Création d’écosystèmes entrepreneuriaux — regard international

Quels sont les ingrédients nécessaires pour créer un environnement qui permet l’épanouissement de l’entrepreneuriat et de l’innovation ? Pourquoi certains endroits sont-ils mieux que d’autres?

Par les entrepreneurs pour les entrepreneurs

Dans un rapport intitulé Entrepreneurial Ecosystems and Growth Oriented Entrepreneurship, Colin Mason et Ross Brown ont cerné un phénomène crucial qu’ils ont appelé le « recyclage entrepreneurial ». Il s’agit d’une situation où les entrepreneurs ayant réussi réinvestissent leur temps, argent et expertise pour soutenir de nouvelles activités entrepreneuriales.

Si les investissements permettent d’accélérer la croissance d’entreprises déjà fructueuses, ils ne peuvent remplacer le leadership d’un entrepreneur d’expérience dans la création d’une nouvelle firme.

Pour illustrer le concept, les auteurs font référence à la forte croissance du pôle technologique d’Ottawa, dans les années 1970 et 1980, et l’attribuent non pas au financement, mais bien au leadership de l’entrepreneur local Terry Matthews.

Dans un rapport de 2014, Ross Brown et Neil Lee constatent que moins de 5 % des entreprises axées sur la croissance ont été financées par du capital de risque. Selon une étude menée par la Fondation Kauffman en 2012, seule une faible proportion de firmes ont attiré du financement par capital de risque ou des fonds providentiels, et la plupart ont commencé par l’autofinancement, des prêts d’amis ou de membres de la famille, ou encore des fonds d’amorçage.

Dans son ouvrage Startup Communities: Building an Entrepreneurial Ecosystem in Your City, Brad Feld divise tous les intervenants d’un écosystème entrepreneurial en deux groupes principaux : les entrepreneurs (leaders) et les supporteurs (feeders). Si les uns ne vont pas sans les autres, il est essentiel que ce soient les entrepreneurs qui soient à la tête de l’écosystème.

Malgré la croyance populaire, les réserves de capitaux disponibles ne sont pas la clé de la création d’un écosystème entrepreneurial. Il faut des entrepreneurs expérimentés prêts à investir leur temps, leur énergie et du capital dans la communauté.

L’ouverture est fondamentale

Un écosystème ouvert en est un qui accepte facilement de nouveaux membres, permet l’échange d’information entre les membres et soutient la diversité au sein de ceux-ci. Voilà la clé de la santé à court et à long terme d’un écosystème entrepreneurial.

Dans les années 1980, Boston et la Silicon Valley étaient des foyers technologiques semblables. Cependant, dans les années qui ont suivi, la Silicon Valley a devancé Boston. Dans sa thèse de doctorat Regional Advantage: Culture and Competition in Silicon Valley and Route 128, Annalee Saxenian s’est intéressée aux raisons expliquant la situation, et en a conclu que l’échange horizontal d’information entre les entreprises a constitué le principal facteur de différenciation.

Les frontières poreuses entre les chefs de file de la Silicon Valley contrastaient fortement avec les entreprises autocrates de Boston, qui fonctionnaient en circuit fermé.

Dans Rise of the Creative Class, Richard Florida fait valoir que la tolérance dont a fait preuve la communauté dans son ensemble constitue un facteur incontournable dans l’émergence de ce carrefour de créativité et d’innovation. Sa recherche précise que le principal indicateur de succès d’une région métropolitaine dans le secteur des hautes technologies est la présence d’une vaste population homosexuelle.

Toujours dans Startup Communities: Building an Entrepreneurial Ecosystem in Your City, Brad Feld mentionne le caractère inclusif d’une communauté d’entreprises en démarrage comme l’un des principaux facteurs de réussite. Celle-ci doit être assez hétérogène pour englober tous les types d’entrepreneurs, du plus novice au plus expérimenté.

