Commémorer la Première Guerre mondiale en ligne : quelques exemples tirés de la France

(Re)mettre en valeur les archives sur le Web

En France, de nombreuses initiatives soulignent cette année le centenaire de la Grande Guerre. Entre documentaires télévisés et diverses cérémonies commémoratives, les acteurs des médias numériques se sont emparés du sujet dans l’espoir d’offrir une vision numérique, voire inédite dans la mesure du possible, à cette commémoration d’envergure mondiale.

Plusieurs projets très différents ont ainsi essaimé et essaimeront encore dans les mois à venir. Ces projets nous permettent d’observer comment les archives traditionnelles peuvent être mises en valeur de manière numérique, interactive et participative. Comment représenter le devoir de mémoire sur le Web? De manière auxiliaire, comment ces œuvres numériques parviennent-elles à toucher les plus jeunes, plus de quatre générations après le conflit?

Des dispositifs Web de longue durée

Le Web permet d’explorer un sujet ou un événement sur une plus longue période de temps que tout autre média. Un des projets de Radio France, 14-18 : France Info y était, s’étendra ainsi sur une période de cinq ans (2014-2018) et présentera un ensemble de chroniques radio et de contenus documentaires rassemblés sur une page Facebook dédiée.

Lancé le 1er janvier 2014 et porté par ARTE et Les Films d’Ici (société de production très bien établie dans le documentaire classique), le site 1914, dernières nouvelles écrit par Bruno Masi prend également le contrepied des autres webdocumentaires et objets interactifs sur le sujet.

En effet, avec un début situé dans le temps sept mois avant le début effectif des hostilités, ce projet s’intéresse avant tout à la vie quotidienne en ce début de XXe siècle, comme pour démontrer que le déclenchement du conflit mondialisé n’est pas le seul événement à avoir marqué l’année 1914. À raison d’une archive par jour, mode, musique, politique et économie sont toutes traitées dans ce feuilleton au long cours, qui s’est terminé le 1er août 1914, soit la veille de l’entrée officielle en guerre.

La guerre comme événement historique

D’autres projets ont choisi de suivre une voie plus classique en s’intéressant à la guerre comme objet historique. De tels projets reposent sur un thème précis (ex. : 14/18 à travers les arts) ou une « marque » déjà établie (ex. : « Apocalypse » et ses archives colorisées).

Le dernier, Apocalypse – 10 Destins, est une importante coproduction franco-canadienne qui utilise des outils de fictionnalisation efficaces (voix hors champ, dessin) pour brosser le destin de dix personnages internationaux dont les parcours se croiseront durant le conflit en l’espace de 10 épisodes d’une durée de 15 minutes chacun. En voulant raconter la « petite » histoire, tandis que la série télévisée se concentre sur la grande, ce contenu ambitieux reflète bien l’habituel équilibre entre contenu télévisuel et contenu Web.

Alors que les archives forment le cœur du documentaire télévisé éponyme, elles se font plus discrètes dans son pendant Web. Elégamment intégrées à la BD animée, elles se mettent au service de la narration.

Archives personnalisées : interactivité et participation

Comparée aux traditionnels documentaires d’archives et autres ouvrages historiques, l’interactivité propre au Web permet également d’aborder la Grande Histoire de manière plus intime et subjective.

Porté par Cinétévé, Générations 14 se range tout à fait dans cette catégorie en proposant à l’utilisateur dès son arrivée sur le site la possibilité de rentrer son patronyme afin de vérifier si un de ses ancêtres est « mort pour la France ». Le cas échéant, le système accède à sa fiche et l’internaute a la possibilité de télécharger d’autres documents au site pour enrichir le profil de l’ancêtre en question.

Lié à la base de données Mémoire des Hommes du ministère de la Défense, le site propose en outre dix courts-métrages à base d’archives sur des aspects « originaux » de la guerre (les marraines de guerre, les prisonniers de guerre, etc.).

Ces films se nourrissent également des archives récoltées lors d’une « Grande Collecte » initiée dans toute la France dès novembre 2013 et orchestrée par la Bibliothèque nationale et la Mission Centenaire 14-18, organisme institutionnel chargé de centraliser et d’étiqueter toutes les initiatives en cette matière.

Autre manière de personnaliser l’expérience de l’utilisateur, le projet de documentaire mobile Jaurès, pas à pas se concentre sur la figure la plus connue du socialisme français et propose sous forme d’application (dont la sortie est prévue à l’automne) un retour sur le parcours de Jean Jaurès. Ce parcours est composé à la fois de neuf films d’archives et de deux parcours en réalité augmentée situés dans les lieux forts de l’histoire de l’homme politique, soit à Paris et à Toulouse.

Ces deux projets seraient impossibles à envisager sans l’apport des médias numériques : la recherche participative pour l’un et la géolocalisation des appareils mobiles pour l’autre. Les archives sont employées de manière originale et innovante pour offrir une expérience plus immersive à l’internaute.

L’histoire revisitée sur les réseaux sociaux

D’autres initiatives ayant envahi les réseaux sociaux permettent d’appréhender la vie de ceux qui ont vécu le combat à travers un outil utilisé quotidiennement, en particulier par les plus jeunes.

Ainsi, on a vu depuis le début de l’année apparaître quelques comptes spécialisés, aussi bien sur Facebook que sur Twitter, dans le récit d’événements historiques, depuis le naufrage du Titanicjusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

L’exemple le plus emblématique a été lancé en avril 2013 par le Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux en collaboration avec l’agence DDB Paris. La campagne, baptisée « Facebook 1914 », prend le visage de Léon Vivien, jeune enseignant fictif d’abord réformé avant de prendre part au combat en 1915. Son récit humain et incarné a réuni plus de 66 000 adeptes et fait l’objet d’un livre reprenant le récit social.

Les images les plus connues de la guerre sont ainsi réutilisées pour raconter une histoire – à la fois fictive et vraisemblable – en exploitant les spécificités des réseaux sociaux.

Cette liste ne se veut aucunement exhaustive (d’autres projets sont notamment à découvrir ici), mais on constate que le sujet commémoratif a inspiré de solides acteurs de la production audiovisuelle aussi bien que des diffuseurs estampillés « nouveaux médias » – France TV Nouvelles Ecritures, ARTE et Radio France en tête – tout en se trouvant associés à des acteurs plus originaux comme les musées et les institutions historiques.

Grâce à ce type de projets innovants sur le Web, les appareils mobiles ou les réseaux sociaux, l’emploi des documents d’archives se renouvelle et se diversifie. Ils sont présentés sous un jour plus attrayant sans pour autant renier leur fonction évocatrice et pédagogique.

Pour plus de détails sur les projets cités, rendez-vous au Blog Documentaire qui y a consacré plusieurs articles.

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