Le centre créatif Launchpad de Toronto propose un «écosystème global»

Le centre Artscape Daniels Launchpad a récemment ouvert ses portes et propose des installations de studio, des programmes de mentorat et de formation ainsi que des plans de financement pour les créatifs numériques, techniques et artisanaux.

Le quartier « East Waterfront » de Toronto, c’est bien plus que des condos, des restaurants et des commerces de détail, bien qu’ils soient très nombreux à apparaître dans cet ancien quartier industriel possiblement mieux connu comme le site du maintenant défunt complexe musical The Guvernment. Ce quartier devient rapidement un district de l’innovation de plein droit s’étendant sur des centaines de milliers de pieds carrés et ayant fait l’objet d’investissements totalisant des centaines de millions de dollars dans des projets de grande envergure comme Sidewalk, la ville numérique miniature non sans controverse de la société Alphabet détenue par Google, et un partenariat entre l’Université de Toronto et MaRS récemment annoncé pour servir l’écosystème technologique en plein essor de la ville.

Parmi toutes les grues, tout l’acier et tout le verre ponctuant le corridor situé le long de l’eau se trouvent les nouvelles installations d’Artscape Daniels Launchpad qui « sentent encore le neuf ». Launchpad est un centre multidisciplinaire d’art et de technologie de 30 000 pieds carrés qui abrite des studios de production numérique pour tout ce qui concerne la musique, le cinéma, la photographie et l’infographie. On y trouve des espaces pour des artisans comme des créateurs de bijoux, des designers textiles et des dessinateurs de mode, un centre d’apprentissage pour programmes d’entrepreneuriat et événements spéciaux ainsi que – il va sans dire – un espace de co-working répondant à un grand besoin, où des créateurs munis de leur ordinateur portable sont déjà au travail sur des pochettes d’album, des plans de marchandisage, et même des robots.

Briser le mythe du DIY

« Lorsque vous êtes au travail dans votre chambre à coucher, vous avez tendance à penser que vous avez tout ce dont vous avez besoin. Toutefois, en réalité, vous n’avez pas le bon coffre à outils », explique le directeur général de Launchpad, Karim Rahemtulla. Et c’est en effet une situation dans laquelle bon nombre d’artistes finissent par se retrouver. Ils ont peut-être les outils pour réaliser l’objet numérique ou physique qui les passionne, mais dans l’économie créative contemporaine très axée sur l’offre, le simple acte de créer ne suffit pas. « Comment faites-vous pour dénicher des graphistes, des gens de marchandisage, des connexions à l’industrie?, soulève Rahemtulla. La clé, c’est de comprendre de quoi est constitué l’écosystème créatif, puis de créer des points de collaboration entre talents, aptitudes et industrie. »

Et c’est à cet égard que la façon de penser du centre diffère. Launchpad est une manifestation de la question de savoir ce qui se passerait si un espace physique réunissait sous un même toit les plus récentes et meilleures installations de studio ainsi qu’un accès à des coachs et mentors, des programmes d’entrepreneuriat et de développement d’aptitudes en affaires ainsi que des plans de financement. Le partenariat public-privé est le résultat de plus d’une douzaine d’années de recherche sur l’évolution de l’économie créative dans le monde et représente peut-être le seul centre de son genre sur la planète à proposer un tel modèle aussi englobant.

Rahemtulla et le gestionnaire de Launchpad Creative Studios, Robert McMahon, décrivent ce qu’ils qualifient d’écosystème « englobant », soit un écosystème qui soutient le cheminement de la version numérique d’une ébauche griffonnée sur une serviette à la conception, au prototypage et au plan de commercialisation. Comme exemple de ce modèle, ils citent le studio de conception de bijoux à la fine pointe technologique de Launchpad qui permet à des artistes de passer de la conception numérique à l’impression 3D à une fraction du coût associé à la méthode conventionnelle consistant à créer des moules et à usiner des métaux et des pierres précieuses.

