Le trou noir de Facebook ou comment la plateforme s’immisce dans notre vie

Facebook a quelque chose d’étrange en ce que le réseau fait tellement partie de la vie quotidienne qu’on ne se rend plus compte qu’il est là. Le réseau est devenu un fidèle compagnon de vie. Il nous accompagne du réveil au coucher, il s’immisce au cœur des repas entre amis et il est témoin de nos moments de joie et de peine. On a peut-être là une définition de ce qu’est l’intimité numérique.

Comptant non moins de 1,39 milliard d’utilisateurs « actifs », Facebook est de loin le réseau social le plus populaire. Selon l’Observateur des technologies médias, 66 % de la population canadienne d’âge adulte utilise Facebook régulièrement. Un milliard de personnes dans le monde se sont connectées au réseau au cours de la journée du lundi 24 août dernier. Oui, vous avez bien lu : un humain sur sept s’est connecté à Facebook au cours de cette journée!

L’activité des utilisateurs est une variable tout aussi importante pour Facebook que la croissance de sa communauté virtuelle. C’est dans cette optique que Facebook multiplie les projets en tous genres afin de tester de nouvelles fonctionnalités et garder l’utilisateur captif de son écosystème. De l’information à la vidéo en passant par la musique, les ressources humaines et le commerce en ligne, Facebook est un trou noir qui aspire toutes les activités quotidiennes sur son passage.

LE MAÎTRE DE L’INFORMATION

Facebook est devenu la principale source d’information pour de nombreux internautes. Pour beaucoup d’entre nous, le fil d’actualité de Facebook a remplacé le journal papier et le journal télévisé (deux médias qui traversent d’ailleurs une profonde crise). Ces derniers mois, Facebook a devancé Google comme le site qui génère le plus de trafic vers les sites d’information (selon certaines estimations, aux États-Unis, 39 % du trafic est attribuable à Facebook contre 36 % pour Google).

Les sites d’information dépendent désormais de Facebook et ce dernier entend bien tirer profit de sa position hégémonique. Depuis mai 2015, dans le cadre de son programme Instant Articles, Facebook propose à quelques éditeurs de nouvelles internationaux (The New York Times, BuzzFeed, BBC News, Bild, National Geographic, The Guardian, NBC News, The Atlantic et Spiegel Online) d’héberger leurs articles directement sur la version mobile de Facebook. Les internautes n’auront plus à cliquer, dans leur fil d’actualité, sur des liens les redirigeant vers des sites de nouvelles externes à Facebook.

Instant Articles de Facebook

Le but d’Instant Articles est de garder les lecteurs sur la plateforme en y hébergeant du contenu produit par des éditeurs externes. Les partenaires conservent la totalité des revenusgénérés par leurs propres publicités ainsi que 70 % des revenus des publicités vendues par Facebook. Toutefois, ce pacte est faustien puisque les sites de nouvelles deviennent dépendants du réseau social pour générer leur trafic. Mais ont-ils vraiment le choix sachant qu’ils cherchent désespérément à augmenter leur lectorat?

LA VIDÉO DANS TOUS LES FORMATS

Facebook s’est aussi lancé dans la vidéo pour concurrencer YouTube. Le pari semble avoir remporté gros puisque, selon les premiers résultats trimestriels de 2015, quatre milliards de vidéos sont vues sur le réseau social chaque jour. De son côté, YouTube ne publie pas ses chiffres quotidiens et se contente d’affirmer que sa plateforme diffuse plusieurs milliards de vidéos.

Peu importe, Facebook est actif et veut aussi se positionner dans la vidéo en direct, à l’instar des applications Periscope (Twitter) et Meerkat. Le site propose d’ores et déjà à ses « comptes vérifiés » (les profils de célébrités) la possibilité de diffuser en direct du contenu filmé depuis leur téléphone mobile. Les diffusions en direct s’insèrent dans le fil d’actualité accompagnées d’une petite icône rouge indiquant le direct. Il sera possible de partager ce direct comme on le fait déjà pour les autres types de contenu.

