Au cœur de la découvrabilité: où en sommes-nous?

Découvrabilité numérique recherche APFC
Crédit: Freepik

Des nouvelles d’Au cœur de la découvrabilité, un projet de recherche sur la découvrabilité numérique de l’Alliance des producteurs francophones du Canada (APFC)

Ce projet, présenté dans un billet publié en octobre dernier, arrivera à la conclusion de l’étape du banc d’essai dans quelques mois. Six producteurs membres de l’APFC, encadrés par les consultantes de LaCogency, agence spécialisée en découvrabilité numérique, participent au projet avec une production en cours. L’objectif est de développer, d’implanter et de valider des stratégies de découvrabilité et de développement d’auditoire pour ces séries.

Les séries choisies sont diverses: animation, émissions de variétés, documentaires, fictions pour adolescents ou adultes Les publics cibles le sont tout autant — on passe des enfants de 5-6 ans aux adultes qui s’intéressent à la musique country. 

Les séries à l’étude

Abigaëlle et la séduction prénatale

Une production de Far West Productions d’Edmonton, comédie romantique pour le Web, destinée aux femmes âgées de 18 à 45 ans, dont la 2e saison sera en ligne sur le site de TV5 Unis.TV à partir de février 2020.

Amélie et compagnie

Une production de Carte Blanche Films d’Ottawa, fiction jeunesse pour les 6-12 ans, diffusée par TFO dont la 3e saison a été diffusée à l’automne 2019 et la 4e est prévue pour l’automne 2020.

Balade

Une production de Machine Gum Productions de Toronto, documentaire présentant des artistes de la chanson francophone de partout au pays, dont la 2e saison sera diffusée par Unis TV en mars 2020.

Canot cocasse

Une production de Manito Média de Winnipeg, série d’animation pour enfants de 5-7 ans et dont la 4e saison est diffusée sur Unis TV de janvier à mars à Radio-Canada à partir d’avril 2020.

La vie compliquée de Léa Olivier

Une production de Slalom d’Ottawa (en coproduction avec Encore Télévision), une fiction pour les jeunes de 9-15 ans, dont la première saison sera diffusée par le service de diffusion en continu Club Illico à partir de février 2020.

Tout simplement country

Une production de Connections Productions d’Halifax, émission de variétés dédiée à la musique country, dont la première saison est diffusée à ICI ARTV de décembre 2019 à février 2020 et à ICI Radio-Canada Télé à partir de février 2020.

Découvrabilité numérique: une affaire de connexions

Au départ, les consultantes ont établi un diagnostic de la découvrabilité de chacune des émissions choisies après que les participants eurent rempli un questionnaire d’autoévaluation qui permettait de situer leur familiarité, tant avec le concept qu’avec les activités nécessaires pour la favoriser. Cela a permis de constater que si, règle générale, les participants connaissaient le concept, à leurs yeux, la découvrabilité, c’était surtout une stratégie de marketing numérique reposant sur les médias sociaux.

Peu d’entre eux avaient optimisé leur présence sur les piliers de la découvrabilité numérique pour les œuvres audiovisuelles que sont YouTube, Wikipédia et IMDb. Surtout, il existait très peu de liens — de connexions — entre les espaces numériques qui gravitent autour d’un contenu, soit ceux du producteur, de son œuvre et du diffuseur.

Pourquoi bâtir ces liens pour assurer la découvrabilité d’un contenu? À cause du Web des données.

«rendre une information découvrable, dans un monde numérique, c’est la rendre accessible sous forme de données.»

Le Web des données c’est ce vers quoi le Web est vraisemblablement en train d’évoluer. C’est une initiative du W3C (Consortium World Wide Web) qui veut le transformer vers un «réseau global d’informations» dans lequel les données génèrent un nouveau sens quand elles sont reliées entre elles, plutôt que de rester cachées dans plusieurs bases de données fermées et sans lien entre elles, ce qui empêche les machines qui ne savent pas lire le texte des humains de faire les liens nécessaires.

