CBC lance Punchline, une plateforme dédiée à la comédie au Canada

Le 26 juin 2014, la CBC a annoncé la mise en œuvre d’une nouvelle stratégie fondée avant tout sur le numérique, qui s’inscrit dans la vision de l’organisation pour 2020 et qui consiste notamment à réorienter les ressources et l’auditoire vers les plateformes numériques. Le radiodiffuseur public cherche ainsi à gérer ses ressources financières en baisse, tout en remplissant son mandat d’offrir un contenu diversifié aux Canadiens partout au pays. Punchlinede CBC, une chaîne de comédie en ligne qui a été prélancée (soft launch) en mars 2014, fait partie de cette stratégie numérique.

L’idée d’une plateforme comme Punchline s’est imposée d’elle-même à la CBC. L’humour connaît du succès en ligne, surtout auprès des 18 à 34 ans, qui savourent les extraits de comédie plus ou moins longs présentés sur des sites comme Funny or Die. La CBC n’en est pas à ses premières armes en fait de comédie, avec des émissions comme22 MinutesRick Mercer Report et Mr. D. « Le Canada joue dans la cour des grands pour ce qui est de la comédie et de la vidéo courte », affirme Fergus Heywood, chef de production du contenu interactif, programmation commandée et scénarisée, au réseau anglais CBC. Forte de son contenu poussé, la CBC a vu là une occasion de combler une lacune du marché, en créant un lieu de prédilection pour la comédie au Canada autour duquel se développerait une communauté. Il ne s’agit pas seulement pour le radiodiffuseur public de promouvoir ses propres comédies, mais aussi, conformément à son mandat, de soutenir dans son ensemble le secteur canadien de la comédie.

UNE COMBINAISON DE CRÉATION ORIGINALE ET D’AGRÉGATION DE CONTENU

Le contenu présenté sur Punchline est entièrement canadien, qu’il ait été créé exclusivement pour la plateforme ou déniché sur le Web. La chaîne ne rediffuse jamais de contenu antérieur : le contenu numérique des séries Web comme 22 Minutes ou Mr. D consiste plutôt en des produits originaux dérivés que d’extraits des séries télé. Punchline présente également des extraits non exclusifs de certaines des meilleures vidéos humoristiques en ligne au pays, comme les séries Web Bill and Sons Towing et Space Janitors. « Il y a une tonne de comédies canadiennes géniales sur le Web que nous n’avons pas produites nous-mêmes, mais nous croyons tout de même que vous devez les voir », explique-t-on sur le site. Punchline donne aux créateurs de comédies indépendants un accès à un public plus vaste et leur attribue le « sceau d’approbation » de la CBC, ce qui accroît grandement la respectabilité de leurs œuvres. Punchline ne s’en tient pas aux vidéos, cependant : on y trouve aussi des articles, des images et des jeux-questionnaires, semblables à ceux du site Buzzfeed, créés par des pigistes et par le personnel de la CBC.

LA CURATION DU COMIQUE SUR LE WEB

Le véritable avantage d’une chaîne de comédie qui fait l’objet d’une curation, c’est que l’ensemble du contenu est classé par mots clés, pour faciliter les découvertes. Par exemple, les mots clés des épisodes de Bill and Sons Towingcontiennent le titre de la série Web, ainsi que le nom des acteurs qui jouent dans l’épisode et le nom du groupe d’humoristes qui produit la série et y tient la vedette (The Imponderables). Sur Punchline, l’auditoire peut trouver plus de contenu associé à ces acteurs et producteurs. Compte tenu de l’énorme quantité de contenu accessible en ligne, la curation offre aux chaînes un important élément de valeur ajoutée à intégrer aux expériences qu’ils proposent sur le Web et sur mobile.

Quant à la conception de contenu, la CBC procède de la même façon que ce soit pour Punchline ou la télévision. Le service de comédie du radiodiffuseur public examine les propositions, évalue les numéros comiques et cherche de nouveaux talents – en ligne et hors ligne. Il va de soi que le contenu est créé plus rapidement pour Punchline que pour la télévision, étant donné la nécessité de télécharger du nouveau contenu sur le site à intervalles réguliers. La plateforme numérique permet à la CBC de s’ouvrir aux talents et aux auditoires de partout au pays plus facilement qu’avec la télédiffusion; en effet, les bureaux régionaux et les services locaux ne sont plus aussi nécessaires quand le contact s’établit en ligne.

Comme il soutient plusieurs émissions de télé subventionnées par le Fonds des médias du Canada (FMC) et s’inscrit dans la stratégie multiplateforme de la CBC pour la programmation humoristique, le site Punchline a reçu un financement de la Mesure incitative pour les médias numériques canadiens du FMC. Ce financement a servi au lancement de Punchline, avant que son modèle d’affaires soit entièrement défini. Étant donné la situation financière de la CBC, on s’attend toutefois à ce que la chaîne devienne autosuffisante. « Le FMC a joué un rôle important dans la mise en place de Punchline; nous envisageons maintenant des sources de revenus potentielles pour assurer sa viabilité », ajoute M. Heywood.

DE RADIODIFFUSEUR À CURATEUR DE CONTENU

Le lancement d’une plateforme comme Punchline témoigne de deux bouleversements qui secouent la CBC. L’un d’entre eux réside dans la stratégie selon laquelle les plateformes numériques se veulent un outil qui permet à la CBC d’accomplir son mandat, malgré les pressions financières actuelles. De ce point de vue, le contenu numérique représente aussi bien une fin en soi qu’une façon économique de fournir un contenu diversifié à un auditoire pancanadien.

L’autre bouleversement consiste en un retour au mandat de « radiodiffuseur public », tout en abandonnant l’idée que la CBC doit concurrencer les radiodiffuseurs privés pour survivre. Seul un radiodiffuseur public peut soutenir des talents et une programmation qui ne lui procurent aucun avantage financier, mais qui s’inscrivent dans son mandat de « contribuer activement à l’expression culturelle et à l’échange des diverses formes qu’elle peut prendre ». En passant de radiodiffuseur qui fait la promotion d’une programmation particulière à celui de curateur de contenu qui facilite la découverte du meilleur contenu humoristique canadien existant, la CBC établit une nouvelle relation avec son public. Le message qu’on passe, en fait, c’est « faites-moi confiance, je peux vous aider à trouver des trucs intéressants » plutôt que « regardez cela, parce que c’est ce qu’on a décidé ». Il sera intéressant de voir si ce modèle fonctionne et, si c’est le cas, s’il peut être appliqué avec succès à d’autres genres.

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