COVID-19: Quel impact pour les producteurs de contenus vidéo numériques?

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Kal Visuals / Unsplash

Alors que le processus de déconfinement se poursuit, le secteur de l’audiovisuel, qui était en mode gestion de crise, s’apprête progressivement à passer à une nouvelle étape. Que faire maintenant? De toute évidence, l’industrie devra effectuer d’importants changements à court et moyen terme. Mais qu’arrivera-t-il à long terme? Comment l’industrie réagira-t-elle ― et anticipera-t-elle ― ces changements? Quelles questions cruciales doit-on se poser face à ce qui nous attend ― et qui aura les réponses? Le présent article est le troisième d’une série qui se penchera sur l’avenir du secteur audiovisuel canadien, une industrie qui émerge lentement des diverses mesures de confinement et autres restrictions imposées afin de limiter la propagation de la COVID-19.

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Les deux premiers articles de cette série portaient sur la production et la distribution télévisuelles. Ce troisième article se penchera sur ce qu’on appelle communément les webséries.

Mais, d’abord, un mot concernant cette étiquette.

L’un des premiers thèmes étant ressortis des entrevues réalisées dans le cadre de cet article est le refus de l’étiquette «producteur de webséries». «Je produis du contenu», précise Lisa Baylin, vice-présidente d’iThentic. La plupart des personnes interrogées créent des contenus de différentes longueurs, pour de multiples plateformes et publics. Tous ont connu des difficultés uniques en raison de la COVID-19.

L’avantage de la vidéo numérique de format court

Selon Baylin, «les nouvelles voix, un accès plus facile, une mise en œuvre rapide» sont ― et ont toujours été ― le propre des séries numériques de format court. Les producteurs qui occupent déjà cet espace ont l’habitude de raconter des histoires riches et de recourir à des équipes plus petites avec moins de dates de tournage. Par exemple, Lisa Baylin a récemment tourné une bande-annonce pour une demande de financement avec rien de plus qu’un artiste et un caméraman. Quant à elle, en plus de diriger la production, elle s’est occupée de transporter le matériel.

La vidéo courte étant plus facile et moins coûteuse à produire, elle pourrait commencer à attirer davantage de producteurs. La réalisatrice de longs métrages Jeanne Stromberg, de Stromhaus Productions, explore l’animation numérique de court format avec VNN Comedy Network pendant qu’elle est en attente ou en développement prolongé sur ses longs métrages. «Une productrice doit produire», dit-elle.

Certains producteurs de contenus courts ont produit des contenus «de pandémie» à petits budgets, c’est-à-dire des contenus faciles à filmer, à livrer et à diffuser pendant le confinement. La rapidité d’exécution des contenus numériques leur permet de créer des contenus opportuns dont la durée de vie ne devrait pas se prolonger au-delà de la pandémie. «Nous avons eu des productions commandées, réalisées et payées pendant la pandémie» ― du contenu numérique lié à du linéaire avec un public existant ― affirme Jenna Keane, responsable de la création pour RTR Media. Parallèlement, le producteur d’animation Big Bad Boo a produit des messages d’intérêt public pour les enfants en utilisant les personnages de sa série animée pour enfants 16 Hudson. La cofondatrice de l’entreprise, Shabnam Rezaei, estime qu’il était de leur responsabilité, en tant que producteur de contenu pour enfants, de faire quelque chose pour aider les enfants pendant cette période.

Retour à la production

Alors que certains producteurs réécrivent leurs contenus pour diminuer le nombre de lieux de tournage et rapetisser les équipes, le cofondateur de Babel Films, Eric Piccoli, consacre plus de temps au développement afin d’être prêt lorsque la production normale pourra reprendre. Les cofondateurs de Token Entertainment, Winnifred Jong et Trinni Franke, avaient, eux, espéré profiter de l’engouement face suscité par la deuxième saison de leur série de vidéos courtes Tokens pour produire une série de plus grande envergure, avec plus de lieux de tournage et un plus grand nombre d’acteurs. Ils envisagent maintenant qu’ils pourraient devoir la condenser. La petite équipe aux ressources limitées a décidé d’attendre que les protocoles de l’industrie soient publiés et d’observer comment les grandes productions s’en sortent avant de prendre des décisions concernant des changements de création et de production.