Dans ce contexte, la découvrabilité des contenus culturels dépend de plus en plus des liens entre les œuvres, les personnes, les organisations, les lieux et les événements. Comme l’explique la spécialiste en exploitation de contenu numérique Josée Plamondon,  «rendre une information découvrable, dans un monde numérique, c’est la rendre accessible sous forme de données, la lier à d’autres informations pour que nos traces numériques se déploient, à l’image des réseaux de neurones dans le corps humain.»

Découvrabilité éphémère vs. découvrabilité durable

Pour Andrée Harvey et Véronique Marino de LaCogency, il existe deux formes de découvrabilité. Il y a celle qui repose sur les activités tournées vers le public, comme la promotion et le marketing, traditionnels et numériques. Elles utilisent une métaphore intéressante pour en parler: «il s’agit d’actions de découvrabilité court terme qui peuvent être comparées à un feu de paille ou à l’ingestion d’une bonne dose de sucre: l’effet est instantané, puissant, mais éphémère.»

L’autre forme, la découvrabilité numérique, «s’inscrit sur le long terme: elle permet d’installer une conversation avec les machines et les algorithmes afin d’assurer une présence durable à des contenus. Elle assure qu’un film ou une série télé puisse être trouvable même après son lancement ou sa diffusion au cinéma ou à la télévision. Toujours pour utiliser une métaphore, la découvrabilité numérique équivaut à un feu de foyer ou encore à l’ingestion de fibres et de protéines: l’effet est durable. Dans le contexte du Web, on peut même parler de permanence.»

«la découvrabilité numérique, « permet d’installer une conversation avec les machines et les algorithmes afin d’assurer une présence durable à des contenus. »»

Les séries du banc d’essai ne sont pas toutes égales face à la découvrabilité «éphémère»: certaines jouissent d’une notoriété bâtie sur les saisons précédentes, d’autres bénéficient du soutien d’un diffuseur aux ressources importantes ou encore d’un public acquis avant la diffusion parce que le projet est basé sur une œuvre littéraire à succès.

En ce sens, la stratégie de découvrabilité numérique élaborée pour chacun des projets permet de niveler les chances.  On peut déjà constater que les modifications effectuées dans les univers IMDb, YouTube et Wikipédia de certaines séries ont eu des conséquences positives très importantes. Pour Amélie et compagnie, par exemple, le travail de construction de sens autour de ce qui était une série isolée et peu découvrable en avril donne des résultats. La page de l’émission est devenue populaire sur le site Web de Carte Blanche Films: en six mois elle a progressé de manière spectaculaire par rapport aux autres pages du site.

Ce travail a également bénéficié au diffuseur, TFO. Une recherche en ligne autour de la série, en plus de faire émerger toutes ses saisons et les contenus interactifs qui y sont reliés, fait émerger dans certains cas un élément du catalogue du diffuseur dans lequel certains protagonistes de la série figurent également. 

Un autre exemple: en mai 2019 une recherche avec les termes «Balade série» affichait un lien vers l’émission sur le site du diffuseur, mais produisait aussi beaucoup de confusion en affichant un carrousel de vidéos sans lien avec l’émission sinon celui d’avoir le terme «balade» dans le titre. Aujourd’hui, les liens et les informations réfèrent davantage à l’émission de Machine Gum, mais il reste encore un peu de confusion causée par le titre de l’émission, un mot fréquemment utilisé.

On ne peut pas encore parler de résultats quantifiables importants, c’est beaucoup trop tôt dans un cycle de découvrabilité «durable». Mais, ne serait-ce que pour la prise de conscience de la part des producteurs impliqués dans l’expérience de la nécessité de transformer leurs pratiques pour assurer la consolidation de leur présence en ligne, le banc d’essai a déjà produit des résultats intéressants. Il leur restera à bien intégrer les nouvelles compétences acquises dans leur flux de production.

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