Dernier Rapport de surveillance des communications du CRTC: fenêtre sur un avenir qui se précise

Crédit photo: Loewe Technologies via Unsplash

Dans son Rapport de surveillance des communications 2018 dont la version intégrale a été publiée en février dernier, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) répond, entre autres données et analyses exhaustives, à la question posée dans un récent billet paru sur FMC Veille: «La télé traditionnelle est-elle réellement morte?»

Pas encore, insiste le CRTC, parce que « Bien que les services par Internet gagnent en popularité, une grande majorité de Canadiens continuent de consommer des services de radio et de télévision traditionnels. Plus précisément, en 2017, les Canadiens étaient en moyenne 94% à regarder la télévision traditionnelle et 88% à écouter la radio chaque mois. Ces taux de pénétration sont beaucoup plus élevés que ceux de leurs équivalents sur Internet, qui affichaient 63% pour la télévision par Internet et 59% pour la lecture en continu de musique sur YouTube. »

Dans un contexte où le cadre législatif des deux secteurs qui font l’objet du rapport du CRTC, soit la radiodiffusion et les télécommunications, est actuellement en examen conjoint – compte tenu des liens existant entre eux –, cet énoncé est lourd de sens.

Les services traditionnels sont demeurés relativement populaires, mais leur environnement s’est transformé au cours des dernières décennies avec l’arrivée d’un système parallèle qui échappait à la réglementation et bouleversait sa stabilité et sa prévisibilité. Dans ce billet, nous jetons un coup d’œil sur les indicateurs du rapport du CRTC qui permettent d’identifier les principaux éléments de cette transformation et d’avoir un aperçu de l’avenir.

La télévision linéaire encore populaire, mais pour combien de temps?

En 2017, les Canadiens âgés de 18 ans et plus ont écouté, par semaine, en moyenne 27 heures de contenu fourni par environ 800 services de télévision autorisés à la distribution au Canada. En plus de regarder la télévision traditionnelle, ce segment de la population canadienne a regardé en moyenne 3,4 heures de télévision sur Internet par semaine, pour un total de 30,4 heures de contenu par semaine.

À titre comparatif, en 2009, les Canadiens adultes écoutaient en moyenne 28,8 heures de télévision par semaine et avaient visionné 0,5 heure de télévision sur Internet, et, dans ce cas, la majorité de leur écoute allait à des sites de vidéo amateur (Netflix n’était pas encore accessible au Canada*). Le total s’élève donc à près de 29,5 heures par semaine.

À première vue, les Canadiens ont augmenté leur consommation de contenu télévisuel, que ce soit par les moyens traditionnels ou en ligne. L’écoute en ligne, si elle fait lentement diminuer le nombre d’heures d’écoute de la télévision traditionnelle, n’a pas encore contribué à une baisse marquée de l’écoute de la télévision linéaire, ce qui est cohérent avec la grande quantité de contenu de qualité maintenant accessible.

Cependant, si entre 2012 et 2017 la baisse des heures d’écoute hebdomadaires de la télévision traditionnelle a été modeste (une moyenne de 2,4% par année parmi les Canadiens âgés de 2 ans et plus), les chiffres montrent une diminution importante parmi les jeunes. Ainsi, parmi les adolescents, la baisse a été en moyenne de 8,1% par année.

Les adolescents d’il y a dix ans ne sont pas non plus revenus à la télévision traditionnelle – comme certains le prédisaient dès qu’ils s’établiraient dans la vie et fonderaient des familles. Parmi les 18 à 34 ans, la diminution a été de 7% en moyenne. Ce groupe d’âge écoutait en moyenne 20,6 heures de télévision traditionnelle en 2009; il n’en écoute maintenant que 16,5.

