L’entente entre Netflix et Virgin Media UK aurait-elle des répercussions au Canada?

Si vous ne suivez pas de près les développements en matière de services de télévision par contournement (TPC), vous avez probablement manqué la nouvelle annonçant que Netflix s’est entendue avec Virgin Media au Royaume-Uni pour offrir directement l’application Netflix aux abonnés du service TiVo de Virgin Media. Bien qu’il n’y aie rien de nouveau dans le fait que les industries du contenu et de la distribution ont été considérablement perturbées par l’arrivée des services de TPC, il s’agit de la première fois qu’une entreprise de distribution par câble conclut un partenariat officiel avec un service d’abonnement en ligne existant. En fait, à peine quelques jours après cette annonce, un deuxième fournisseur européen du service TiVo, Com Hem, était déjà prêt à s’entendre avec Netflix et les rumeurs se multiplient sur la possibilité que HBO réévalue la possibilité d’opter pour un format de TPC. Cependant, avant que les consommateurs ne se réjouissent et que les entreprises de distribution de radiodiffusion (EDR) ne se mettent à se plaindre de l’idée d’inclure Netflix dans de futurs forfaits de câblodistribution, déconstruisons cette entente pionnière.

  • Virgin Media offrira en projet pilote le service Netflix à 40 000 de ses abonnés qui possèdent un décodeur TiVo.
  • Pour participer à ce projet pilote, les abonnés auront besoin d’un abonnement à Netflix en plus de leur abonnement au service TiVo de Virgin.
  • Netflix gérera directement les paiements des abonnés à son service.
  • Netflix apparaîtra sous la forme d’une application dans le service TiVo et les utilisateurs pourront consulter la bibliothèque de Netflix à partir du même guide à l’écran qu’ils utilisent pour la télévision payante.
  • Le service Netflix ne sera pas offert dans le forfait de câblodistribution de Virgin Media.
  • Virgin prévoit offrir le service à l’ensemble de ses 1,7 million d’abonnés TiVo d’ici la fin de l’année.

 

INITIATION À LA TÉLÉDISTRIBUTION

En règle générale, un abonné du câble s’abonne aux services d’une EDR ou d’un télédistributeur pour avoir accès aux chaînes spécialisées qui sont incluses dans son forfait. Pour chaque chaîne spécialisée offerte, une portion des frais d’abonnement est versée à la chaîne spécialisée et l’EDR en conserve une portion. Par exemple, HBO accepte d’offrir son contenu exclusivement aux abonnés du câble et un accord de distribution régit le partage des revenus. Voilà le modèle d’affaires.

Au Canada, les câblodistributeurs et les entreprises de diffusion en direct doivent respecter leurs conditions de licence en matière de dépenses et de diffusion, conformément à la Loi sur la radiodiffusion. L’industrie canadienne rouspète contre Netflix parce que cette dernière accorde aux consommateurs un accès à du contenu sans toutefois payer des droits de licence et sans être contrainte à respecter les règles régissant les dépenses ou la diffusion.

Maintenant, Virgin Media crée un précédent mondial en concluant une première entente entre un câblodistributeur autorisé et un perturbateur non réglementé (Netflix) dans l’industrie.

L’ENTENTE, DÉCONSTRUITE

Par contre, l’entente conclue avec Virgin Media n’est pas si scandaleusement préjudiciable à la télédiffusion qu’on pourrait le croire. D’abord, le service Netflix est depuis longtemps offert sous la forme d’une application dans les consoles de jeu standards et nombre de membres de la génération du désabonnement (cord-cutting) y ont recours pour accéder à Internet, à des jeux et à du contenu via un seul et même écran. En réalité, cette entente n’ouvre la porte à rien de plus qu’un autre décodeur contenant l’application de Netflix à coût supplémentaire, car les utilisateurs devront néanmoins s’abonner au service de Netflix en plus de maintenir leur abonnement au service TiVo. En fait, l’industrie pourrait même être le terrain de nouvelles guerres de prix en raison de l’arrivée récente d’un nouveau concurrent de Netflix, Wuaki.tv – propriété du géant japonais du commerce électronique Rakuten, soit la société mère de la marque Kobo. À l’heure actuelle, Wuaki.tv propose ses services à la moitié du prix de ceux de Netflix.

