Comment gérer la transformation des industries du cinéma et de la télé

Comment naviguer sans encombre dans les eaux troubles de la transformation numérique? En misant sur la création originale, les partenariats internationaux et l'exportation affirment des acteurs clés de l’industrie canadienne du cinéma et de la télé.

Tout le monde qui travaille dans les industries audiovisuelles reconnaît que de profonds changements sont en marche. Les droits de licence sont en baisse, il y a une forte concurrence livrée par les fournisseurs de services de télé par contournement comme Netflix, et l’on accorde beaucoup plus d’importance aux données, à l’analytique et aux recommandations personnalisées dirigeant les téléspectateurs vers la programmation.

Cette liste n’est pas exhaustive, mais une chose demeure irréfutable : le monopole sur l’attention longtemps détenu par les diffuseurs et les réseaux est aujourd’hui contesté de toutes parts.

Donc, si l’ampleur et le rythme des changements dans les industries de production de contenu médiatique donnent l’impression d’un rouleau compresseur, cette impression est fondée. Comme nous le soulignons dans notre livre blanc, Pensez différemment :

« […] le modèle d’affaires de la télévision n’a pas vraiment évolué entre le milieu des années 1950 et la fin des années 1990. Ce n’est qu’après cette période qu’il a commencé à devenir évident — et certainement pas aux yeux de tous — qu’un changement majeur se préparait avec l’arrivée de nouvelles technologies non seulement en matière de diffusion de programmation, mais aussi sur le plan de la multiplication des choix offerts aux téléspectateurs à un rythme jamais vu auparavant. »

Comment composer avec de tels changements et, idéalement, les exploiter au profit des producteurs et des créateurs a fait l’objet d’une des grandes discussions ayant marqué Prime Time 2018, la rencontre annuelle des acteurs de l’industrie de la télévision.

Le changement n’est jamais facile, mais pour reprendre les mots de Reynolds Mastin, président et chef de la direction de la Canadian Media Producers Association (CMPA) :

« Si nous nous contentons de nous remémorer les beaux jours de 1993, nous nous vouons alors à l’échec. »

Cap sur les exportations et les coproductions

Interrogé sur les nouvelles occasions qui s’offrent aux producteurs, John Young, le PDG de Boat Rocker Media (Being Erica, Orphan Black, The Next Step), a adopté une approche plus ça change, plus c’est pareil. « Ça n’a rien de nouveau. Les occasions demeurent les mêmes. Ce sont tout simplement les endroits et les formats qui ont évolué », a-t-il expliqué.

 « Le défi consiste à créer de la propriété intellectuelle [IP] originale et à la vendre au monde entier, car le génie de la mondialisation ne rentrera plus dans la bouteille. »

Heather Conway, vice-présidente principale, Services anglais de CBC/Radio-Canada, a décrit le positionnement contrastant de son organisation.

« Nous sommes un diffuseur public. Notre priorité n’est donc pas tellement celle des droits internationaux. Notre intérêt est de soutenir des productions. »

Conway a ensuite donné l’exemple du budget alloué par Netflix à sa dramatique royale à succès The Crown : 130 millions de dollars pour dix épisodes. Elle a fait valoir que c’est l’équivalent du budget annuel de CBC/Radio-Canada pour l’ensemble de sa programmation non liée aux nouvelles.

« Donc, oui, il y a une guerre des talents. Et la coproduction est une des armes que nous utilisons dans cette guerre. Par exemple, Anne (sur CBC) / Anne with an E (sur Netflix) est une des émissions les plus écoutées en rafale sur Netflix sur la planète », a-t-elle ajouté.

Young de Boat Rocker Media s’est dit du même avis :

« Concluez des partenariats pour produire du contenu et l’exporter partout dans le monde. C’est très agréable de générer de nouvelles sources de revenus autour du globe pendant qu’on dort. »

Créer pour des plateformes mondiales

Les partenariats et les coproductions n’ont rien de neuf pour les producteurs canadiens, mais créer des émissions destinées à des plateformes de télévision par contournement (OTT) comme Netflix — des plateformes ayant une portée mondiale — est tout à fait nouveau.

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Laura Michalchyshyn, présidente de Sundance Productions, soutient l’importance de bien saisir certaines différences clés :

« C’est une plateforme mondiale. Il ne suffit plus de cocher des cases et d’obtenir 6 sur 10. Tout est question d’atteindre un niveau de qualité et de viser l’excellence. »

Parmi les sociétés canadiennes qui tentent de relever ce défi mondial figure DCTV (Don Carmody Television), dont le président, David Cormican, a un passeport rempli de timbres qui témoignent de l’enthousiasme de son entreprise à l’égard des partenariats internationaux et des nouvelles structures contractuelles.

« J’ai atteint le niveau de fidélisation Super Élite. Ça illustre notre optique de la situation. »

Pour DCTV, le résultat a été des projets comme la minisérie sélectionnée pour un prix Emmy Tokyo Trial, produite pour Netflix. Celle-ci est née d’un partenariat entre DCTV et le diffuseur public du Japon ainsi que FATT Productions des Pays-Bas, de même qu’une coproduction à venir entre les Pays-Bas, l’Italie et le Canada.

Profiter de nouveaux investissements

Cormican considère également qu’Amazon, Facebook et d’autres sociétés et plateformes technologiques suivent l’exemple de Netflix en injectant plus d’argent dans le système et en créant de nouveaux acheteurs. Cependant, l’optimisme ne s’arrête pas là.

 « Je suis prêt à parier que, d’ici cinq ans, nous arriverons à la conclusion que Netflix a dépensé 600 millions ou 700 millions de dollars [plutôt que les 500 millions actuellement engagés au Canada sur une période de cinq ans]. Je fais le calcul mental et je pense que ça nous force tous d’élever notre niveau de jeu pour accaparer une part de ces fonds », a déclaré Cormican.

Publié dans: Pratiques d'affaires, Transformations de l'industrie

Tags: cinéma, coproduction fr, exportation, netflix fr, télévision



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