DoXa : écrire, produire et diffuser sa première websérie

C’est le 10 mai 2018 qu’était lancée doXa (6×16), ma première websérie. De l’écriture à la diffusion en passant par le tournage et le montage, voici un récit condensé faisant le point sur la création de cette production cumulant près de 500 000 vues en moins de deux mois.

Le scénario: un concept fort et une écriture resserrée

J’ai écrit le scénario de doXa au début de 2015, tout seul dans ma chambre, le soir, après le travail. Je voulais traiter d’un sujet politique complexe pour me démarquer des comédies traditionnelles. En fouillant bien, j’ai mis la main sur une thématique qui n’avait jamais (ou très peu) été défrichée par la fiction, soit celle des instituts de sondages. Peu de temps après, je testais le pitch de ma série en la racontant à mes amis autour d’un café: si je ne voyais pas une lueur dans leurs yeux en moins d’une minute, je réécrivais.

En quelques mois, je suis arrivé à formuler un synopsis pour doXa:

« Chargé d’étude en institut de sondages, Arthur est un génie des statistiques qui vaporise la grisaille de son quotidien entre les paradis artificiels et les mondes virtuels. Un jour, il inverse par erreur les résultats d’un sondage et personne ne s’en aperçoit. Pire, ses conclusions se valident. Prenant conscience du pouvoir qu’il a entre les mains, Arthur va commencer à en jouer »

Parallèlement à ce processus d’écriture solitaire, Studio 4, la plateforme Web du groupe France Télévisions consacré à la websérie de fiction, lançait en mai 2015 un appel à projets auprès auteurs n’ayant ni expérience préalable ni producteur. Le mot d’ordre était simple: aucun thème ou sujet imposé, peu de contraintes. Les participants devaient inclure à leur dossier de candidature un pitch, une note d’intention éditoriale et artistique, la structure narrative d’une première saison et au moins un épisode dialogué. Faire émerger de jeunes auteurs en leur donnant accès à une diffusion massive, voilà une des forces du Web. Ce n’est donc pas un hasard si ma première œuvre de fiction est une websérie.

Après avoir été sélectionné par la direction des nouvelles écritures de France Télévisions, j’ai dû choisir un producteur, et mon choix s’est arrêté sur Jérémy Pouilloux de La Générale de Production. J’ai retravaillé avec lui pendant presque six mois afin de rédiger les 120 pages du scénario de la première saison. Dans un premier temps, il m’a incité à écrire sans me soucier des contraintes budgétaires. L’important était de savoir quelle était la problématique centrale de ma série. En travaillant sur le moteur de ma fiction, nous avons pu nous recentrer sur les personnages principaux et en supprimer d’autres. C’est ainsi que la famille du protagoniste a totalement disparu pour ne plus apparaître que sous forme de texto. Cette écriture resserrée a aussi permis de limiter le nombre de décors.

Tout au long de la réécriture, nous envoyions des étapes de travail aux équipes de Studio 4, qui ne nous ont jamais demandé de formater ou de minuter les épisodes: « L’écriturecidera du format » m’avait répondu Antonin Lhote du comité éditorial de Studio 4. Résultat: les épisodes font en moyenne 16 minutes, soit plus du double de la durée moyenne des vidéos diffusées par Studio 4. Là encore, c’est une des forces du Web: vu l’absence de case à respecter, il y a une grande liberté d’écriture et de réécriture, du scénario jusqu’au montage en passant par le tournage.

Production et la postproduction: une exigence proche du cinéma avec les moyens du Web

Une fois le scénario validé, j’ai choisi un coréalisateur, car je sentais que je ressentais le besoin d’être accompagné pendant la réalisation de mes 96 premières minutes de fiction. C’est à ce moment que mon producteur m’a présenté Olivier Marquézy, avec qui j’ai également réécrit certaines scènes. Ensemble, nous avons beaucoup réfléchi à l’identité visuelle et sonore de la série. Nos références allaient de Fight Club à Jacques Tati, en passant par les séries Yes Minister, Atlanta et Man Seeking Woman. Aucune référence à une websérie donc.

Entièrement financé par Studio 4, le Centre national de l’image animée (CNC) et La Générale de Production, le tournage de doXa s’est déroulé sur trois semaines au mois de juillet 2017, en Île-de-France. Nous avons réaménagé deux lieux pendant une semaine (l’appartement d’Arthur et les bureaux de l’IFLOP), et avons aussi tourné dans un kebab, un restaurant, des parcs, une place et plusieurs rues de Paris.

Nous devions tourner 5’30 utiles par jour, ce qui correspond à des normes proches de celles de certaines séries télévisées. Plusieurs comédiens m’ont même appris que les cadences imposées pour certaines séries télé étaient parfois bien supérieures. De plus en plus, eu égard à la production, les frontières entre séries télé et webséries semblent s’estomper.

Pendant le tournage, les comédiens, tous très actifs sur les réseaux sociaux, ont commencé à publier les premières images du tournage… Le nom de doXa circulait déjà !