Dans son rapport Think Locally, Act Locally, la Fondation Kauffman fait remarquer qu’il est important de mettre en place une grande variété de programmes qui attireront une diversité d’entrepreneurs, de genres et de niveaux différents.

Tech City UK constitue un bon exemple d’initiative exhaustive qui englobe différents programmes pour soutenir une grande variété d’entrepreneurs et d’entreprises numériques. Ouverte à tous les Britanniques, la Digital Business Academy offre des cours avancés en commerce numérique.

Source : Tech City UK

 

Le programme Future Fifty offre du soutien de type concierge aux entreprises admissibles à forte croissance. Récemment, la firme a lancé le Tech Nation Visa Scheme, qui aide le secteur des technologies numériques à attirer et à conserver des talents de classe mondiale provenant de l’extérieur de l’Union européenne.

Des lieux abordables pour vivre, travailler et se réunir

En raison des risques inhérents au lancement d’une entreprise en démarrage, l’accès à des lieux de vie et de travail abordables est essentiel à l’épanouissement d’un écosystème entrepreneurial.

Néanmoins, ce n’est pas seulement de lieux dont l’écosystème a besoin. Une forte densité d’entrepreneurs est avantageuse, car elle permet de créer une dynamique pour les entrepreneurs établis, d’offrir des points d’accès aux nouveaux membres de l’écosystème et de favoriser l’échange d’information.

La culture qui imprègne l’écosystème est tout aussi importante que l’espace. Un esprit volontariste et créatif qui encourage l’aide ira loin.

Au cours des dernières années, les centres entrepreneuriaux se sont déplacés des enclaves de banlieue aux villes. En 2016, Paris accueillera le plus important incubateur numérique du monde. Situé au cœur de la ville, celui-ci abritera 1 000 entreprises en démarrage innovatrices.

Le regroupement d’un nombre aussi important d’entrepreneurs en un seul endroit constitue un outil puissant, qui aide la communauté à se souder en créant de multiples occasions de rencontres, officielles ou non, ce qui favorise l’échange d’information et renforce le sentiment d’appartenance à la communauté.

Dans leur article Buzz: Face-to-face contact and the urban economy, Michael Storper et Anthony J. Venables insistent sur l’importance de créer un engouement à l’échelle locale, c’est-à-dire un milieu d’information et de communication favorisé par les contacts en face à face ainsi que la « coprésence » et le « coétablissement » de gens et de firmes au même endroit ou dans la même région.

La densité d’entreprises permet également de créer des économies d’échelle en ce qui a trait aux services spécialisés et aux viviers de talents nécessaires à la croissance des affaires. L’établissement de ces carrefours en milieu urbain offre un accès facile à ce que Richard Florida appelle la « culture de la rue ».

Il s’agit d’environnements qui favorisent un éventail d’activités participatives et expérientielles, notamment les cafés-terrasses et les bistros, les prestations musicales et les galeries d’art. NomadList, un site Web en vogue créé pour aider la classe créative à choisir un lieu où s’établir pour travailler, reflète bien les hypothèses de Florida en ce sens où le système de classement proposé se fonde sur les préférences des membres de cette classe.

La compréhension des meilleures pratiques dans la formation d’écosystèmes entrepreneuriaux permettra de révéler le potentiel de participation et de démocratisation de la technologie. A son tour, ceci peut conduire à une adoption plus généralisée des technologies et services numériques et à l’essor des activités de développement économique partout dans le monde.

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Mark Greenspan
Mark Greenspan a passé les 17 dernières années à soutenir la croissance de sociétés de médias numériques par le développement d’un vaste éventail de programmes de formation et de développement commercial reconnus dans l’industrie. Mark a mis sur pied nextMEDIA et The Digis, la série canadienne la plus influente portant sur le secteur numérique et la remise de prix, depuis vendue à Brunico. Plus récemment, il a fondé le Digital Growth Lab, créateur d’influenceTHIS, un marché canadien de marketing d’influence et de création de contenu social.

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