McMahon fait aussi valoir certains des espaces de studio de Launchpad qui n’ont pas encore été désignés. « Initialement, nous voulions inclure le studio d’impression numérique dans notre ouverture, mais nous nous sommes rendu compte qu’une meilleure approche serait d’observer comment les gens utilisaient les espaces que nous mettions déjà à leur disposition. Nous voulons que ce soit les créateurs qui nous dictent la suite des choses et non le contraire, explique McMahon. Nous voulons qu’ils nous disent quels SDK [kits de développement logiciel] ils veulent utiliser, comment ils combinent et recombinent différents éléments, ce dont ils ont besoin pour être capables de travailler en RV et en RA. » Rahemtulla ajoute ceci: « Ensuite, nous ajoutons des ensembles d’habiletés spécialisées comme le SEO: comment multiplier vos abonnés Instagram, comment attirer l’attention d’entreprises, bref, comment vous préparer à un marché mondial. »

De plus, comme c’est le cas de parents qui veulent encourager la fibre créatrice de leur progéniture sans pour autant se retrouver pris avec des « Tanguy » dans le sous-sol de la maison familiale, Rahemtulla fait valoir que l’objectif ultime de Launchpad est d’enseigner les habiletés dont les créateurs ont besoin pour être en mesure de faire carrière, de gagner de l’argent et devenir autonomes. Il le résume succinctement comme suit: « Comment vous sortir d’ici est une question que nous prenons très au sérieux. »

L’importance des dépendances stratégiques

Selon Rahemtulla, tout cela fait partie d’une évolution dans la façon de penser, qui abandonne le changement systémique – largement provoqué par des facteurs politiques – pour adopter le changement réseautique, lequel concerne comment les gens interagissent, tissent des relations et réussissent à travailler ensemble. « Un des problèmes faisant entrave à l’économie canadienne de la création est que nous comptons un trop grand nombre d’indépendances », dit-il, renvoyant aux centaines de milliers de personnes qui travaillent sur leurs projets en bonne partie isolément et souvent soutenus par rien de plus qu’une combinaison d’emplois précaires et de subventions. Ensuite, Rahemtulla décrit les groupes transdisciplinaires dont il observe le travail au sein de Launchpad. « Le noyau de ces groupes peut être constitué d’une personne ou deux, puis d’autres personnes s’y ajoutent selon les projets. Des personnes vont et viennent, contribuent avec leurs compétences et leurs talents selon les besoins, puis passent à autre chose. Nous cherchons à faciliter de telles dépendances stratégiques entre créateurs qui – règle générale – travaillent de façon indépendante. C’est une nouvelle façon de faire et c’est un tout nouveau modèle pour l’économie créative. »

Dans le cas de Launchpad, le parfait exemple de cette approche est Hxouse (prononcé house). Il s’agit d’un programme d’incubateur et d’accélérateur fondé par La Mar Taylor, le directeur créatif de l’interprète The Weeknd, lequel a été intégré dans des programmes donnant droit à des crédits du George Brown College et de Université de l’École d’art et de design de l’Ontario (OCAD). En plus des évidents liens avec l’industrie du divertissement qui découlent de la participation de l’équipe de Hxouse, l’organisation comprend aussi une agence créative ayant conclu des accords avec des marques comme Puma, Adidas et Nike, entre autres. « Nous sommes arrivés à la conclusion que le système était brisé et nous ne voulons pas nous en plaindre, explique Taylor. Nous voulions simplement inverser tout ce que nous avions appris et changer les règles du jeu. » Ahmed Ismail, le cofondateur de Hxouse, ajoute ceci: « Nous bénéficions de relations qui nous permettent de faire appel à nos partenaires industriels et leur demander quelle est la nouvelle tendance pour laquelle ils cherchent à recruter. S’ils répondent qu’ils ont besoin d’un producteur vidéo, monteur et créateur de contenu tout-en-un, nous sommes ensuite capables d’intégrer cette demande en temps réel dans notre programme. » Le résultat est une combinaison d’expression créative, de diplômes, d’une expérience dans le vrai monde et d’une possible source de revenus.

La pensée de Taylor et d’Ismail cadre bien avec la vision plus large de Rahemtulla de Launchpad. Lorsqu’on lui demande comment se mesurera le succès du centre, il fait référence à ses nombreuses années de travail dans le milieu des ONG, pour l’Aga Khan Trust for Culture. « Nous avons des paramètres que sont les ODD [objectifs de développement durable], lesquels sont définis en fonction de tous les aspects de la qualité de vie. Nous nous penchons sur les impacts physiques, sociaux, créatifs et financiers qu’ils ont sur la qualité de vie des membres. C’est ainsi que nous créons de meilleures communautés et de meilleurs tissus urbains. »

Visitez le site Web d’Artscape Daniels Launchpad [en anglais seulement] pour en savoir plus sur les options proposées aux membres. Vous pouvez obtenir davantage d’information sur les possibilités de financement en partenariat avec Launchpad par l’entremise du Programme de partenariat avec des accélérateurs (2PA).

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