La convergence des écrans dans le circuit des festivals

Le Consumer Electronics Show, le NATPE, Sundance, South by SouthWest et Tribeca ont une chose en commun : ils réunissent la crème de la crème de l’industrie mondiale de l’audiovisuel. Qu’ont-ils en commun cette année? Les yeux rivés sur la convergence des écrans.

Tous les vents sont favorables aux nouveaux joueurs de l’industrie (Netflix, Amazon et YouTube) qui peuvent se permettre, en voraces rois de la montagne, de commencer à imposer leurs règles du jeu.

L’augmentation en flèche du taux de visionnement de contenu audiovisuel dans toutes les strates de la population mondiale – notamment parmi les 18-35 ans –, la demande grandissante des consommateurs pour le dégroupage des chaînes, et la diffusion par protocole Internet plutôt que par câble ou satellite exercent des pressions énormes sur le modèle de revenus de la production de contenu.

D’autant plus que la télévision fait du Web et le Web de la télévision et que le cinéma s’écoute sur tous les supports et est doublé par la gauche par des séries télévisées aux univers de plus en plus complexes et sophistiqués…

Comment l’industrie réagit-elle à l’ascension de cette « ère des hybrides » de la convergence des écrans? Voici un petit survol des réactions de l’industrie dans le circuit mondial des festivals.

Le Consumer Electronics Show (CES)

Mecque des geeks, le CES a lancé le bal en janvier en accordant une très grande place aux discussions sur l’industrie télévisuelle. On y a d’ailleurs annoncé deux lancements très importants : Sling TV et PlayStation Vue. Ces deux services de forfaits télévisuels mensuels sont distribués sur Internet et sur console PS3 et PS4 (pour le PlayStation Vue). Exit les forfaits préparés par les câblodistributeurs.

Intéressante pour les consommateurs en raison de sa flexibilité et de son coût (entre 20 $ et 50 $ par mois), cette offre de distribution pose une question importante si elle s’impose en sol canadien: comment financer le contenu canadien dans un modèle d’entreprise sans recours à la câblodistribution ou la distribution par satellite?

NATPE 2015

Au sommet annuel de l’industrie de la télévision, Netflix, Amazon et YouTube ont clairement affirmé leur désir de poursuivre leur lancée vers la production de contenu original.

Ces joueurs veulent la mainmise sur à la fois le processus de création et tous les droits de diffusion. D’ailleurs, c’était l’occasion rêvée pour Netflix, qui veut être accessible dans 200 pays d’ici la fin de l’année prochaine, de dévoiler ses nouvelles règles d’acquisition.

« Nous n’avons plus d’équipes de vente régionales », affirme Ted Sarandos, le chef de la division contenu de Netflix. Il y a peu de zones grises chez ce géant : à partir de maintenant, il exige l’acquisition des droits mondiaux «  sans quoi nous ne sommes pas intéressés ».

Il s’agit de tout un tremblement de terre dans une industrie segmentée par des frontières territoriales! Reste à voir maintenant si les producteurs de contenu vont se plier aux demandes de Netflix.

Le géant de la vidéo sur demande veut ainsi profiter de l’évolution des habitudes de consommation des auditoires qui témoigne d’une stagnation des heures passées devant la télé traditionnelle, en comparaison avec une montée en flèche des heures passées à l’écoute de contenus audiovisuels diffusés sur la toile.

Cette nouvelle approche vise aussi à encourager les consommateurs à délaisser l’usage de réseaux privés virtuels (RPV) qui permettent de contourner le géoblocage. En effet, près d’un tiers des abonnés canadiens à Netflix utilisent un RPV pour regarder le contenu offert exclusivement sur la version américaine de la plateforme.

Tant qu’à avoir le gros bout du bâton, aussi bien dicter les règles du jeu.

Sundance

La percée d’Internet dans l’univers cinématographique s’est fait ressentir à Sundance, où tous – ou presque – ont affirmé que le Web offrait de réelles opportunités aux jeunes créateurs et aux cinéastes qui peinent de plus en plus à faire diffuser leurs œuvres sur grand écran.

D’ailleurs, une majorité des 123 films présentés seront accessibles au public non pas en salle, mais par vidéo sur demande, répondant ainsi à la tendance grandissante faisant de l’écran de télévision le support principal pour regarder des films! En effet, des données colligées par Téléfilm Canada indiquent que 90 % des Canadiens regardent des films canadiens au petit écran.

