COVID-19: Quelle suite du côté de la distribution?

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Crédits photo détaillés au bas de l'article.

Alors que le processus de déconfinement se poursuit, le secteur de l’audiovisuel, qui était en mode gestion de crise, s’apprête progressivement à passer à une nouvelle étape. Que faire maintenant? De toute évidence, l’industrie devra effectuer d’importants changements à court et moyen terme. Mais qu’arrivera-t-il à long terme? Comment l’industrie réagira-t-elle ― et anticipera-t-elle ― ces changements? Quelles questions cruciales doit-on se poser face à ce qui nous attend ― et qui aura les réponses? Le présent article est le second d’une série qui se penchera sur l’avenir du secteur audiovisuel canadien, une industrie qui émerge lentement des diverses mesures de confinement et autres restrictions imposées afin de limiter la propagation de la COVID-19.

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Si la pandémie a freiné la production télévisuelle, la distribution de contenus télévisuels canadiens demeure quant à elle fort active. En effet, la population mondiale s’étant trouvée confinée à la maison, la demande de nouveau contenu est montée en flèche.

Les producteurs et distributeurs canadiens se trouvent en excellente position pour tirer profit de la situation.

De nouvelles opportunités

Les acheteurs sont en quête de contenus prêts à être diffusés. Or, comme le marché actuel compte de moins en moins de nouvelles productions, et que celles qui étaient sur le point d’être complétées ont été interrompues, plusieurs acheteurs réévaluent aujourd’hui des projets qu’ils avaient initialement refusés.

«Si les acheteurs n’aimaient pas le projet jadis, ils ne l’aimeront pas plus aujourd’hui, croit Mark Bishop, co-PDG de marblemedia. Toutefois, ces derniers se retrouvent, suite à l’arrêt des productions en cours, avec des espaces à combler dans leurs catalogues. Cela fait apparaître de nouvelles opportunités, alors que ces acheteurs se tournent désormais vers des projets qu’ils avaient aimés, mais qu’ils avaient dû refuser de par un catalogue déjà rempli.» Distribution 360, l’entreprise de distribution de marblemedia, constate également une hausse du nombre d’acquisitions, alors que d’autres producteurs sont en quête de distributeurs pouvant profiter de relations déjà établies.

Du côté de Rezolution Pictures, la productrice exécutive Christina Fon est désormais en contact direct avec les acheteurs, alors qu’auparavant, il lui aurait sans doute fallu transiger avec un agent de vente ou un distributeur. Elle discute également avec des entreprises de plus grande envergure aux réseaux de contacts internationaux dont Rezolution ne dispose pas. Fon admet que le fait de ne plus pouvoir voyager ne nuit pas à la possibilité pour elle de conclure des ententes. Au contraire, elle constate que les conversations avec ses clients sont de nature plus approfondies que lorsqu’elle les rencontrait dans les marchés. Le télétravail semble avoir favorisé des conversations plus longues, ce qui facilite le développement et le maintien de relations d’affaires.

Mark Bishop observe lui aussi que les acheteurs disposent de plus de temps pour les conversations. Il croit d’ailleurs que cela démontre que les nombreux voyages d’affaires du passé n’étaient pas tous nécessaires, et il s’attend à ce que leur fréquence diminue dans l’avenir. Pour sa part, Eric Rebalkin, directeur de l’exploitation de Mosaic Entertainment, n’a pas l’intention de reprendre l’avion avant la découverte d’un vaccin contre la COVID-19. «En tant que parent, cela serait beaucoup trop risqué», dit-il. John Young, PDG de Boat Rocker Media, admet que le temps et les coûts qu’exigent les voyages d’affaires ne lui manquent aucunement, mais admet toutefois qu’il craint tout de même «rater une quelconque occasion». Seul l’avenir le dira, selon lui.    

Suivre les nouvelles tendances

Des marchés comme le MIPTV ont effectué une transition en ligne, où ils proposent des vitrines virtuelles, des sessions de présentations et divers outils de réseautage. Christina Fon constate toutefois qu’il n’est pas toujours évident de s’y retrouver.

