Laboratoires internationaux du documentaire: mode d’emploi

International Documentary Filmmaking Laboratories Credit Margaret Thompson
Crédit: Margaret Thompson | Gracieuseté des Rencontres internationales du documentaire de Montréal.

Il n’y a pas meilleure façon de faire voyager un projet documentaire que de participer à un laboratoire international: on développe son expertise dans le cadre d’ateliers tout en s’exposant à des occasions de financement et de partenariat à l’étranger lors des pitchs. Que du bon, quoi… Mais encore faut-il être choisi. Voici comment présenter une candidature vouée au succès.

Audrey-Ann Dupuis-Pierre est productrice d’un documentaire sur la chanteuse Lhasa de Sela, lequel est en cours de production du côté de Métafilms. Quand est venu pour elle le moment de participer à un atelier sur le pitch, elle n’a pas courtisé les grands festivals comme Eurodoc ou Tribeca. Elle a plutôt choisi le festival de Los Cabos au Mexique.

«Ce choix était une évidence pour nous, explique la productrice. L’histoire se déroule au Mexique et on souhaitait donc trouver un coproducteur mexicain. On voulait se rendre sur place pour mieux comprendre les fonds offerts là-bas pour les projets internationaux. On voulait connaître des gens qui pourraient nous aider sur le terrain.»

Ce choix stratégique fait écho à un des conseils prodigués par Toni Bell, responsable des services aux cinéastes de l’International Documentary Association (IDA), dans le cadre de l’atelier intitulé Tout sur les labos internationaux présenté à l’occasion des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) en novembre dernier. «Ce que je vois souvent, c’est que ceux qui ne font pas leur recherche sollicitent toujours les mêmes festivals: Sundance et Tribeca. Sundance reçoit plus de 17 000 candidatures […] Et il sélectionne peut-être 200 documentaires. Vos chances d’aboutir à Sundance ne sont peut-être pas si élevées. Mais il y a une foule d’autres festivals à considérer», expliquait-ell alors.  

Ouvrir ses horizons

Toni Bell cite en exemple le florilège de festivals «thématiques» qui existent déjà, certains étant dédiés «exclusivement aux documentaires» alors que d’autres ont une dimension «culturelle ou ethnique». «Il y a quelqu’un dans le monde qui veut voir votre film», assure Toni Bell. Il suffit d’ouvrir ses horizons.

D’accord, mais comment s’y retrouver? «Si vous cherchez un fonds aux États-Unis ou en Europe, je vous conseille d’utiliser notre base de données comme point de départ», enchaîne-t-elle, invitant les documentaristes à visiter la section «Other Grants Directory» du site de l’IDA.

«Nous tenons une base de données exhaustive de plus de 300 fonds, laboratoires et ateliers dédiés aux documentaires. On peut y faire des recherches en fonction du type de documentariste qu’on est: selon votre origine ethnique, si vous êtes un cinéaste émergent ou à la mi-carrière ou encore selon la phase du projet.»

Un autre site de référence est le Filmfreeway. «Filmfreeway est un superbe outil pour trouver un festival, dit Toni Bell. Vous pouvez chercher en fonction d’un moment de l’année, d’un thème, d’un style ou d’un format ― court ou long métrage, nouveaux médias, etc.» 

Quelle maturité pour un projet?

Outre le choix du festival, un autre facteur à considérer est le stade de développement du film. Existe-t-il une étape clé où il est préférable de poser sa candidature auprès d’un laboratoire international?

«Tout dépend du type d’atelier dont il est question, dit Isabelle Couture, productrice chez Catbird Productions, qui a participé à des laboratoires à Berlinale Talents et à Eurodoc. Si l’atelier met l’accent sur la création, je crois qu’on puisse se manifester très tôt dans le développement. On peut alors voir cette expérience comme une occasion de découverte et de développement professionnel.»

«Si l’atelier met l’accent sur le financement, enchaîne-t-elle, c’est préférable de soumettre un projet clair. Il faut aussi savoir qu’il est très difficile d’obtenir du financement à l’international si on n’a pas déjà des partenaires qui se sont compromis chez soi.»

Audrey-Ann Dupuis-Pierre prône pour sa part la prudence: «Au stade du développement, un projet est encore très fragile. Tu ne veux pas l’exposer trop vite, à trop de personnes, sans qu’il soit mûr. Sans qu’il ait trouvé son identité et sa signature.»

Soigner son dossier

Pendant la conférence du RIDM, Toni Bell a livré quelques «dos and don’ts» fort utiles pour les documentaristes s’apprêtant à remplir leur dossier. Son premier conseil est le suivant: «S’il vous plaît, ne soyez pas vague. L’erreur la plus fréquente, c’est de ne pas être assez précis dans l’information que vous transmettez. Ne dites pas seulement ce que vous allez faire, dites-nous comment vous allez le faire. On comprend que ça peut changer en cours de route, mais on veut avoir une idée de ce que vous allez faire. On veut des détails, pas des généralités.»

Son deuxième conseil: suivre les consignes. «Tout particulièrement quand vous demandez de l’argent. S’ils veulent un paragraphe sur quelque chose, limitez-vous à un paragraphe. N’envoyez pas de matériel supplémentaire, non sollicité. L’IDA est très strict à cet égard. Notre processus de soumission est très clair et vous pouvez poser des questions par courriel. Quand un festival reçoit des milliers de demandes, il réduit le nombre de candidatures en éliminant celles qui ne sont pas conformes [aux exigences].»

Isabelle Couture reconnaît le défi de concision que représente la rédaction d’un dossier de candidature: «Le dossier que l’on présente n’est pas très volumineux, explique-t-elle. Le défi est donc de synthétiser. Il faut que le dossier soit à la fois concis, clair et complet. C’est un exercice difficile.»

Lorsque le projet est suffisamment avancé, il se peut qu’on soit en mesure d’inclure un teaser au dossier. L’atelier Doc Ignite: Créer des extraits visuels pour l’international, également présenté aux RIDM, portait justement sur le sujet.

«On ne doit pas confondre le teaser et la bande-annonce: ce sont deux choses bien différentes, précise Selin Murat, organisatrice de l’atelier. La bande-annonce vend un film — elle invite un public à aller au cinéma. Le teaser, lui, s’adresse aux professionnels de l’industrie. Dans le teaser, on essaie de faire comprendre le langage visuel, le sujet et le point de vue de l’auteur.»

Il peut s’agir d’une courte scène exposant un enjeu ou un personnage qui sera ensuite mise en contexte dans le formulaire d’application. Selin Murat déconseille de présenter du matériel non-monté. «Le langage visuel du documentaire doit être extrêmement bien représenté dans l’extrait. En d’autres mots, il faut que le teaser ressemble au film à venir. Autrement, je déconseille de l’inclure.»

Rester soi-même

Lorsqu’on présente un dossier de candidature, on cherche bien sûr à épater la galerie. Peut-on en faire trop? Audrey-Ann Dupuis-Pierre suggère de rester soi-même: «Certaines plateformes peuvent être intimidantes, surtout lorsqu’on commence et qu’on rencontre des gens chevronnés qui ont 30 ou 40 ans de métier. Le seul conseil que je peux donner, c’est de rester soi-même et de porter ses projets aux meilleurs de ses habiletés. Après tout, les gens sont là pour accueillir et aider les candidats.»

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