COVID-19: qu’en est-il des opérations?

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Alors que le processus de déconfinement se poursuit, le secteur de l’audiovisuel, qui était en mode gestion de crise, s’apprête progressivement à passer à une nouvelle étape. Que faire maintenant? De toute évidence, l’industrie devra effectuer d’importants changements à court et moyen terme. Mais qu’arrivera-t-il à long terme? Comment l’industrie réagira-t-elle ― et anticipera-t-elle ― ces changements? Quelles questions cruciales doit-on se poser face à ce qui nous attend ― et qui aura les réponses? Le présent article est le dernier d’une série qui se penchera sur l’avenir du secteur audiovisuel canadien, une industrie qui émerge lentement des diverses mesures de confinement et autres restrictions imposées afin de limiter la propagation de la COVID-19.

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Les articles précédents de cette série ont examiné de près différents silos de l’industrie des écrans, à savoir la production télévisuelle, la distribution, les contenus numériques de format court, les médias numériques interactifs et la production de documentaires. Cependant, plusieurs questions soulevées au cours des entretiens — communes à tous les secteurs — méritaient d’être abordées.

Reprendre la production

Le principal problème dans toutes les formes de production autres que les médias numériques interactifs a été — et demeure — les assurances. Allant de l’avant, les compagnies d’assurance ne couvriront pas le risque d’arrêt des productions s’il devait y avoir une deuxième vague de COVID-19. Cette exclusion non seulement expose les producteurs à un risque financier en cas d’un nouveau confinement, mais aussi peut rendre difficile, voire impossible, l’obtention d’un financement ou d’un financement provisoire, car les diffuseurs et les banques ne sont pas disposés à prendre un tel risque. La présidente d’eOne Television Canada, Jocelyn Hamilton, affirme que «les diffuseurs ne commandent pas de nouveaux contenus en raison du risque». Selon Kyle Irving, associé chez Eagle Vision, «il y aura une grave pénurie d’approvisionnement si ce problème n’est pas résolu». La Canadian Media Producers Association fait activement pression sur le gouvernement fédéral pour obtenir un fonds d’indemnisation afin de permettre au secteur de reprendre la production, comme cela s’est fait ailleurs. Les producteurs espèrent que le problème sera bientôt résolu.

Toutes les productions s’attendent à des coûts supplémentaires attribuables à la pandémie. Pensons notamment aux dépenses liées à l’achat d’équipement de protection individuelle et à l’ajout de membres à l’équipe de tournage pour vaquer au nettoyage et au maintien des protocoles. Mais il y a aussi les coûts liés à la réduction du nombre de jours de tournage et à l’allongement des périodes de tournage (pour maintenir des conditions optimales pour les équipes), la mise en quarantaine des acteurs et des équipes de tournage hors province ou hors pays ainsi que l’équipement supplémentaire pour ceux qui continuent de travailler de la maison.

Qui couvrira ces coûts? «J’aimerais voir un crédit d’impôt pour les coûts supplémentaires de santé et de sécurité», affirme Christina Jennings, PDG de Shaftesbury. Pour Anne Loi, directrice commerciale de WildBrain, la question des coûts supplémentaires liés aux mesures de santé et de sécurité est plus pressante que celle des assurances. «Comment pouvons-nous remettre les gens au travail si nous ne pouvons pas couvrir les coûts supplémentaires liés à la COVID?», se demande-t-elle.

Une nouvelle façon de travailler

La transition vers le travail à domicile a été relativement facile pour la plupart des secteurs de production dans l’ensemble. Alors que la production vidéo et le travail de capture de mouvements ont été impossibles en période de confinement, et que le travail audio et la postproduction se sont avérés difficiles, de nombreuses autres activités de production de contenu sur écran — développement commercial, développement créatif et certaines formes de production comme l’animation et les médias numériques interactifs — ont pu être accomplies à distance avec un certain degré de facilité. «Nous pourrions même être plus productifs qu’auparavant, étant donné que nous n’avons pas à nous soucier des déplacements, pense Jocelyn Hamilton. Certaines personnes doivent jongler avec le travail et les enfants, mais l’entreprise les soutient et tout le monde s’ajuste au besoin.» Le producteur exécutif de Sabotage Studios, Philip Barclay, s’exprime différemment. «Ceux qui peuvent être souples le sont pour ceux qui ne le peuvent pas. Il y a un bon équilibre entre la gestion d’une entreprise et le soutien à une situation humaine complexe.»

Ce numéro de jonglage parental n’a pas été facile pour Lisa Baylin, vice-présidente d’iThentic: «J’ai appris à établir des priorités et à dire “non” parce que mes heures libres sont limitées», dit-elle. Trinni Franke, co-fondatrice de Token Entertainment, espère que cela pourra conduire à un changement à long terme. «Dans le passé, les femmes devaient travailler et faire semblant de ne pas être des parents. C’est peut-être l’occasion d’arrêter de faire semblant et d’avoir un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée ainsi que des heures de travail plus courtes.»

En raison de la transition relativement facile et de l’incertitude quant au retour à la «normale», de nombreux producteurs ne sont pas pressés de retourner dans leurs bureaux. 

«Nos plans de retour au bureau prévoient un maximum de flexibilité, insiste John Young, PDG de Boat Rocker Media. Nous fournirons un bureau si cela est préférable, avec des protocoles en place pour assurer la sécurité en tout temps.» Les sociétés de production examineront attentivement leurs besoins. «Nous ne dépenserons pas autant en immobilier si chacun peut effectivement travailler à domicile et avoir un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée», ajoute John Young. Lisa Baylin est plus audacieuse dans son évaluation: «Le bureau n’est plus le symbole de statut qu’il était, et il s’agit selon moi d’un changement permanent.»

