Le Digital Justice Lab: bâtir un avenir juste et équitable pour le numérique

Billet invité, présenté dans le cadre d’un partenariat éditorial entre FMC Veille, la plateforme de veille stratégique du Fonds des Médias du Canada (FMC), et Digital Alberta. © [2018] Tous droits réservés.

Lancé plus tôt cette année, le Digital Justice Lab vise à aider les communautés à prendre des décisions éclairées au sujet des enjeux numériques. Digital Alberta a discuté avec sa fondatrice, Nasma Ahmed, à propos de la nécessité d’offrir ce type de soutien au Canada.

À l’instar de bon nombre d’utilisateurs des réseaux sociaux, c’est pendant son adolescence que Nasma Ahmed a connu ses premières expériences d’atteinte à sa vie privée. Lorsqu’elle était en première secondaire, l’une de ses amies a accédé à son compte de courriel et a supprimé tous ses contacts. À l’époque, elle n’a pas pris l’histoire au sérieux, la considérant comme une mauvaise blague. Mais son malaise à l’égard de cet épisode a persisté. Au fil des années, Nasma a pris de plus en plus conscience des injustices que des millions d’internautes vivaient quotidiennement en ligne et du peu d’appui qui leur était offert.

Nasma n’était pas la seule à se sentir concernée. La population se sensibilise à l’intimidation en ligne, au piratage de données et aux atteintes à la vie privée, et la façon dont la société devrait aborder ces menaces fait de plus en plus l’objet de discussions.

Une solution aux enjeux numériques modernes?

Maintenant adulte, Nasma Ahmed est devenue technologue et consultante. Et elle a découvert de nombreux autres enjeux liés au monde numérique qui ne sont jamais abordés et qui passent complètement sous le radar: comment le manque d’accès à Internet retarde des générations de Canadiens; comment certains parviennent à accéder aux données recueillies par des organismes à but non lucratif bien intentionnés pour servir des intérêts commerciaux et gouvernementaux; et comment bon nombre d’outils d’intelligence artificielle ont été involontairement programmés pour induire de dangereux préjugés.

Étant donné le très grand nombre de dérives éthiques et de violations de la vie privée qui surviennent en ligne, et compte tenu de leur complexité, il est impossible pour la plupart des Canadiens et des Canadiennes de rester informés et vigilants. C’est à cet égard que le Digital Justice Lab souhaite les aider.

Pour une amélioration de la compréhension des technologies émergentes

Mis sur pied par Nasma Ahmed au printemps 2018, le Lab travaille avec des technologues, des activistes et des responsables de politiques partout à travers le pays pour améliorer la compréhension de la technologie et de ses répercussions sur les communautés.

« Je n’avais jamais pensé que je travaillerais dans le domaine de la technologie! Je m’intéressais plutôt au droit et aux politiques migratoires », confie Nasma, qui a étudié en politiques publiques à l’Université de Toronto et qui est maintenant boursière du programme de recherche Open Web de la Ford Foundation et de Mozilla. « J’aidais un organisme caritatif de New York qui était à mettre sur pied ses politiques en matière de sécurité, et ce projet m’a amenée à constater l’ampleur de la surveillance que le gouvernement exerçait à l’endroit de groupes marginalisés au moyen de la technologie qu’ils utilisent. Cette situation est déplorable. Chaque citoyen devrait avoir le dernier mot en ce qui concerne la façon dont ses données sont consultées et communiquées. »

Nasma Ahmed souligne que bon nombre d’organismes à but non lucratif connaissent mal les outils qu’ils utilisent pour recueillir et entreposer les données sur leurs membres et leurs clients. En outre, il existe très peu de ressources qui leur enseignent l’utilisation sécuritaire de la technologie, dans le respect de la vie privée.

Un manque de diversité dans les industries de la tech

Par ailleurs, elle déplore le manque de diversité dans le secteur de la conception technologique. Cette lacune se manifeste par les préjugés subtils qui s’insinuent dans les nouveaux outils ou services, par exemple, les technologies de reconnaissance faciale qui ne peuvent enregistrer les couleurs de peau foncées ou les plateformes de recherche d’emploi qui excluent d’emblée les femmes des postes en génie. « Les problèmes du monde physique sont repris dans nos technologies. Nous devons être équitables dans la programmation et l’utilisation des technologies. »

Nasma espère que le Digital Justice Lab contribuera à corriger ce déséquilibre des pouvoirs. Elle fait actuellement appel à des organismes, à des activités et à des décideurs de tout le pays pour établir les principes de la justice numérique et mettre sur pied des coalitions nationales en vue d’enseigner et de concrétiser ces principes.

« L’état actuel d’Internet est loin d’être idéal: il y a un net déséquilibre des forces, conclut-elle. Nous devons cultiver de nouvelles formes de pouvoir communautaire et de nouvelles façons de prendre soin des gens, dans la mesure où elles touchent notre intégrité numérique. Pour bâtir un monde équitable, nous devons aider tous les citoyens à avoir un accès et un pouvoir égaux! »

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