La fin des bouquets télé au Canada – Enjeux et scénarios potentiels

Ce printemps, les Canadiens verront poindre à l’horizon le développement potentiel d’une nouvelle ère de l’industrie de la télévision dans le rapport exigé du CRTC par le gouvernement. Dans une annonce faite durant le discours du Trône prononcé en octobre dernier, le gouvernement fédéral a demandé au CRTC d’élaborer une feuille de route pour l’avenir de la dissociation des chaînes de télévision et les mesures subséquentes que le CRTC compte prendre à cet égard. Le premier volet de ce rapport est attendu en avril, et les Canadiens ont été invités à y ajouter leur grain de sel en participant à la campagne « Parlons télé ». Le CRTC doit recommander un format à la carte qui offrira aux téléspectateurs le choix et la souplesse de ne plus devoir acheter des bouquets de chaînes contre leur gré. L’expérience canadienne de cette réalité est d’autant plus vive en raison d’une consolidation plus intensive des médias, des conditions d’exploitation prévues à la Loi sur la radiodiffusion et de la capacité des regroupements de diffuseurs d’obtenir les droits de diffusion de contenu sur de multiples chaînes spécialisées. En demandant une contribution stratégique plus poussée à la discussion, le gouvernement fédéral souhaite non seulement assurer un plus grand choix aux téléspectateurs – et donc consommateurs – canadiens, mais aussi prôner l’inclusion de programmation canadienne dans les choix proposés aux consommateurs.

CHAQUE CHAÎNE POURRAIT COÛTER PLUS CHER

Bien que le gouvernement, le CRTC et les câblodistributeurs s’entendent pour dire que les consommateurs de médias méritent plus de choix, le dialogue n’a jamais abouti dans le passé parce que les parties n’ont pas réussi à s’entendre sur un modèle d’établissement des prix. Au cours de la plus récente ronde de discussions, le CRTC a semblé prendre le parti de Bell Media en appuyant un modèle d’échelle mobile pour les services à la carte. Ainsi, plus un consommateur commande de chaînes, plus il économisera en conséquence, Cependant, l’échelle mobile a l’effet contraire lorsqu’un consommateur commande moins de chaînes; en effet, chaque chaîne finit par lui coûter plus cher. Par exemple, si un consommateur ne commande que cinq chaînes, sa facture mensuelle sera certes moins élevée que celle d’un consommateur ayant opté pour 50 chaînes. Toutefois, le premier consommateur payera probablement plus par chaîne individuelle que le deuxième.

Dans le cas du câblodistributeur des Maritimes Eastlink, le forfait Personal Picks propose déjà plusieurs options : 2,95 $ par chaîne individuelle, 12 chaînes pour 15 $ par mois ou 20 chaînes pour 20 $ par mois. En Alberta et en Colombie-Britannique, Optik TV (câblodistributeur exploité par Telus) propose aussi des bouquets de chaînes spécialisées pour 4 $ la chaîne. Chez nos voisins du Sud, comme le souligne le rédacteur en chef numérique deVariety, Andrew Wallenstein, le ménage américain moyen ne regarde que 16 chaînes par mois, mais paie un abonnement à 135 chaînes. Cependant, les consommateurs risquent malheureusement d’arriver à la conclusion que dans un système dissocié, ils se pourraient facilement se trouver à payer 1,50 $ ou plus par chaîne pour avoir accès à la poignée de chaînes qu’ils ont l’habitude de regarder.

Certains analystes suggèrent que la majoration du coût par chaîne résultera de mécanismes d’offre et de demande ainsi que des capacités limitées des réseaux de tirer profit des économies d’échelle découlant de la distribution dans le cadre d’un forfait de chaînes. La dissociation des chaînes de télévision pourrait être avantageuse pour les consommateurs qui ne regardent pas beaucoup de télévision conventionnelle (autrement dit, des émissions de télévision en diffusion directe) et ceux qui en connaissent assez sur les médias pour mener une analyse de la consommation de leur ménage avant de faire des dépenses impulsives. Cependant, les consommateurs qui s’abonnent normalement à un forfait de 250 chaînes et décident de n’en acheter que 100 après la dissociation de ces chaînes risquent d’être déçus de ne pas payer moins cher qu’avant.

Aussi, la dissociation des chaînes risque de nuire aux chaînes s’adressant à des créneaux, lesquelles représentent une partie importante du paysage télévisuel canadien. Ces chaînes dépendent souvent de forfaits pour attirer des téléspectateurs. En fait, la société d’investissement et de gestion d’actifs Needham Insights, dans son rapport de juillet 2013 intitulé The Future of TV, estime qu’à peine 20 chaînes américaines survivraient à la dissociation étant donné que de plus petites chaînes n’attireraient pas un nombre suffisant de téléspectateurs pour justifier des budgets publicitaires. Toutefois, comme c’est le cas chaque fois qu’il est question de créneaux dans l’ère numérique, il est probable que ces chaînes remportent plus de succès en ligne que dans les médias conventionnels.

Ces développements n’ont rien de surprenant. Les consommateurs réclament l’accès à différents médias représentatifs de leurs choix personnels. La dissociation des chaînes de télévision n’est qu’un autre indicateur de l’hyperpersonnalisation de nos univers médiatiques personnels.

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Renee Robinson
Stratège créative de l’industrie des médias et dirigeante éclairée possédant de l’expérience en gestion dans le domaine de la programmation, de la réglementation et des politiques, ainsi que de la planification stratégique et des renseignements sur l’industrie au Canada et à l’étranger. Avant de s’installer à Toronto en 2008, Renee Robinson a offert des services-conseils en conception de politiques et en renseignements sur l’industrie aux ministres de la Culture, du Divertissement, du Tourisme et des Affaires étrangères de la Jamaïque. Elle détient une maîtrise en communication et culture avec spécialisation en politique des télécommunications.

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