Pour la postproduction, nous avons eu la chance de pouvoir compter sur une aide de la région Provence Alpes Côte d’Azur, ce qui nous a permis de monter dans d’excellentes conditions. Après discussions avec des monteurs issus de la télévision, du Web et du cinéma, nous avons décidé de collaborer avec Carole Le Page, excellente monteuse qui travaille presque exclusivement pour le cinéma et n’avait jamais rien monté destiné au Web.

En dix semaines, la postproduction était terminée, il était l’heure de fêter Noël.

La diffusion: quand le vieux monde rencontre le nouveau

Pour la diffusion de la websérie, il a fallu prendre en considération un certain nombre de contraintes, ce qui a repoussé de plusieurs mois la diffusion de doXa. En premier lieu, comme c’est le cas pour toute chaîne de télévision classique, Studio 4 a un calendrier de diffusion très chargé. Il fallait donc trouver un espace dans sa grille, ce qui a nécessité quelques allers-retours.

Ensuite, l’équipe de Studio 4 souhaitait que notre production succède à une websérie dont l’auditoire était proche de la nôtre, question de créer un rendez-vous avec les 300 000 abonnés de sa chaine YouTube. Comme la websérie Martin Sexe Faible se terminait au début mai, nous avons donc pu reprendre cette plage horaire, le ton des deux séries étant assez similaire.

Enfin, notre producteur voulait inscrire doXa à de grands festivals de séries demandant l’exclusivité mondiale pour être en lice. Nous avons été sélectionnés au Festival Séries Mania à Lille, et, de ce fait, il a fallu attendre que le festival se termine pour que l’épisode 1 de doXa puisse être diffusé sur le Web.

De nombreux journalistes étaient présents à Séries Mania, faisant en sorte que nous ayons bénéficié d’une large couverture de presse (LeMonde.fr, Télérama, etc.) – incluant de nombreuses chroniques radio (France Inter, Europe 1, Radio Nova) – dès la première semaine de diffusion. Cette médiatisation, alliée à une campagne de publicité sur YouTube, a permis à l’épisode 2 de réaliser les meilleures performances de la série: 60 000 vues en 24 heures, et 48 heures dans les tendances YouTube France. Cette exposition dans les médias traditionnels a été suivie de nombreux articles de blogue et d’invitations dans des baladodiffusions émergentes pendant les six semaines de diffusion de la série.

De plus, certains acteurs de la distribution, comme Aude Gogny-Goubert et Sébastien Chassagne, ont activement contribué à la diffusion de la série en mettant à contribution leurs réseaux sociaux à la sortie de chaque nouvel épisode. La portée atteinte par l’entremise de leurs communautés a été déterminante dans la diffusion de notre websérie.

doXa à l’épreuve des statistiques

À l’heure actuelle, doXa cumule 447 545 vues en six semaines, soit une moyenne de 75 000 vues par épisode. Chaque épisode a récolté en moyenne 5 000 likes et 50 dislikes, un ratio impressionnant si on le compare aux moyennes habituelles. Chaque épisode compte environ 250 commentaires (positifs pour la plupart) à l’exception du dernier qui a atteint 800 commentaires réclamant à cor et à cri une deuxième saison (espérons que Studio 4 y jette un coup d’oeil!). La lecture des commentaires publiés à la diffusion de chaque nouvel épisode était jubilatoire, mon coréalisateur et moi passions tous nos jeudis entre 18h et minuit à répondre aux différents commentaires.

Notre auditoire est majoritairement masculin (64% d’hommes et 36% de femmes) et est âgé entre 18 et 34 ans (80% de l’auditoire), ce qui correspond relativement à nos attentes initiales. Quant au visionnement, il se fait à 52% sur mobile, à 40% sur ordinateur et à 6% sur tablette.

Sur le plan géographique, la diffusion de la série étant géobloquée, limitant de ce fait son accès au territoire français, nous avons reçu beaucoup de messages de Québécois, de Belges et de Suisses frustrés de ne pas avoir accès à doXa… Cependant les droits sont bloqués pour la France et doXa ne pourra être accessible à l’étranger qu’une fois qu’une chaîne en aura acheté les droits. Même sur le Web, la télévision reste donc toujours un peu la télévision.

La websérie, un format libre

Somme toute, en faisant le point sur les trois années de travail sur doXa, je suis satisfait du travail accompli. Ce qui m’a le plus réjoui en réalisant cette websérie est la liberté totale dont j’ai pu bénéficier à chaque étape. Je n’ai jamais dû suivre les codes d’un média particulier: les références visuelles étaient cinématographiques, les scénarios étaient autant inspirés de séries télé que de BD ou de sketchs… En d’autres mots, j’ai essayé de faire la websérie que j’avais envie de voir, sans me demander ce que les internautes voulaient voir, et je crois que c’est justement ce qui leur a plu. Enfin, je crois.

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