Le talent canadien fait un tabac dans les médias numériques à Hollywood

Des délégués commerciaux et des chefs d’entreprise offrent des conseils aux entreprises médiatiques canadiennes qui visent le marché américain : pensez « international » dès le premier jour, créez un climat de confiance et développez une expertise dans un domaine spécifique.

Cet article a été publié pour la première fois dans CanadExport, le magazine officiel du Service des délégués commerciaux du Canada.

Ce n’est pas d’hier que l’industrie du film et de la télévision à Hollywood fait appel à ses voisins du Nord pour créer et développer des produits pour le petit et le grand écran. Aujourd’hui, c’est au tour des entreprises canadiennes produisant du contenu de divertissement pour les plus petits écrans imaginables d’entendre le chant de cette sirène, alors que Los Angeles s’affirme comme un pôle d’attraction des médias numériques, dont l’infographie, l’animation et la réalité virtuelle (RV).

En raison du nombre considérable de talents canadiens dans ce domaine technologique de pointe, les entreprises canadiennes sont bien placées pour exploiter ce marché en pleine croissance, en dépit de la concurrence féroce à Hollywood. Grâce à l’esprit novateur et à la persévérance des entreprises canadiennes, grâce aussi à l’appui du Service des délégués commerciaux du Canada (SDC), elles ont une longueur d’avance dans le domaine des divertissements numériques à Los Angeles.

Le Canada, chef de file en jeux vidéo, en animation et en effets spéciaux

« C’est un système fondé sur le vedettariat. Vous devez vous faire un nom et vous faire remarquer des grands de l’industrie, en quête du meilleur », déclare Denis Doré, président de Squeeze Studio Animation, une entreprise établie à Québec. Cette entreprise qui se spécialise dans la conception de bande-annonce de jeux vidéo haut de gamme et l’animation de jeux vient de lancer sa première série télé d’animation originale, Cracké.

Tina Shih, déléguée commerciale à Los Angeles chargée de favoriser les partenariats dans des sous-secteurs stratégiques comme les médias numériques, affirme que le Canada jouit d’une réputation enviable sur la scène mondiale dans les domaines des jeux vidéo, de l’animation et des effets spéciaux. Cette industrie, mentionne-t-elle, emploie plus de 50 000 travailleurs canadiens et génère des revenus annuels de 7,5 milliards de dollars.

Le segment canadien des jeux numériques est en pleine croissance, déclare-t-elle. Avec ses 16 500 employés à plein temps, il se classe au troisième rang mondial. Sur les 6 jeux pour console vidéo les plus vendus, au moins un a été mis au point par un studio canadien. Parmi les jeux pour appareils mobiles à succès, bon nombre sont également de conception canadienne.

Warner Bros. Interactive Entertainment, Sony Pictures Imageworks et Disney Interactive figurent au nombre des grands studios de Los Angeles ayant ouvert un bureau au Canada pour pouvoir profiter du talent canadien et du dynamisme de l’industrie des médias numériques du pays.

De nos jours, ce sont la postproduction, l’animation et les effets spéciaux numériques qui alimentent la croissance de l’industrie du cinéma à l’échelle internationale, fait remarquer Mme Shih. Selon elle, les effets spéciaux peuvent représenter jusqu’à 30 p. 100 du budget de production d’un film, soit environ 87 millions de dollars pour les films produits par les grands studios.

« L’industrie canadienne de l’animation et des effets numériques représente une part importante de l’économie numérique et elle jouit d’une renommée mondiale pour son innovation et sa créativité », déclare-t-elle. Les studios canadiens participent également activement à la production de publicités et de séries télévisées à succès.

Viser le marché international dès le premier jour

Avec son associé Patrick Beaulieu, Denis Doré a fondé la société Squeeze en 2011 après avoir travaillé dans l’industrie du jeu vidéo. Inspirés par la réussite de studios d’animation renommés, tel Pixar, ils se sont lancés avec une petite équipe de 5 personnes, déterminées à créer des animations infographiques de qualité et une émission associée au logo Squeeze.