La télévision par Internet: lentement, mais sûrement

Les données les plus éloquentes du rapport du CRTC sont probablement celles fournies dans la section intitulée «Services vidéo diffusés par Internet au Canada»:

Les services vidéo diffusés par Internet sont un segment du marché en croissance. En 2017, ce segment a généré des revenus totaux estimés à 2,4 milliards de dollars au Canada. Étant donné que le secteur de la télévision traditionnelle a généré des revenus de 6,9 milliards de dollars en 2017, les services vidéo diffusés par Internet représenteraient approximativement 35 % de ce total, ce qui est comparable aux revenus combinés des stations de télévision traditionnelle privées et de la SRC.

Alors qu’il y a quelques années, ces services étaient désignés comme des «services de télévision par contournement» (dans le sens de contournement du système réglementé), le CRTC les considère maintenant comme un segment du marché de la radiodiffusion. C’est une évolution représentative de la place qu’ils occupent maintenant dans le système.

Ce marché est en croissance, tandis que le marché réglementé est en décroissance: les revenus du secteur de la télévision ont totalisé 6,9 milliards de dollars en 2017, en baisse de 5% par rapport à 2016.

Dans le marché des services de vidéo par Internet, ce sont les services par abonnement (VSDA) qui récoltent la plus grande part des revenus et dont la croissance est la plus rapide.

Comme pour le système de radiodiffusion traditionnel, ce sont quelques services qui génèrent la majorité des revenus des services vidéo diffusés par Internet. En 2017, les trois services en tête de file – Netflix, iTunes et YouTube – ont généré des revenus estimés à 1,3 milliard de dollars, ce qui représente 55% de tous les revenus des services vidéo diffusés par Internet.

Avec 860 millions de dollars de revenus, Netflix est, sans surprise, le service par abonnement le plus lucratif au Canada. La société détient ainsi 36% du marché des services de vidéo par Internet.

En juillet de l’an dernier, nous avions publié une synthèse du rapport produit par The Convergence Research Group sur la télévision en ligne. D’après cette analyse, on dénombrait alors 25 services de télévision par Internet au Canada, et parmi ces 25 services, les trois quarts étaient d’origine étrangère, surtout américaine.

On ne peut le nier: les services de télévision par Internet étrangers occupent de plus en plus de place dans le système canadien de communication. Les revenus estimatifs des services diffusés par Internet ont affiché une croissance moyenne de 38,8% par année entre 2013 et 2017. Par ailleurs, les revenus qu’ils tirent de leur présence dans ce marché, avec une programmation essentiellement étrangère, dépassent ceux de la télévision traditionnelle canadienne, en lent déclin entre 2013 et 2017, surtout en raison de la décroissance des revenus de la vente de publicité à la télévision traditionnelle.

L’offensive Apple

Apple annonçait récemment la mise en ligne de son service Apple TV Plus sans donner trop de détails. Le service sera offert dans plus de 100 pays à partir de cet automne, mais on n’a pas précisé la date de lancement ou le prix de l’abonnement. Les observateurs estiment qu’Apple devrait dépenser environ 2 milliards de dollars américains cette année pour du contenu original qui sera diffusé sur cette plateforme.

Outre cet investissement dans la production originale, Apple annonçait que l’application Apple TV, deviendrait le noyau central des différents abonnements vidéo des consommateurs avec une autre nouveauté, Apple TV Channels. Cette dernière proposera une nouvelle expérience télévisuelle, où le consommateur ne paiera que pour les chaînes qu’il souhaite regarder. La société a déjà conclu des ententes avec HBO, Showtime, Starz, CBS All Access, et d’autres services sur demande afin que la transaction avec ces chaînes se fasse directement à partir de l’application d’Apple.

Dans le billet intitulé La télé traditionnelle est-elle réellement morte?, on concluait en se demandant si les consommateurs, devant l’offre grandissante de services spécialisés de distribution directe – comme celui d’Apple, mais aussi ceux annoncés par Disney et AT&T –, ne décideront pas d’y souscrire en remplacement de leurs abonnements existants au câble ou à des services de télévision en ligne. C’est en tout cas le pari qu’Apple semble vouloir relever.

* Sources: Rapport de surveillance des communications, numéros de 2010 et de 2013

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