Formats télévisuels : des productions plus risquées qui peuvent rapporter gros

Des producteurs de formats expliquent comment réussir dans le monde de la « télévision comme franchise ».

Créez une seule fois, vendez à répétition. Ainsi va la stratégie utilisée par des entrepreneurs partout.

Il en va de même des producteurs de télévision qui travaillent avec des formats. Qu’il s’agisse de chant, de vente, de cuisine, de magasinage, de rénovation ou de toute autre activité potentiellement compétitive, les formats télévisuels ont galvanisé un secteur jadis centré sur les émissions dramatiques, humoristiques et documentaires ainsi que les émissions de nouvelles et d’information.

L’expansion mondiale des formats télévisuels

Ce qui a commencé comme une mince coupe du paysage télévisuel s’est transformé, depuis le tournant du millénaire, en un marché de plusieurs milliards de dollars par année dont la portée s’étend aujourd’hui à des centaines de pays sur la planète. Et, les origines des plus grands formats ne sont pas nécessairement évidentes.

Qu’en est-il de ces émissions de talents culinaires ou de danse et ces jeux-questionnaires qui font de nouveaux millionnaires? Plusieurs d’entre elles ont été conçues au Royaume-Uni, mais d’autres proviennent des Pays-Bas, d’Israël, de la Corée du Sud ou de l’Argentine, par exemple. Tous ces pays ont gagné en importance dans le monde de la « télévision comme franchise ».

Où cadre le Canada dans le portrait? À ce jour, il existe une poignée de succès, comme les émissions Love It or List It (Vendre ou rénover) et The Property Brothers (Notre maison de rêve) portant la marque de Mike Holmes.

Cependant, Robert Cohen, à qui nous devons des formats comme Canada’s Smartest Person et Outlaw In-Laws, considère que « le Canada rate une occasion d’être un méga-générateur de propriété intellectuelle de formats ».

Formats qui voyagent le mieux selon K7 Media

  • Who Wants to Be a Millionaire? (Qui veut gagner des millions?) demeure en position de tête et représente le format le plus vendu au monde.
  • Huit des dix meilleurs formats remontent à il y a plus d’une décennie.
  • Au total, 80 % des formats les plus populaires sur la planète sont distribués par aussi peu que dix entreprises. Endemol Shine Group occupe le premier rang, avec 22 % des formats. Suivent FremantleMedia et Warner Bros.
  • Le Royaume-Uni, les États-Unis et les Pays-Bas sont les producteurs les plus prolifiques de formats exportables.
  • Les jeux télévisés représentent 36 % des 100 meilleurs formats et les jeux-questionnaires forment le plus important sous-groupe dans cette catégorie. La téléréalité est le deuxième genre le plus populaire où l’on retrouve une importante proportion de spectacles d’artistes amateurs et de concours culinaires (en forte progression).
  • Il y a une inquiétude compréhensible entourant l’impact qu’aura la présence de Netflix et d’Amazon sur le marché des formats, mais l’analyse de K7 Media indique que – du moins d’un point de vue de la production – le marché des jeux-questionnaires, des émissions de téléréalité, des concours culinaires et des concours de talents demeure robuste.

Attributs d’un format télévisuel exportable

Lorsque des producteurs de formats sont montés sur scène à la conférence Prime Time tenue à Ottawa pour discuter de production et d’acquisition de formats, un des principaux enjeux abordés a été comment rendre un format exportable.

Cohen a identifié trois attributs clés – l’universalité, l’adaptabilité et l’échelonnabilité – qu’il a définis comme suit : l’universalité est la capacité d’attirer de grands auditoires, l’adaptabilité concerne la facilité avec laquelle le concept peut être adapté à des cultures locales et l’échelonnabilité renvoie à la capacité d’accommoder toutes sortes de budgets dans différentes régions du monde.

« Smartest Person a été un succès initialement au Canada, avant qu’un diffuseur turc n’en achète les droits à un coût bien moindre », a révélé Cohen.