L’approche collaborative observée au niveau du développement de protocoles en production se constate également du côté de la distribution. Certes, les marchés demeurent concurrentiels. Cependant, tous sont confrontés aux mêmes restrictions, ce qui crée un équilibre des forces entre les producteurs et les distributeurs de toute envergure et de tout territoire. Tous, en fait, cherchent de nouvelles façons d’exercer leurs activités. «L’énergie est différente dans un contexte où nous tentons d’atteindre les mêmes résultats en nous y prenant autrement, indique Jocelyn Hamilton, présidente chez Entertainment One Television Canada. Plus personne ne craint de rater une occasion.»

Certains constatent que les distributeurs sont en quête d’autres types de contenus. Selon Christina Fon, on vise davantage les documentaires légers et divertissants, tout en évitant les sujets plus sombres et lourds des dramatiques. Little Bird, une série de Rezolution sur la rafle des années 60 et en cours de développement à la CBC, fait partie des exceptions. Dans ce cas-ci, il s’agit du parcours héroïque d’un personnage et, ultimement, d’un récit inspirant empreint d’espoir. Rezolution s’affaire également à développer une série d’action et d’aventure qui cadre idéalement avec les attentes actuelles.  

Shaftesbury se considère en bonne position pour tirer profit des nouvelles opportunités. Les séries dramatiques de l’entreprise (Murdoch Mysteries et Frankie Drake) connaissent une grande popularité à l’international du fait qu’elles s’avèrent moins sombres que d’autres productions du genre.

Christina Jennings, présidente et chef de la direction de Shaftesbury, est d’avis que le contenu autre que les contenus non sérialisés, à la fois optimistes et axés sur un personnage, sont avantagés dans le marché actuel. Ainsi, l’entreprise parvient à vendre son contenu dans de nouveaux marchés. De son côté, marblemedia observe une tendance mondiale favorisant le contenu familial parfait pour le co-visionnement. Mark Bishop constate que les acheteurs privilégient les héros ordinaires et les situations auxquelles l’auditoire peut s’identifier. «Disons que les émissions où l’on rénove des maisons luxueuses n’ont pas vraiment la cote ces jours-ci», estime-t-il.

Enfin, les restrictions imposées aux productions du côté des États-Unis deviennent une opportunité pour les propriétés intellectuelles canadiennes, alors que les plateformes et diffuseurs américains cherchent à ficeler leurs programmations. Ces derniers pourraient alors se tourner vers les productions canadiennes, sachant qu’il s’agit de contenu de qualité. Des exemples éloquents seraient la vente de Transplant à NBC et de Coroner à The CW.


Crédit photo: Maximilian Bühn / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0 

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Kelly Lynne Ashton
Formée comme avocate en droit du divertissement, Kelly Lynne Ashton travaille dans les industries canadiennes de la télévision et des médias numériques depuis plus de 25 ans. Elle a œuvré comme dirigeante en affaires corporatives au sein de plusieurs entreprises torontoises de production et de distribution, dont Atlantis Films Limited et Owl Group of Companies. Kelly Lynne est ensuite passée au numérique comme productrice principale au studio Web jeunesse Big Orbit Inc. Elle y a notamment développé, dirigé et mis en marché Reactorz, une firme de recherche spécialisée en jeunesse. De plus, elle a travaillé en relations gouvernementales et en politiques médiatiques en tant que directrice des politiques à la Writers Guild of Canada. Kelly Lynne met aujourd’hui à profit ses expériences dans les domaines juridique, des affaires, du marketing et de la recherche pour fournir un service-conseil à ses clients de tous les secteurs de l’industrie. Ceci inclut, entre autres, des services d’évaluation pour divers fonds, la rédaction de rapports de recherche et la programmation de rassemblements d’industrie. Kelly Lynne détient un Certificat en leadership et inclusion décerné par le Centennial College, et offre donc également un service de consultation en diversité et inclusion.

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