Ensuite, il est très peu probable que Netflix devienne une chaîne offerte dans les forfaits de câblodistribution traditionnels étant donné l’actuel modèle utilisé pour la vente de services à supplément au Canada ou ailleurs. Du point de vue des politiques, la distribution d’un forfait d’abonnement ne s’applique qu’au contenu dont les diffuseurs traditionnels possèdent une licence exclusive. Les EDR ne pourraient inclure le service Netflix dans un forfait de câble, car le service n’est pas distribué comme une chaîne. De plus, le service Netflix ne pourrait jamais être intégré dans un forfait de câblodistribution puisque tout son contenu est en ligne et n’est donc pas réglementé. En termes économiques, les marges bénéficiaires sont trop faibles pour permettre un quelconque partage des revenus encaissés par Netflix avec des câblodistributeurs. Il est peu probable que Reed Hastings, qui empoche 8 $ par mois par abonnement, soit prêt à consentir 0,45 $ par abonné à Bell au Canada, un autre montant à Comcast aux États-Unis et un autre montant encore à un grand câblodistributeur au Japon.

L’EFFET NETFLIX AU CANADA

Selon un rapport de l’Observateur des technologies médias , 17 % des Canadiens possédaient un compte Netflix en 2012. Au printemps 2013, ce pourcentage avait augmenté à 21 % (25 % parmi les Anglo-canadiens). Selon le Rapport de surveillance des communications 2013du CRTC, au Canada, les services de diffusion de vidéo en continu ont crû de 70 % en 2012, ce qui représente quelque 2,5 millions de ménages. Netflix aura un effet durable au Canada, et cette entente historique intervenue avec Virgin Media rend probablement les diffuseurs traditionnels un peu nerveux.

Les diffuseurs traditionnels prétendent que Netflix contourne les règlements canadiens sur la distribution et revendiquent que l’ensemble des joueurs dans le marché soient soumis aux mêmes règles, soit en imposant aux services en ligne l’obligation de se conformer à la réglementation canadienne relative au contenu soit en soustrayant l’ensemble de l’industrie à cette obligation. Le problème pour les EDR est que les services de diffusion en continu en ligne peuvent réduire leurs prix pour recruter de nouveaux abonnés. Les EDR peuvent baisser leurs prix parce que les services en ligne n’ont pas à se conformer aux exigences réglementaires et financières qui sont imposées aux diffuseurs traditionnels.

Le CRTC se penche actuellement sur l’industrie de la télévision et demande aux Canadiens d’indiquer les changements qui devraient être apportés au système de radiodiffusion afin que ce dernier réponde mieux à leurs besoins. Sans doute, Netflix et d’autres services en ligne occuperont une grande place dans cette consultation, tout comme des discussions plus générales avec l’industrie sur la distribution de contenu dans les ménages. Cependant, le problème avec Netflix n’est pas la réglementation canadienne étant donné que Netflix contourne TOUTES les exigences de distribution et TOUTE la réglementation sur l’ensemble du territoire. Le sentiment a été éloquemment exprimé par Peter Menzies, vice-président du CRTC, qui a affirmé que le Conseil ne peut plus agir efficacement à titre d’organisme de contrôle dans un monde où le contrôle n’est peut-être plus possible.

ET ENSUITE?

Le rédacteur en chef du contenu numérique pour Variety, Andrew Wallenstein, soutient que les câblodistributeurs pourraient en faire plus avec Netflix. Ils pourraient notamment combiner le service de TPC à un forfait combinant plusieurs chaînes au lieu de facturer le service séparément comme un ajout. Cette possibilité pourrait transformer les négociations entre Netflix et des fournisseurs de services de télévision payante partout dans le monde. En fait, David Wells, directeur financier de Netflix, encourage HBO à repenser sa stratégie de rejeter la TPC et affirme ceci : « À notre avis, si HBO passait à une distribution directe aux consommateurs, un nombre considérablement plus élevé d’abonnés américains seraient prêts à payer pour obtenir cette chaîne. » De plus en plus, l’avenir du contenu télévisé pourrait passe par les applications et, lorsque le jour arrivera que HBO contourne l’EDR pour passer directement par Netflix ou son propre service de TPC, nous risquons alors d’observer une accélération de l’adoption du modèle de forfaits distribués via le Web.

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