Le téléchargement illégal: quel est le rôle joué par les moteurs de recherche ?

Voici des données qui pourraient vous surprendre : 35 % des visites de sites de piratage de contenus se font par l’entremise d’un moteur de recherche, soit au deuxième rang après les visites directes (42 %).

MUSO, une entreprise technologique spécialisée dans la protection de contenu pour les industries créatives, est arrivée à ce pourcentage dans l’édition 2016 de son MUSO Global Piracy Report après avoir analysé 191 milliards de visites de sites de piratage à l’échelle de la planète.

L’agence de publicité américaine Anatomy Media établit également un lien entre les résultats des moteurs de recherche et le piratage. Dans le cadre d’un rapport examinant en profondeur les pratiques de consommation et de découverte de contenus de jeunes adultes américains (âgés de 18 à 26 ans), l’agence a demandé à de milléniaux aux habitudes de consommation différentes — afin de contourner la bulle de filtre des algorithmes — d’effectuer des recherches en utilisant l’expression « regarder [titre de série] ».

Des 600 résultats obtenus, 42 % menaient vers des sites de téléchargement illégaux et 43 % menaient directement au site du détenteur des droits de diffusion.

Piratage : quelle est la responsabilité de Google?

Certains, dont la puissante MPAA (Motion Picture Association of America), estiment que Google, le moteur de recherche le plus largement utilisé sur la planète, est en partie responsable du piratage et devrait tout mettre en œuvre pour contrer ce fléau.

C’est une question sur laquelle la Cour suprême du Canada s’est penchée récemment, dans l’affaire Google Inc. c. Equustek Solutions Inc. Equustek, une entreprise technologique de la Colombie-Britannique, avait accusé un de ses distributeurs d’avoir utilisé des éléments de sa propriété intellectuelle pour développer un produit concurrent vendu sur Internet.

En effet, le distributeur avait quitté la Colombie-Britannique et continué d’exercer ses activités d’un endroit inconnu. Il vendait le produit en question sur ses sites Web, contrevenant ainsi à plusieurs ordonnances judiciaires.

Equustek avait répliqué par le dépôt d’une injonction intimant à Google de cesser de lister et de référencer tous les sites Web utilisés par le distributeur, et ce, à l’échelle mondiale. Google a tenté d’interjeter l’appel jusqu’en Cour suprême, mais cette dernière a confirmé l’injonction interlocutoire en juin dernier.

Tout en reconnaissant qu’Equustek avait subi un préjudice irréparable et que le moteur de recherche facilitait par inadvertance le préjudice en dirigeant les acheteurs directement aux sites Web du distributeur, Google estimait qu’elle devait échapper à l’injonction vu sa qualité de tierce partie.

Google conteste surtout la portée extraterritoriale de l’ordonnance et brandit le spectre de l’atteinte de la liberté d’expression, en raison du précédent qu’une telle décision pourrait établir. Le 24 juillet 2017, l’entreprise a saisi la Cour de district des États-Unis du district du Nord de la Californie et lui a demandé de bloquer l’exécution de l’ordonnance aux États-Unis.

[traduction] « Nous intentons cette action en justice parce que nous voulons défendre le principe juridique selon lequel un pays ne devrait pas avoir le droit de décider ce à quoi la population d’un autre pays peut accéder en ligne, a déclaré David Price, de Google, au magazine Wired. Saper ce principe fondamental mènerait inévitablement à un monde dans lequel les internautes seraient soumis à une série de limites contraignantes imposées par tous les pays en regard à l’accès au contenu. »

Par ailleurs, l’entreprise conteste la prétention que son moteur de recherche génère une bonne part des liens menant à des sites pirates. Elle fait valoir que ce sont les requêtes ajoutant au titre désiré des termes comme « regarder », « streaming » ou « gratuit » qui proposent des liens « potentiellement problématiques » et que ces requêtes sont très rares.

Par exemple, « Games of Thrones » aurait fait l’objet de 784 fois plus de recherches que « Games of Thrones download ». Cela dit, la fonction de saisie automatique de Google place tout de même l’option « streaming » en bonne position.

Une solution : imiter les pirates

Dans son rapport, Anatomy Media soutient que les sites de contenu illégal se faufilent dans les premiers résultats de recherche parce qu’ils satisfont les requêtes d’une majorité de consommateurs. La recette est la suivante : offrir un accès rapide, convivial et gratuit à tout le contenu désiré et nourrir ainsi l’algorithme selon certains critères qui influent sur le classement d’une page, comme le trafic associé à la page et le comportement des internautes.

Anatomy Media recommande aux ayants droit de planifier leurs stratégies de référencement en tenant compte du fait que, quelles que soient les modifications apportées périodiquement par Google à ses algorithmes, le moteur de recherche poursuit toujours le même objectif : placer le consommateur au cœur de la démarche. Google appelle ça « l’internaute avant tout ».

[traduction] « Optimiser un site Web pour les moteurs de recherche, ce n’est pas uniquement une affaire de balises, de descriptions, de métadonnées et d’adresses URL, écrit-on dans le rapport. Cela concerne également la capacité du site à satisfaire le désir du consommateur. »

Une autre recommandation d’Anatomy Media aux ayants droit : comparer l’expérience que leur site fait vivre aux utilisateurs avec celle proposée par les sites pirates, en évaluant la vitesse de chargement (quand elle dépasse quatre secondes, un internaute sur quatre abandonnera la page), la conception du site ainsi que les balises et métadonnées utilisées.

Suivre l’argent à la trace : une méthode efficace?

Une autre solution parfois évoquée pour freiner le piratage est celle de « suivre l’argent à la trace », c’est-à-dire de réduire ou d’interrompre les revenus générés par les sites Web qui violent le droit d’auteur. Cette méthode cible trois secteurs économiques qui bénéficient, par ricochet, de la diffusion de contenu piraté : la publicité, les solutions de paiement et les fournisseurs de moteurs de recherche.

Si couper les vivres aux pirates semble de prime abord une solution efficace pour enrayer le problème, un rapport commandé par Patrimoine Canada conclut que cette stratégie ne sera vraiment efficace que lorsqu’elle s’inscrira au sein d’une stratégie mondiale :

« […] Le piratage du droit d’auteur est un problème international qui nécessite une coopération et des solutions transfrontalières, surtout eu égard à la détermination de l’activité en VDAEC [violation du droit d’auteur à l’échelle commerciale] et à l’identification des coupables. »

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