Buffalo Gal Pictures: un quart de siècle à la conquête d’histoires inspirantes

Crédit photo: Kristen Sawatzky

En collaboration avec Femmes du cinéma, de la télévision et des médias numériques (FCTMN), FMC Veille part à la rencontre de femmes inspirantes, à l’occasion d’une série de contenus autour de l’entrepreneuriat au féminin dans les industries des écrans. Pour ce quatrième volet, FMC Veille est allé à la rencontre de Phyllis Laing qui, depuis 25 ans, est à la tête d’une des entreprises de production manitobaine les plus prolifiques, avec plus de 110 projets de cinéma et de télévision à son actif.

La rencontre de l’art et de l’industrie

L’arrivée de Phyllis Laing dans le monde du cinéma et de la télévision est une parfaite illustration de l’adage «Le cinéma est un art, mais il est aussi une industrie». Après des études en arts et littérature, elle met de côté ses aspirations à devenir auteure pour se diriger vers ce qu’elle qualifiait alors de «vrai métier» et décroche un diplôme de… comptable. Au milieu des années 80, elle fonde un cabinet avec son conjoint, au moment où l’industrie du cinéma du Manitoba en est à ses balbutiements. Tout était à faire en matière de comptabilité de production, et c’est tout naturellement qu’ils ont fait de l’industrie des arts et du divertissement leur spécialité. Et à force de côtoyer des entreprises de production, elle décide de lancer la sienne en novembre 1994.

«Pour moi, c’était le mariage parfait entre le milieu créatif et le milieu des affaires, et je suis très heureuse d’avoir su allier les deux, dit-elle. Mes études en comptabilité m’ont permis de naviguer dans toute cette industrie.»

Crédit photo: Kristen Sawatzky
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Un nom qui en dit long

Se lancer en affaires dans une industrie naissante, en étant de surcroît une femme, prenait une bonne dose de détermination. Le nom de Buffalo Gal est donc apparu comme une évidence dans toute sa symbolique de conquête de l’ouest au féminin, tout en mettant de l’avant l’animal emblématique de la province.

Malgré cela, Phyllis Laing n’a pas échappé aux défis et préjugés qui viennent avec le statut de femme entrepreneure. Elle fait d’ailleurs remarquer que les hommes ne se font jamais solliciter pour témoigner sur leur vie «d’homme entrepreneur», car c’est un statut acquis. Comme beaucoup, elle a eu le sentiment de devoir en faire plus et de toujours devoir atteindre l’excellence pour être traitée avec équité, tout en reconnaissant que son authenticité et ses qualités relationnelles lui ont facilité la tâche.

«Je suis toujours à la recherche de mentors. Ce n’est pas une question d’âge, mais une question de trouver des défis à sa hauteur.»

Nourrir l’entrepreneure en soi

Parce que l’entrepreneuriat – au féminin ou non – est beaucoup mis de l’avant aujourd’hui, on oublie que beaucoup de femmes s’y intéressaient déjà dans les années 80, y compris dans le milieu artistique. Phyllis Laing est allée chercher du soutien dans le groupe Women’s Enterprise Centre, qui offrait des programmes de mentorat pour développer des plans d’affaires et des outils visant à bien démarrer une entreprise. Mais pour elle, le mentorat ne doit pas rester l’apanage d’une entreprise en démarrage. «Je suis toujours à la recherche de mentors, avoue-t-elle. Ce n’est pas une question d’âge, mais une question de trouver des défis à sa hauteur. On ne peut pas diriger et garder une entreprise telle qu’elle était il y a 25 ans.»

Crédit photo: Kristen Sawatzky
Crédit photo: Kristen Sawatzky

Toutefois, la clé du succès demeure d’abord et avant tout de prendre le temps de définir le type entreprise que l’on souhaite mettre sur pied et les services distinctifs que l’on veut offrir, et aussi de constamment se questionner afin de respecter sa vision, tout en restant authentique. C’est d’ailleurs le seul conseil qu’elle donnerait à un.e jeune entrepreneur.e, elle qui siège depuis plusieurs années au conseil d’administration du Centre de commerce mondial de Winnipeg. Elle reconnaît toutefois être très inspirée par la jeune génération d’entrepreneur.e.s pour qui le travail ne doit pas être seulement un moyen de subsistance, mais aussi et surtout contribuer à un accomplissement personnel.

Savoir se distinguer, même à contre-courant

Quand Phyllis Laing a fait l’exercice de définir son plan d’affaires lors de la création de Buffalo Gal, elle s’est orientée naturellement vers une société de production de niche, axée avant tout sur le talent créatif d’auteur.e.s et de réalisateur.trice.s. À une époque où la plupart des sociétés de production manitobaines écoutaient les sirènes de Los Angeles pour faire de la production de services, elle est demeurée convaincue qu’il fallait offrir quelque chose de différent. «La production de services est une manière facile de payer ses frais, surtout quand le taux de change est avantageux, dit-elle. Nous y avons eu recours aussi, mais nous sommes restés dans notre créneau initial le plus possible avec la production de projets indépendants.»

Elle admet d’ailleurs que l’un de ses seuls regrets en carrière est d’avoir, à quelques reprises, trop tenu compte de l’avis des autres plutôt que de se fier à son propre jugement.

Crédit photo: Kristen Sawatzky
Crédit photo: Kristen Sawatzky
Crédit photo: Kristen Sawatzky

Or, dans tout ce parcours, une constante subsiste: les projets dans lesquels Buffalo Gal s’implique reposent tous sur des relations humaines de qualité. Qu’il s’agisse de coproductions internationales d’envergure comme Aloft ou Stone Angels, ou encore de projets nationaux comme la série maintes fois primée Less Than Kind ou le film The Forbidden Room, du réalisateur manitobain Guy Maddin, tout est basé sur la complémentarité des partenaires, le respect et l’envie de travailler ensemble. C’est de cette façon que l’entreprise a pu se développer sur plus de deux décennies: en entretenant des relations d’affaires fortes et durables et, surtout, en recherchant constamment des alliés soucieux de la qualité du contenu et des équipes créatives.

Le contenu: composante immuable d’une industrie en mouvance

À l’instar de plusieurs producteurs et productrices, Phyllis Laing reconnaît que l’arrivée des plateformes numériques a totalement changé le visage de l’industrie et la manière de financer les projets. La demande pour du contenu explose. Il faut constamment rencontrer des partenaires potentiels, être en mesure de s’adapter et trouver de nouveaux modèles de financement très rapidement, surtout dans le domaine du documentaire.

«En documentaire – surtout ceux qui incluent des reconstitutions –, on doit constamment modifier le contenu pour l’adapter aux modèles de financement, souligne Laing. Or, ça devrait être exactement le contraire.»

Selon elle, les choses ont beaucoup changé au cours de la dernière décennie et cela va continuer, que ce soit au niveau de la diffusion, des outils de travail ou des technologies. Toutefois, il est clair que l’être humain conservera toujours un gros appétit pour le contenu et les bonnes histoires, et ce, dans toutes les formes artistiques.

Phyllis Laing cite à cet égard avec optimisme sa compatriote, l’auteure franco-manitobaine Gabrielle Roy, dont les mots ont été repris sur les billets de vingt dollars au début des années 2000:

«Nous connaîtrions-nous seulement un peu nous-mêmes, sans les arts?»

Pour la productrice, les gens vont toujours vouloir se voir et voir des histoires qui leur ressemblent. Le reste n’est que de la technique. Le reste n’est qu’accessoire.

Crédit photo: Kristen Sawatzky
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Photos par Kristen Sawatzky

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