Histoire similaire de côté de WildBrain, qui était en train de déménager dans de plus petits bureaux à Toronto lorsque la pandémie a frappé. L’espace a été conçu en tenant compte de la suite type de petits bureaux. Maintenant, il sera adapté pour donner la priorité aux espaces de réunion plutôt qu’aux espaces de travail, car l’entreprise s’attend à ce que le personnel continue à travailler à domicile, mais se présente à des réunions d’équipe périodiques. «Le travail de bureau ne sera plus comme avant. Nous cherchons des conseils, mais nous n’avons pas encore trouvé d’orientation sur la conception post-pandémique», indique Anne Loi.

Plusieurs des studios interrogés — Big Bad Boo, Stitch Media et Bloom Digital, par exemple — fonctionnaient déjà en mode virtuel, au moins en partie, de sorte que la transition vers le travail à distance était plus facile. Ces studios, ainsi que d’autres, se demandent maintenant s’ils doivent réintégrer leurs bureaux. Mosaic Entertainment, par exemple, venait de déménager de l’Alberta à la Colombie-Britannique lorsque la pandémie a frappé et n’avait pas encore ouvert de bureau dans sa nouvelle province. «Nous avons travaillé efficacement à domicile avec des travailleurs contractuels et nous envisageons donc de ne pas s’installer dans des bureaux formels», dit Eric Rebalkin, co-fondateur de l’entreprise.

La technologie a assuré une transition en douceur vers le travail à domicile. Certaines des adaptations nécessaires entreprises pour permettre un meilleur travail d’équipe et une meilleure collaboration persisteront après la pandémie. Boat Rocker, par exemple, a mis en place des assemblées virtuelles pour ses 750 employés répartis sur sept sites — une initiative qui a suscité de nombreux commentaires positifs. Le personnel dit maintenant qu’il se sent plus proche des cadres supérieurs et qu’il s’attend à ce que ces assemblées en ligne soient maintenues. «Une fois que nous aurons traversé la crise, quelqu’un devra écrire un plan de match que nous pourrons tous suivre la prochaine fois», plaisante John Young.

Vu que WildBrain a des bureaux dans le monde entier, Anne Loi, avant la pandémie, avait essayé de mettre en place davantage de visioconférences pour réduire la nécessité de voyager. D’autres, cependant, ont résisté. «Maintenant, par nécessité, tout le monde le fait.» Par conséquent, elle s’attend à moins de voyages à l’avenir, mais Zoom ne fonctionne pas dans toutes les situations. Lisa Baylin trouve que les appels vidéo fonctionnent bien dans un cadre professionnel, «mais il est difficile, d’un point de vue créatif, de ne pas être dans la pièce. Pour les appels créatifs, une conférence téléphonique est préférable, car tout le monde peut se concentrer sur le travail à réaliser.»

L’animation, les médias numériques interactifs et le travail de postproduction reposent tous sur de volumineux fichiers numériques. Il a été difficile pour ceux travaillant à la maison de gérer ces fichiers avec la qualité et la vitesse d’Internet à domicile. Les disques durs peuvent être expédiés, mais cela ralentit le processus et, dans certains cas, c’est tout simplement impossible. Pour preuve, Dark Slope travaille avec un studio d’animation en Inde, mais cette entreprise se trouvant à l’épicentre de la pandémie de COVID-19 de ce pays, le courrier international a été paralysé. RTR Media a exploré avec son personnel la possibilité d’utiliser une technologie infonuagique pour éviter les disques durs.

Dans l’ensemble, les producteurs reconnaissent qu’ils subissent une perte de productivité en raison du stress induit par la pandémie, des distractions liées au travail à domicile et des difficultés logistiques. Les estimations indiquent une perte de productivité de l’ordre de 10% à 20%. Le consensus est qu’une telle perte est acceptable à la lumière des circonstances.

«En tant que studio, nous avons dû nous rendre compte que nous ne pouvions pas fonctionner uniquement pour la productivité», explique Philip Barclay. Tanya X. Short, co-fondatrice de Kitfox Games, a une excellente façon de formuler la même idée: «Un peu d’efficacité perdue, ça va. Ce serait pire si les employés travaillaient en étant stressés», répond-elle.

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Kelly Lynne Ashton
Formée comme avocate en droit du divertissement, Kelly Lynne Ashton travaille dans les industries canadiennes de la télévision et des médias numériques depuis plus de 25 ans. Elle a œuvré comme dirigeante en affaires corporatives au sein de plusieurs entreprises torontoises de production et de distribution, dont Atlantis Films Limited et Owl Group of Companies. Kelly Lynne est ensuite passée au numérique comme productrice principale au studio Web jeunesse Big Orbit Inc. Elle y a notamment développé, dirigé et mis en marché Reactorz, une firme de recherche spécialisée en jeunesse. De plus, elle a travaillé en relations gouvernementales et en politiques médiatiques en tant que directrice des politiques à la Writers Guild of Canada. Kelly Lynne met aujourd’hui à profit ses expériences dans les domaines juridique, des affaires, du marketing et de la recherche pour fournir un service-conseil à ses clients de tous les secteurs de l’industrie. Ceci inclut, entre autres, des services d’évaluation pour divers fonds, la rédaction de rapports de recherche et la programmation de rassemblements d’industrie. Kelly Lynne détient un Certificat en leadership et inclusion décerné par le Centennial College, et offre donc également un service de consultation en diversité et inclusion.

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