« Les artistes éprouvent de plus en plus de difficulté à se tailler une place dans la grande industrie cinématographique. La télévision leur ouvre donc davantage de portes. » – Robert Redford

SXSW

À South by SouthWest, c’est l’application Meerkat, permettant de diffuser des vidéos en direct via les différentes plateformes sociales, qui a monopolisé l’attention des festivaliers. Succès phénoménal, Meerkat a enregistré une augmentation de 30 % à 40 % par jour de sa base d’usagers lors du festival selon le Washington Post.

Cela en fait une cible de choix pour Twitter, qui l’a rapidement empêché d’accéder à son graphe social. Twitter a répliqué en annonçant l’acquisition de Periscope, une application à l’usage similaire. Mesdames et Messieurs, la guerre du direct se déroule maintenant sur le web.

En grand meneur de l’industrie du numérique, SXSW a insisté sur la portée d’Internet en offrant le discours d’ouverture au cofondateur d’AOL, Steve Case. Ce dernier a fait état de ce qu’il a appelé « les trois vagues » : la première, de 1985 à 2000, qui a vu naître Internet, la deuxième, de 2000 à aujourd’hui, où les bâtisseurs l’ont construit et celle qui commence et qui annonce une expansion dans toutes les industries qui touchent – de près ou de loin – la vie quotidienne, notamment en santé, en éducation, en transports et en alimentation.

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MIPTV 2015

Faisons fi de toutes les frontières possibles et voyons notre industrie comme celle du divertissement, vaste vase communicant à l’intérieur duquel projets et vedettes circulent avec aisance. Voilà la grande tendance qui s’est dégagée du MIPTV 2015.

Résolument tournés vers les prochaines générations d’usagers (la génération Z et les milléniaux), les conférenciers présents au festival ont martelé à demi-mot ou très ouvertement que la télévision se meurt ou est déjà morte.

« Aux yeux des préados et des ados, la télé traditionnelle est morte. Pas mourante, morte! » – Brian Robbins, PDG d’AwesomenessTV

Agilité, personnalisation du contenu, interaction avec les publics, mouvance des contenus d’une plateforme à l’autre et réactivité totale doivent être pensés dès les premières étapes de conception d’un projet afin de répondre aux habitudes de consommation de ces usagers en puissance.

Gageons également que les bonzes publicitaires ont leurs yeux rivés sur cette génération de consommateurs et qu’ils seront à la recherche des vecteurs les plus efficaces pour les rejoindre. Il pourrait s’agir là des nouvelles occasions de financement tant recherchées par les producteurs de contenu…

Cliquez ici voir une série de conférences présentées au MIPTV 2015 [en anglais].

TRIBECA

Il est difficile pour l’industrie cinématographique de fermer les yeux sur la crise qu’elle vit alors que plusieurs de ses plus grands créateurs, dont David Lynch, Steven Soderbergh et les frères Duplass, sont des transfuges vers la télévision pour travailler!

Si le transfert de talent se fait d’heureuse façon, c’est également le cas du transfert de support : les contenus adaptés à un format particulier sont appelés à disparaître au profit de projets qui s’adaptent. Tant qu’à profiter de ce moyen démocratique qu’est Internet pour diffuser ses films, pourquoi ne pas les distribuer soi-même et ainsi profiter d’une plus grande part du gâteau?

C’était en tout cas la réflexion de plusieurs créateurs présents à Tribeca cette année qui se disaient prêts à faire face aux géants qui prennent de plus en plus de place sur la toile. Leurs atouts? Une stratégie de niche et un accès direct à leur public via les réseaux sociaux.

Cliquez ici pour un retour sur le futur de la cinématographie à Tribeca [en anglais].

L’importance que prend la question de la convergence des écrans dans les festivals témoigne d’un modèle de production, de distribution et de diffusion qui évolue à une vitesse fulgurante. D’un côté, on cherche à vivre de son art et à faire évoluer l’industrie; de l’autre, on tente de suivre et de développer un modèle financièrement stable pour une industrie somme toute très imprévisible. Alex Miller de VICE le rappelait au MIP : dans ce monde multiplateforme, il faut concentrer son attention sur la qualité du contenu. Quant au support, le choix revient à l’usager. Point.

Devant cette transformation, trois réactions sont possibles : l’adaptation, la domination ou la panique.

Steve Case d’AOL parlait de la troisième vague d’Internet dans laquelle nous nous engageons. Plus l’industrie la regarde venir, plus elle croit à un tsunami.

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