« Dès le premier jour, nous avons visé le marché international », se souvient M. Doré. Aujourd’hui, l’entreprise compte 65 employés, et les trois quarts de ses activités se situent à l’étranger, notamment à Los Angeles où elle travaille avec des géants de l’industrie, comme Disney, Cartoon Network et Nickelodeon.

Robert Landry, un délégué commercial en poste au bureau de Montréal qui s’occupe du secteur des technologies de l’information et des communications, rappelle à quel point le secteur canadien est « extrêmement dynamique ». Trois des centres sectoriels les plus importants d’Amérique du Nord se trouvent au Canada, soit au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique. « Le secteur s’est forgé une réputation qui lui permet de faire le pont avec le marché de Los Angeles. »

Hollywood est l’un des « plus formidables creusets qui soit, objet de toutes les convoitises, affirme M. Landry. La concurrence y est vive, et les concurrents proviennent des quatre coins du monde. » Certaines sociétés, comme Squeeze, ciblent précisément ce marché, fait-il remarquer.

Squeeze a acquis une expertise et de solides antécédents en associant l’animation aux jeux et aux films, s’assurant ainsi une position stratégique, poursuit-il. Les fondateurs de la société ont clairement établi les activités qu’ils souhaitaient internationaliser et ils ont conçu une stratégie à cet effet, assortie d’objectifs et d’arguments de vente adaptés à chaque gamme de produits.

Le SDC, de son côté, est sans cesse à l’affût de débouchés pertinents, ce qui en fait une ressource précieuse pour des entreprises telle Squeeze. Le SDC a aidé la société à clarifier sa vision et à cerner ses marchés prioritaires — dont le pôle de Los Angeles — et à y tisser des liens. « Nous agissons en quelque sorte comme une annexe de leur service de développement des affaires. »

Mark Steffler, directeur financier de Legend3D Inc., une société spécialisée dans la conversion en 3D, la technologie de RV et la production d’effets spéciaux dont le siège social est situé à Los Angeles, affirme que le Canada est un pays « de choix » pour les sociétés de Los Angeles en raison de la profusion de talent, de sa proximité et du soutien robuste du gouvernement, sous forme de crédits d’impôt, par exemple. Il y a deux ans, Legend a ouvert à Toronto une filiale qui compte maintenant 350 employés, chiffre qui devrait grimper à 500 dès l’an prochain.

Le Canada est un acteur d’envergure dans le domaine en plein essor de la RV, « laquelle est en passe de devenir rapidement une nouvelle industrie de taille, qui comptera un grand nombre d’applications et de possibilités », déclare M. Steffler. « La réalité augmentée (RA) est aussi en plein envol, grâce à des jeux utilisant la RV et la RA sur des téléphones qui révolutionneront les plateformes de diffusion. »

Ce genre de technologie exige beaucoup de main-d’œuvre ainsi que des compétences et une expertise pointues qui ne se trouvent pas nécessairement sur les marchés étrangers émergents, comme la Chine, souligne M. Steffler. Les studios se tournent donc vers des sociétés qualifiées aux États-Unis et au Canada.

Le marché de Los Angeles: des conseils pour les PME

Les petites entreprises canadiennes auront parfois du mal à se démarquer auprès de grands clients sur le marché de Los Angeles, prévient-il. Il est donc important qu’elles nouent des relations et qu’elles démontrent leur capacité à fabriquer des produits de qualité, à offrir un haut degré de sécurité et à livrer les produits à temps.

« Il faut créer un climat de confiance, ce qui exige plus que 30 ou 60 jours, déclare M. Steffler. Les prochaines années seront palpitantes pour l’ensemble de l’industrie. On assistera à des changements majeurs qui offriront une foule de possibilités aux sociétés canadiennes et américaines. »

Selon Mme Shih, il est important que les Canadiens en quête de réussite sur le marché de Los Angeles persistent et fassent preuve de souplesse dans leurs relations avec chacun de leurs clients ou un partenaire éventuel, et qu’ils affichent clairement ce qu’ils ont à offrir.