Maintenant, la question qui se pose est à savoir jusqu’à quand attendre? Ils prévoient que les productions télévisuelles reprendront toutes en même temps et qu’il leur sera difficile de rivaliser pour le matériel, les acteurs et les lieux de tournage. Ils doivent trouver un créneau, mais ne savent pas encore quand les ressources seront les plus achalandées au Canada et aux États-Unis.

Les co-fondatrices d’OYA Media Group, Alison Duke et Ngardy Conteh George, ont toutes deux été personnellement touchées par la COVID-19. Des analyses ont démontré que la communauté noire, dont elles font partie, a été plus durement touchée par la COVID-19 que la population générale en raison de facteurs comme le racisme systémique, la forte représentation de cette communauté dans les emplois de service de première ligne et la densité de logement.

Par conséquent, Duke et George ont l’intention d’attendre d’être certaines qu’une majorité des acteurs et des équipages noirs puissent reprendre le travail en toute sécurité, ou encore qu’elles puissent consacrer davantage de ressources aux protocoles de sécurité avant de reprendre les activités de production. En attendant, elles ont reçu l’argent du CBC Creative Relief Fund pour développer une série documentaire Web à partir d’archives personnelles qui relatent des histoires vécues par la communauté noire. Elles espèrent pouvoir poursuivre ce projet en toute sécurité pendant la période de confinement.

Allant de l’avant

Le contenu numérique de format court est confronté aux mêmes obstacles que le contenu linéaire pour ce qui est de gérer la santé et la sécurité en cours de production. Cependant, vu les budgets réduits, il est beaucoup plus difficile de faire face aux coûts accrus liés à l’achat d’équipement personnel de protection, au respect de l’impératif de la distanciation physique et de la réduction des journées de travail. Par ailleurs, vu les équipes réduites, ces coûts ne seront pas aussi importants que pour les productions télévisées. Les producteurs de télévision envisagent d’engager des experts en santé et sécurité, mais, vu le type de budget dont disposent les productions numériques de courts métrages, Lisa Baylin ne s’attend pas à pouvoir se permettre d’engager des experts «à moins qu’ils ne soient aussi affectés à des tâches d’entretien ménager».

Mais il ne s’agit pas seulement de savoir si et quand il faut produire. Les plateformes font preuve de prudence. Si le numérique court existe, à bien des égards, pour mettre en valeur de nouvelles voix, Baylin et Shabnam Rezaei craignent que, en raison de la pandémie, les plateformes soient moins enclines à prendre des risques et s’en tiennent donc plutôt à des créateurs ayant fait leurs preuves. Sans événements en présentiel, il est également plus difficile pour les nouvelles voix d’obtenir des rencontres. Même ceux qui ont déjà des relations avec les responsables de plateformes et de chaînes constatent un ralentissement des confirmations.

Token Entertainment avait le vent en poupe, avec de multiples nominations et récompenses pour la première saison de Tokens, le programme Banff Spark, le développement d’un ensemble de projets soutenus par le Fonds Bell et un voyage prévu à Los Angeles. Tout cela est maintenant en attente, et Jong et Franke craignent que d’ici à ce qu’elles puissent à nouveau voyager, elles aient perdu leur élan.

Le confinement n’a cependant pas eu d’impact sur la commercialisation des œuvres courtes de Piccoli. Le marché pour leur fiction numérique de langue française est situé principalement au Québec et il y a donc moins d’occasions à manquer dans le marché mondial.

Bien qu’ils ne soient pas directement impactés par la COVID-19, les producteurs de contenus numériques courts constatent que le type de contenu que les acheteurs recherchent a été impacté bien plus par les manifestations de Black Lives Matter que par la pandémie. «J’ai grandi dans un environnement multiculturel, donc mon contenu a toujours cette représentation. Aujourd’hui, les diffuseurs le recherchent», explique Eric Piccoli. Il y voit une évolution importante, à condition que cela se fasse dans le respect et ne soit pas perçu comme une simple case à cocher.

Shabnam Rezaei n’a pas vu de changement dans la demande, mais c’est peut-être parce qu’elle travaille déjà dans l’espace où il se crée des contenus qui mettent en valeur «la capacité émotionnelle des enfants à être inclusifs». Elle espère que cela continuera parce qu’à long terme, l’inclusivité et la représentation sont plus importantes que la réponse à la pandémie.

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