LA MUSIQUE

Après l’information et le direct, l’autre grand chantier de Facebook concerne la musique. Selon le magazine Billboard, l’entreprise californienne devrait très bientôt entreprendre des essais de diffusion de vidéos musicales dans son fil d’actualité avec des maisons de disques.

L’objectif est clair : concurrencer directement YouTube et son service d’hébergement de vidéos musicales Vevo (né d’un accord entre YouTube et les majors Universal et Sony Music). Facebook promet d’ailleurs de mieux partager les revenus publicitaires avec les maisons de disques (en faisant passer de 45 % à 55 % la part des revenus qui seront versés aux ayants droit).

LES RESSOURCES HUMAINES

Et Facebook est loin d’avoir fini de s’immiscer dans votre vie puisque le réseau social lorgne aussi le monde des affaires et des ressources humaines, chasse gardée de LinkedIn. À ce sujet, le magazine Branchez-vous nous apprend que le réseau de Mark Zuckerberg teste actuellement la possibilité de publier des offres d’emploi.

Autre attaque contre LinkedIn, Facebook serait en train de tester une recommandation des profils par mots-clés. Cette fonctionnalité vous permettrait d’ajouter, sur votre profil ou celui de vos amis, des mots-clés et des expressions qui décrivent le mieux qui vous êtes et ce que vous faites. Il serait possible de recommander à la fois des compétences professionnelles et des qualités humaines.

ACHATS EN LIGNE

Enfin, Mashable annonçait dernièrement que Facebook teste un volet de commerce en ligne. Il sera bientôt possible d’acheter des produits directement sur le réseau puisque les pages de marques se transformeraient en mini-magasins en ligne.

Ici Facebook empiète directement sur les platebandes du géant Amazon et des plateformes de commerce en ligne comme Shopify qui proposent déjà ce genre d’extension. Facebook n’a pas confirmé vouloir prendre un pourcentage sur les transactions, mais le but est encore une fois plus large. Il s’agit de garder les utilisateurs le plus longtemps possible sur la plateforme et de les faire cheminer dans leur parcours vers l’achat sans qu’ils se rendent compte qu’ils n’en sont jamais sortis…

Enfin, le réseau social a dévoilé le mercredi 26 août un ambitieux projet de service de conciergerie baptisé « M ». Pour le moment seulement accessible par quelques centaines d’utilisateurs à San Francisco, M est présenté comme un adjoint personnel intégré à Messenger (le service de messagerie du réseau) qui utilise l’intelligence artificielle.

L’usager s’adressera à M comme à n’importe quel contact, soit en lui écrivant un message auquel M répondra. M permettra aussi d’acheter des articles, de réserver un billet de train, d’organiser un voyage, de faire livrer des cadeaux, de prendre un rendez-vous, de réserver une table dans un restaurant, etc.

Avec « M », Facebook entend concurrencer Siri, Google Now et Cortana, les assistants personnels des géants Apple, Google et Microsoft respectivement. À la différence de ces derniers, M sera supervisé par des humains, les « M trainers », des spécialistes du service à la clientèle. Selon The Wired, Facebook cherche à capter l’ensemble des « intentions » des utilisateurs, c’est-à-dire tout ce qu’ils cherchent et tout ce qui les intéresse ou encore les activités qu’ils veulent faire.

« L’intention menant souvent à un achat, ou à une transaction, c’est un moyen pour nous de gagner éventuellement [de l’argent] », affirme David Marcus, vice-président des produits de messagerie pour Facebook.

La stratégie de Facebook est résolument expansionniste, le réseau voulant clairement s’immiscer dans tous les interstices de la vie quotidienne. Le réseau ressemble en ce moment à une supernova dont la masse attire tous les corps de l’univers. Finira-t-il, comme ces dernières, à s’écrouler sous son propre poids?

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