« Les grands studios de Los Angeles sont courtisés par des centaines, voire des milliers de sociétés de partout dans le monde, déclare-t-elle. Les sociétés canadiennes ont tout intérêt à faire valoir leurs atouts auprès de la clientèle visée, par exemple une technologie unique pour régler un problème précis, concevoir une solution ou améliorer une activité commerciale. »

Elle affirme que le SDC vient en aide aux sociétés canadiennes, comme Squeeze, en les présentant à des contacts ciblés et en entretenant des liens avec les grands studios et les grandes sociétés en Californie du Sud. En plus de recueillir des renseignements commerciaux, le SDC dispose d’un vaste réseau de dirigeants, d’investisseurs et de fournisseurs de services professionnels dans l’industrie, qui peuvent donner de précieux conseils aux sociétés canadiennes en matière de stratégie de développement des affaires, d’arrivée sur le marché et de financement.

Pour Robert Landry, il faut que les entreprises canadiennes aient une mission bien définie, qu’elles visent un créneau précis et qu’elles soient pertinentes.

« Même si elle excelle dans plusieurs domaines, une entreprise doit mettre de l’avant l’aspect qui lui permettra de se démarquer. Elle doit attirer l’attention sur des exemples précis de son portfolio qui attestent de ses réalisations et de ses réussites. Il arrive souvent que de petites, voire parfois de minuscules équipes obtiennent des résultats spectaculaires. »

« Votre argument de vente doit être taillé au couteau et adapté au contact type que vous visez, conseille M. Landry. Il faut qu’il attire l’attention en deux ou trois lignes seulement. Une fois que vous aurez un pied dans la porte, vous pourrez développer davantage votre argumentaire. »

M. Landry conseille aux PME d’être sélectives au moment de choisir les foires commerciales auxquelles elles veulent participer et de bien s’y préparer, en collaboration avec le SDC.

« Posez-vous les questions suivantes : Qu’est-ce que je fais mieux que les autres? En quoi puis-je apporter une solution différente? Pourquoi nous choisirait-on? Apprenez à connaître vos points forts, vos concurrents, pas seulement au Canada, mais sur le marché que vous ciblez. »

Squeeze, par exemple, a été « très rusée » en faisant valoir ce qu’elle faisait bien et en se démarquant de ses concurrents, déclare M. Landry. Mais surtout, elle savait à qui adresser ses arguments de vente.

Pour Denis Doré, le SDC est une ressource précieuse qui a permis à son entreprise de rencontrer les bonnes personnes, y compris de grands noms à Los Angeles dont les activités étaient en lien avec celles de sa société.

Comment concurrencer avec l’Inde ou la Chine

M. Doré conseille aux entreprises canadiennes qui cherchent à se tailler une place sur le marché d’Hollywood de s’armer de patience, d’avoir en tête le marché mondial et de ne faire aucun compromis quant à la qualité de leurs produits plutôt que d’essayer de concurrencer des entreprises de pays comme l’Inde et la Chine.

« Ces pays offrent des prix imbattables, explique-t-il, mais les clients de Los Angeles sont à la recherche de vrais spécialistes. Si vous affirmez que vous pouvez tout faire, on ne vous croira pas, et les portes resteront fermées. »

« Si vous parvenez à faire entendre votre voix et à démontrer que vous proposez un produit unique, les gens ne se soucieront pas de votre origine; tout ce qu’ils veulent, ce sont des partenaires de confiance disposés à les aider. Il s’agit de pouvoir profiter de toutes les occasions possibles pour présenter ce que vous faites », explique M. Doré.

Le fait que le Canada soit reconnu comme un pays qui excelle dans les domaines de l’animation, des effets spéciaux et des jeux vidéo d’excellente qualité représente également un atout. « L’objectif visé par Squeeze, c’est de se classer au palmarès des cinq ou dix sociétés du monde qui dominent ce secteur, ajoute M. Doré. Chaque projet nous fait avancer d’un pas dans cette direction. »

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