Financement et développement de formats télévisuels

Les jeux-questionnaires ont beau représenter un important pourcentage des meilleurs formats de tous les temps, ils posent un défi pour les producteurs canadiens: ils ne sont pas admissibles aux mêmes sources de financement et de programmes de crédit d’impôt que d’autres genres.

« Des partenaires internationaux viennent me parler de Smartest Person et se disent surpris que nous ayons réussi à produire l’émission en raison des contraintes budgétaires », a affirmé Cohen.

Maria Armstrong, créatrice d’un des formats canadiens ayant remporté beaucoup de succès, soit Love It or List It, a initialement vendu son émission à W Network en 2008. Dix ans plus tard, l’émission est diffusée sous licence dans 150 marchés sur la planète. Des versions locales sont diffusées notamment au Brésil, en Espagne, en Norvège, en Bulgarie.

« Ça prend de véritables partenariats avec des diffuseurs, a fait valoir Armstrong. Un investissement dans le développement et la production, une forte impulsion et un engagement à l’égard de la commercialisation. »

Duncan Gray, directeur de production britannique dont la carrière couvre des rôles créatifs dans des formats comme Extreme Makeover: Home Edition et, du côté de la diffusion, la mise en service d’émissions comme Britain’s Got Talent, a invoqué un truc utilisé par de plus petits pays pour mieux établir des formats dans leur marché intérieur.

« Dans de plus petits pays comme la Hollande, Israël et la Norvège, ils exploitent leur propre temps d’antenne […] et se permettent ensuite d’affirmer qu’ils occupent 40 % du marché! »

Il y a certainement plusieurs risques qui sont liés au financement et au développement de ses propres formats télévisuels. Tout doit être créé à partir de zéro : la propriété intellectuelle, la reconnaissance du nom et la valeur de la marque.

Cependant, Corrie Coe de Bell Media soutient que les diffuseurs et les producteurs doivent accepter ces risques. « Si ça décolle, tout le monde en sort gagnant », a-t-elle dit.

Décollage international de l’émission The Launch de CTV

Un exemple de développement d’un nouveau format à l’interne est la téléréalité musicale The Launch, dont la première saison de six épisodes a été diffusée sur les ondes de CTV en janvier 2018. Des espoirs musicaux canadiens concourent pour la chance de travailler avec de grands talents internationaux en composition, en interprétation et en production comme Alessia Cara, Shania Twain, Boy George et Nikki Sixx (de Motley Crue).

À chaque épisode, une gagnante ou un gagnant se voit offrir la possibilité d’enregistrer une chanson originale composée par quelqu’un de bien connu. Contrairement aux émissions de type Idole, où les téléspectateurs devaient attendre une saison entière avant de voir une chanson à succès émerger du lot, la chanson sort le soir même de la diffusion.

En plus de rendre la chanson accessible sur des plateformes numériques, CTV est en mesure de tirer parti des émissions et des chaînes radiophoniques qui sont la propriété de la société mère, Bell Media, pour faire la promotion de la chanson en question.

 

Sony Pictures Television a rapidement acquis les droits internationaux de The Launch et plusieurs versions locales, incluant une au Royaume-Uni, sont en préparation.

« C’est un regard unique et authentique sur ce que ça prend pour connaître du succès comme interprète et artiste dans l’industrie contemporaine de la musique. Nous sommes persuadés que des auditoires partout dans le monde l’accueilleront à bras ouverts », a expliqué Sarah Edwards, directrice créative des formats mondiaux pour Sony Pictures Television.

Voulant mettre en perspective le potentiel des formats canadiens dans un marché mondial, Duncan Gray a ajouté ceci :

« Au Canada, vous avez le talent, le temps d’antenne et les ressources. Si vous produisez plus d’émissions comme The Launch, mettant en vedette des talents internationaux et des angles technologiques intéressants, je pense que vous serez sur la bonne voie. »

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