de 60 pays avec lesquels le Canada a signé un traité. Cependant, il existe d’autres moyens de produire votre projet cinématographique, télévisuel ou numérique qui passent par des partenariats ne relevant pas nécessairement de traités bilatéraux.

Le marché du divertissement étant plus mondial que jamais, les partenariats – jadis un moyen de se faire financer par de multiples sources – sont devenus une toute nouvelle façon de produire des projets et, peut-être plus important, de les diffuser. Plusieurs panels de la conférence Hot Docs tenue récemment à Toronto ont porté sur l’éventail de nouvelles options en matière de financement et de production offertes aux documentaristes qui incluent des structures de coproduction conventionnelles et vont au-delà de celles-ci.

«Il n’y a jamais eu autant d’avenues possibles pour le contenu long-métrage»

WGBH Boston abrite World Channel, un réseau de programmation factuelle qui décrit sa mission comme celle de présenter des documentaires qui [TRADUCTION] «étudient et célèbrent la condition humaine par l’intermédiaire de récits personnels du monde entier». Christopher Hastings, producteur exécutif et responsable éditorial de World Channel, a expliqué son mandat de programmation à son auditoire assistant à la conférence Hot Docs comme suit: [TRADUCTION] «Nous tentons de faire entendre le plus grand nombre de voix possible, des voix que vous n’entendriez pas autrement.»

Ce que ça a donné dans la pratique jusqu’à cette année est un ensemble de courts et longs métrages documentaires traitant de divers sujets sociaux, culturels, environnementaux et politiques, lesquels ont été acquis de cinéastes indépendants situés à l’intérieur et à l’extérieur des États-Unis.

Plus tars cette année, World Channel élargira ses façons de faire et entreprendra des projets en mode coproduction. Hastings précise: [TRADUCTION] «Nous réalisons qu’un peu d’argent d’ici et un peu d’argent de là peut vraiment nous aider à franchir la ligne d’arrivée.» Et ce qu’on trouve de l’autre côté de la ligne d’arrivée dans le cas d’un documentaire de World Channel est un total de 38 millions de personnes jointes chaque année, formant un auditoire qui est plus diversifié que la moyenne et dont la moitié des membres ont moins de 50 ans. C’est un exploit inhabituel en matière de diffusion publique.

Pour ce qui est des réseaux commerciaux, il y a aussi raison d’être optimiste. [TRADUCTION] «Il n’y a jamais eu autant d’avenues possibles pour le contenu long métrage», a affirmé Terri Lichstein, réalisatrice principale d’ABC News. Parmi les récents documentaires produits par ABC figurent les séries en six parties 1969 et Unfaithfully Yours, qui raconte la chute des télévangélistes Jim et Tammy Faye Bakker. Comme le souligne Lichstein, cette dernière série a attiré un tout nouvel auditoire de téléspectateurs plus jeunes n’ayant pas vécu les années de gloire du ministère PTL Club des Bakker à la télévision.

Festivals, télévision et balado

Ce qui est possiblement le plus intéressant en ce a trait aux activités documentaires d’ABC concerne les façons dont du contenu de non-fiction est adapté et parfois même transposé à d’autres plateformes. Un exemple est The Wolfpack d’ABC 20/20, une adaptation pour la télévision du documentaire racontant l’étrange récit de six frères ayant vécu la majorité de leur vie prisonniers d’un appartement du quartier Lower East Side de Manhattan et appris dans des films pas mal tout ce qu’ils connaissent sur le monde extérieur. [TRADUCTION] «Nous l’avons vu à Tribeca et avons été si impressionnés que nous avons voulu faire quelque chose pour le réseau, a révélé Lichstein. Nous avons utilisé une partie du documentaire, mais avons aussi réalisé de nouvelles entrevues et avons pu créer une nouvelle entité qui a été diffusée sur les ondes d’ABC.»

Depuis peu, le réseau expérimente avec la baladodiffusion et la production télévisuelle en simultané, comme ce fut le cas pour The Dropout, l’histoire de l’ex-PDG de Theranos, Elizabeth Holmes, et pour A Killing on the Cape. En plus d’être en mesure de tirer profit de certains gains d’efficacité associés à la production audio et vidéo en simultané, Lichstein a souligné que le réseau a été en mesure d’atteindre un tout nouvel auditoire grâce aux versions audio de l’histoire. C’est un auditoire qui, au cours des dernières années, a délaissé la télévision linéaire au profit du contenus vidéo et audio diffusés en continu.

«Ce n’est pas juste une transaction financière. C’est une relation de créativité et d’affaires. J’ai besoin de sentir que je suis en mesure de naviguer à travers ces relations, qu’il y a du respect de tous les côtés.»

Opter ou non pour la coproduction?

Toutefois, comment fait-on pour décider si la coproduction est la bonne option? Une coproduction diffère d’une production conventionnelle à bien des égards, dont non le moindre est qu’elle peut multipler les difficultés habituelles par deux ou trois. Selon Ina Fichman, une réalisatrice cumulant des dizaines de crédits de production, dont le plus récent concerne la coproduction franco-canadienne Inside Lehman Brothers, [TRADUCTION] «Ce n’est pas juste une transaction financière. C’est une relation de créativité et d’affaires. J’ai besoin de sentir que je suis en mesure de naviguer ces relations, qu’il y a du respect de tous les côtés.»

Paul Cadieux, un vétéran ayant 150 coproductions à son actif, dont le documentaire long métrage Gaza de 2019, sait d’expérience qu’une autre clé est l’agilité. [TRADUCTION] «Si le plan A ne fonctionne pas, l’alphabet compte 25 autres lettres.» Selon Cadieux, créer de nouvelles façons de travailler au fur et à mesure que vous avancez a aussi du mérite. [TRADUCTION] «Si vous réussissez votre première coproduction, vous avez ainsi un modèle pouvant accélérer et faciliter votre travail dans le futur.» Par ailleurs, les réalisateurs doivent connaître les divers aspects non négociables qui sont associés aux projets de coproduction menés en vertu d’un traité officiel. [TRADUCTION] «Cela signifie généralement beaucoup plus de frais juridiques et beaucoup plus d’exigences, Cadieux a rappelé l’auditoire. Comparez cela à un partenariat de cofinancement en vertu duquel vous trouvez des solutions au cas par cas.»

De plus, il existe certainement quelques drapeaux rouges auxquels les réalisateurs doivent être sensibilisés. [TRADUCTION] «Changer de compositeur n’est peut-être pas la fin du monde dans certains pays lorsqu’il est question du bénéfice net ou d’incitatifs fiscaux», fait valoir Cadieux. Mais ce l’est au Canada. Il se rappelle d’une coproduction avec la France, plus tôt dans sa carrière, dans le cadre de laquelle il avait reçu un appel d’un homologue français qui lui avait dit ceci: «Vous savez, ces choses que nous allions faire au Canada? Bien, nous allons maintenant les faire en France.» Comme Cadieux l’a rappelé à ce réalisateur français, ainsi qu’à l’auditoire de la conférence Hot Docs, [TRADUCTION] «ce n’est pas comme ça que ça fonctionne».

Pour de l’information plus détaillée sur les possibilités en matière de coproduction, consultez les ressources en ligne à l’intention des cinéastes canadiens et des partenaires internationaux sur notre site Web. 

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