La lutte au téléchargement illégal : if you can’t beat them…

Le téléchargement illégal de contenu fait encore très mal à l’industrie de la télévision et des médias numériques. Une étude commandée par la firme Arxan dévoile que le piratage a mené en 2014 à la perte de près de 800 milliards de dollars. Est-il possible d’endiguer cette pratique ?

Dans une entrevue à Gizmodo Australia, Reed Hastings, le PDG de Netflix, minimisait le problème des VPN : « L’emploi de VPN n’est qu’un petit astérisque par rapport au piratage. »

Les VPN (Virtual Private Networks)

« Le VPN (Virtual Private Network), ou RPV (réseau privé virtuel), permettait à l’origine à l’utilisateur de mettre ses données personnelles privées à l’abri des dossiers de son fournisseur de services Internet (FSI), de protéger ses transactions en ligne de réseaux non sécurisés ou de sites nuisibles, et de se doter generalement d’une couche d’encodage utilisant un protocole sécurisé. Partout dans le monde, on les utilise pour accéder à la version américaine de Netflix ainsi qu’ à d’autres plateformes vidéo des États Unis.

Les réseaux privés virtuels sont-ils légoux au Canada?

Il faut dire que les VPN sont une épine dans le pied de Netflix, qui se doit de faire respecter les ententes territoriales conclues avec les ayants droit.

Mais c’est avant tout le piratage des contenus qui préoccupe davantage le PDG : « L’utilisation de VPN met en scène quelqu’un qui est prêt à payer, mais qui ne peut pas tout payer. La solution simple pour Netflix serait de devenir un service mondial et d’avoir un catalogue uniforme partout dans le monde pour éliminer la nécessité d’utiliser un VPN. Ensuite, nous pourrions concentrer nos efforts sur le plus grave problème qu’est le piratage. »

Est-ce que la mondialisation du marché des droits est alors une solution au problème du piratage ? Dans ce scénario, les RPV ne serviraient plus que pour leur fonction originale : mettre ses données personnelles à l’abri puisque les utilisateurs n’auraient plus besoin d’user de ruses pour s’abonner à des services de streaming étrangers, pour lesquels ils payaient de toute façon.

Cette solution s’occuperait également de ceux qui – une fraction des pirates, reconnaît Reed Hastings – téléchargent illégalement le contenu parce qu’ils n’y ont pas accès autrement.

Plutôt que de punir, répondre à la demande

L’industrie de la télévision n’a pas abordé la question du piratage de manière aussi combative que celle de la musique. En effet, comme on peut le lire dans le rapport sur l’État du marché canadien des droits de programmation 2014, « elle a adopté une démarche douce qui vise à raccourcir ou à faire correspondre les fenêtres, puis à monétiser l’activité ou à la rediriger vers une activité légitime ou légale. Il est difficile de déterminer si la télévision par contournement entraîne dans l’ensemble une diminution du piratage, mais, selon certains rapports, la part du piratage vidéo en ligne a diminué depuis 2008. »

*** Pour plus d’information sur BitTorrent, voir Le modèle BitTorrent  ***

Ainsi, le rapport Global Internet Phenomena 2015 de Sandvine indique que le trafic IP généré par BitTorrent ne représente plus que 6,3 % du trafic quotidien total, une baisse de 31 % par rapport à 2008.

Au Canada, la dernière étape de mise en œuvre de la Loi sur la modernisation du droit d’auteur, le régime d’avis et avis destiné aux consommateurs qui téléchargent des contenus protégés par droit d’auteur, a été mise en œuvre le 2 janvier 2015. D’après CEG TEK International, une entreprise américaine de monétisation du droit d’auteur, les taux de violation en ligne du droit d’auteur auraient depuis diminué de façon importante, de 70 % pour Bell Canada, à 15 % pour Rogers Cable.

Ces avis existent de manière informelle depuis une dizaine d’années, mais la loi y ajoute un cadre légal et la possibilité d’imposer des amendes qui peuvent atteindre un maximum de 5 000 $. Cela dit, un porte-parole d’Industrie Canada a indiqué que les Canadiens ne sont pas tenus de payer ces amendes, l’objectif de la loi n’étant pas de pénaliser les consommateurs, mais de les rendre conscients de l’illégalité de la pratique et du tort qu’elle peut causer aux producteurs de contenus.

Mais il est encore très facile de télécharger du contenu de manière illégale, en dépit des mesures préventives et éducatives mises en place par les associations d’ayants droit et les gouvernements. L’offre croissante de contenus vidéo en ligne contribue à augmenter l’appétit du public pour le dernier succès international, et cet appétit contribue à augmenter la demande pour le contenu piraté.

« La série la plus piratée dans le monde en 2014, avec 8,1 millions de téléchargements grâce au partage illégal de fichiers entre pairs (peer-to-peer). »

TorrentFreak, 26 décembre 2014

Des contenus qui bénéficient d’une notoriété internationale, les séries comme Game of Thrones, les longs métrages sélectionnés aux Oscars, deviennent rapidement des proies de choix pour le téléchargement illégal, comme le démontre ce tableau qui fait le lien entre les œuvres sélectionnées et l’augmentation de leur téléchargement illégal après les annonces.

Des revenus sur le dos des pirates

D’autres stratégies, plus innovatrices et axées sur ce que veut le public, se mettent en place.

Par exemple, au lieu de tenter de retirer leur contenu téléchargé illégalement sur YouTube, les entreprises canadiennes en contenu pour enfants DHX Media et Nelvana décident d’enregistrer directement sur la plateforme la propriété de ce contenu pour ainsi encaisser les revenus publicitaires.

Ils peuvent le faire grâce aux services d’une compagnie canadienne, BroadbandTV, qui offre aux médias des services de revendication de contenu protégé et de gestion des droits d’auteur en traquant pour eux leur contenu téléchargé par des utilisateurs. BroadbandTV peut ensuite intervenir de différentes manières : agir pour faire retirer ou bloquer le contenu ou encore insérer des publicités dans le contenu et dont les revenus reviendront à son propriétaire.

Télescoper les fenêtres de diffusion

Une autre stratégie : le raccourcissement des délais entre la sortie en salles et sur les plateformes de diffusion en ligne.

« Nous ne pouvons vaincre le contenu gratuit, mais nous pouvons facilement vaincre le piratage. Les spectateurs qui n’ont pas eu la chance de voir un film au cinéma sauteront sur l’occasion de le voir sur une plateforme de diffusion en continu. »

Rory O’Connor, vice-président des Services chez Irdeto

Le 8 juillet 2015, Paramount Pictures annonçait une entente avec deux des plus importantes chaînes de cinémas en Amérique du Nord, AMC Entertainment et la chaîne canadienne Cineplex, selon laquelle les films seront disponibles pour diffusion en ligne deux semaines après leur sortie en salles.

Netflix met en œuvre une stratégie plus radicale avec cette année le lancement de longs métrages originaux. Le film Crouching Tiger, Hidden Dragon : The Green Legend a été lancé simultanément sur la plateforme en ligne et dans les cinémas Imax le 28 août 2015. Même stratégie pour le long métrage Beasts of No Nation, lancé le 16 octobre 2015.

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