COVID-19: Un «tournant décisif» pour les médias canadiens

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Erik Mclean/Unsplash

La pandémie du coronavirus ayant contraint les Canadiens à s’isoler chez eux, la consommation média connaît une hausse généralisée au pays. Or, si les citoyens confinés privilégient les plateformes linéaires pour l’information, le contenu jeunesse et les finales de grandes séries américaines et canadiennes, ce sont les services de télévision par contournement (TPC) qui augmentent leur présence dans les foyers du pays.

Dans son premier rapport trimestriel de 2020 publié le 21 avril, Netflix faisait état de 16 millions de nouveaux abonnements de par le monde entre les mois de janvier et mars. De son côté, Conviva estime que le streaming et les téléchargements de jeux sur plateformes mobiles étaient en hausse de 20 à 30% comparativement à la même période l’an dernier. Aussi, en février, soit avant même que le confinement ne soit imposé, le service Crave de Bell Media annonçait une hausse de 14% du nombre total d’abonnés comparativement à l’an dernier. Cette hausse se poursuivra sans doute suite à la période d’essai gratuite de 30 jours offerte aux nouveaux usagers pendant le confinement, ce que devrait refléter le prochain rapport trimestriel de l’entreprise prévu pour le 7 mai.

Selon Richard Koo, chef de l’analytique des médias au Fonds des médias du Canada, de tels résultats pourraient marquer un tournant dans la transition des Canadiens vers la consommation non linéaire. Les téléspectateurs disposent actuellement de temps pour faire l’essai de nouveaux services qu’ils n’avaient jusqu’à présent jamais pris la peine d’explorer.   

«Les effets sur la consommation [médiatique] seront considérables, affirme-t-il. Au fil des ans, nous avons assisté à une diminution progressive de la consommation linéaire au profit de services tels que Netflix et Crave. Or, avec ce que nous vivons en ce moment, on parle davantage d’un changement profond et radical. Le cataclysme est tel que toute la population est en train de redéfinir ses habitudes de consommation. D’une transition en douceur il n’y a pas si longtemps, nous en arrivons désormais à un tournant décisif. Les téléspectateurs réalisent qu’il existe tout un univers non linéaire à découvrir.»

Bonnes nouvelles pour les nouvelles

Si les Canadiens se tournent vers le streaming en soirée, l’écoute télévisuelle linéaire pendant la journée est également en hausse, les téléspectateurs privilégiant cette alternative pour l’information et les points de presse quotidiens. Des données de la firme Numeris révèlent d’ailleurs que l’écoute de la télévision de langue anglaise a augmenté de 36% entre 9h et midi et de 33% entre midi et 16h. La hausse de l’écoute atteint 45% en matinée et 76% en après-midi du côté des chaînes francophones. Richard Koo s’interroge à savoir si un tel engouement finira par s’essouffler, alors que les gens en viendront peut-être à se lasser de la télé et à s’habituer au télétravail. Pour l’instant, cependant, l’intérêt pour l’actualité ― particulièrement l’information locale ― demeure marqué.

Autre phénomène: la popularité des les talk-shows de fin de soirée axés sur l’actualité, comme ceux de Trevor Noah et Stephen Colbert, est en hausse. Ces derniers sont parvenus à animer leur émission à partir de leur domicile, ce qui démontre qu’une couverture en direct de l’actualité demeure un avantage pour les plateformes linéaires. 

Et qu’en est-il d’autres types d’applications et des terminaux numériques? Koo observe que le marché actuel ne permet pas de mesurer le degré de succès des applications. Toutefois, les mesures du côté de la télé sur demande indiquent que celle-ci peut contribuer 20% de leurs écoutes aux émissions les plus populaires, si ce n’est davantage. 

Un avenir créatif

Richard Koo est d’avis que le contenu généré par les utilisateurs sera essentiel afin de conserver les auditoires, alors que le contenu déjà produit finira par s’épuiser et que les annonceurs et les commanditaires se feront plus rares en cette période de crise. Les créateurs de contenu devront être conscients du fait que le paysage de la consommation télévisuelle s’est rapidement transformé, et tenir compte de cette nouvelle réalité dans leurs modèles d’affaires.

«Nous vivons tous une situation exceptionnelle, du jamais vu pour notre époque, ajoute-t-il. Il faudra maintenant voir si les changements perdureront une fois que nous aurons retrouvé un semblant de normalité. Je ne crois pas que les choses reviendront comme avant. Certes, on ne parle pas ici d’un scénario catastrophe. Cependant, il est clair que nous assistons à une tendance migratoire qui va en s’accélérant. Il y aura peut-être un ralentissement, mais un retour en arrière est improbable. Au cours des dernières années, les télédiffuseurs ont procédé à une diversification de leurs services, car c’était devenu nécessaire. Or, la crise actuelle s’avère tout de même un choc pour le système. Il sera intéressant ― et important ― de suivre de près l’évolution de la situation.»  

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