Les bases des chaînes de blocs pour l’industrie du divertissement

Des contrats informatiques au suivi des crédits en temps réel, le Canada s’impose peu à peu comme un acteur majeur du développement des chaînes de blocs.

Dans un extrait récent de This Week Tonight, l’humoriste John Oliver décrit ainsi la chaîne de blocs (blockchain en anglais) et son application la plus populaire, la cryptomonnaie : « Tout ce que vous ne comprenez pas sur l’argent associé à tout ce que vous ne comprenez pas sur l’informatique. » John Oliver a sans doute raison. Même si ce thème a fait l’objet d’innombrables articles et vidéos d’explication, le simple fait de mentionner le système de registre numérique décentralisé des chaînes de blocs provoque, chez la majorité d’entre nous, un froncement de sourcils.

Une façon entièrement nouvelle de faire des affaires

Les créateurs et les producteurs pourraient croire de prime abord que les chaînes de blocs et les cryptomonnaies ne font pas partie de leur univers, mais de récents développements au Canada comme à l’étranger laissent croire qu’il en est autrement. Une étude comparative mondiale menée en 2017 par l’Université de Cambridge révèle que 8 % des applications de chaînes de blocs sont liées au secteur des médias, du divertissement et du jeu. Ce pourcentage est le même que celui des applications créées pour l’industrie des soins de santé.

Quel est, en clair, l’intérêt de la chaîne de blocs pour l’industrie du divertissement? Elle peut se révéler utile chaque fois qu’une transaction fait intervenir un intermédiaire. Parmi les exemples ingénieux de l’utilisation des chaînes de blocs, on peut citer les micropaiements, le versement des redevances, la facturation automatisée, la gestion simplifiée des droits et le suivi des droits d’auteur.

Nous en sommes encore aux premiers temps du développement des chaînes de blocs, mais un bouillonnement se fait déjà sentir, car cette technologie permet une façon entièrement nouvelle de faire des affaires. Elle automatise les transactions, sans faire intervenir de la main-d’œuvre et de la paperasse, tout en mettant à jour et en vérifiant constamment les données en temps réel. Cela ne signifie pas qu’aucune supervision n’est effectuée, mais plutôt que l’autorité ne repose plus entre les mains d’une seule entité.

« Partout dans le monde, on fonctionne sur la base de chaînes d’approvisionnement impliquant des contrats entre des dizaines de personnes. Avec les chaînes de blocs, on peut se limiter à un seul contrat », a expliqué Christine McGlade de l’entreprise torontoise Analytical Engine Interactive, pendant la Semaine du Canada à l’écran, qui a eu lieu à Toronto plus tôt ce printemps.

Elle cite l’exemple d’une tasse de café Starbucks et des nombreuses étapes de son parcours, de la fève de café au récipient qui se trouve entre ses mains. Des transactions ont lieu à chacune de ces étapes, et chacune de ces transactions s’inscrit dans une chaîne d’approvisionnement qui est coûteuse à opérer et, par conséquent, ajoute au coût du produit final.

«Avec un budget de 5 millions, on obtient 30 millions»

Dans un récent article de Forbes, le Britannique Nick Ayton, cofondateur de The 21 Million Project – qui est considérée comme la première société de production de télé et de film fonctionnant avec des chaînes de blocs –, affirme que le fait de contourner les intermédiaires habituels du secteur allège considérablement les budgets. Comment cet impact se chiffre-t-il? Il peut atteindre un facteur de 6, soutient Nick Ayton.

« À Hollywood, il faut avoir 100 millions de dollars pour faire un film et rétribuer les intermédiaires », explique le cofondateur de The 21 Million Project. « Pour [notre] production, il n’y a aucun intermédiaire… Ce qui veut dire qu’avec un budget de 5 millions, on obtient un résultat équivalent à 30 millions. »

En outre, l’investissement dans les productions de la société et la contribution au processus artistique est à la portée de tous. « Les fans […] ont la possibilité d’influencer ce qui est produit; ils peuvent aussi profiter de notre succès et recevoir des redevances, tout en ayant l’assurance que le processus de production est transparent et équitable, notamment sur le plan de l’égalité des sexes et de la parité salariale. »

Éliminer les intermédiaires grâce aux contrats informatiques

Les coûts n’étant pas équivalents à la valeur, les artistes et les producteurs se demandent de plus en plus si les frais exigés par les intermédiaires contribuent vraiment à la valeur du produit créé.

Pour remédier à ce problème, l’une des solutions proposées est le contrat informatique fondé sur la chaîne de blocs, un code qui crée des contrats de façon automatisée, mais fiable, afin d’effectuer des transactions et de conclure des accords sans intermédiaires.

Dans le contexte de l’industrie du divertissement, les contrats informatiques pourraient faire en sorte que tous les participants à la chaîne d’approvisionnement reçoivent à temps les paiements qui leur sont dus, et ce, sans les frais et pourcentages supplémentaires ajoutés par des tiers.

Pendant la Semaine du Canada à l’écran, Christine McGlade a souligné l’importance de réfléchir aux accords de l’industrie du divertissement canadienne fondés plutôt sur la valeur que sur une somme précise. Cette catégorie recouvre les postes budgétaires, comme les apports en nature et les reports, qui ont une valeur monétaire, mais qui ne contribuent aux recettes que si la production est rentable.

L’exemple parfait pour illustrer l’utilité des contrats informatiques est la photo désormais célèbre d’un chèque de redevance de Degrassi d’un montant de 8,25 $ qu’a publiée Drake sur son compte Instagram l’été dernier. La valeur de la main-d’œuvre requise pour faire les calculs, préparer le chèque, mettre le chèque dans l’enveloppe et l’envoyer à l’endroit où Drake reçoit sa correspondance doit nécessairement dépasser le montant du chèque.

L’essence de la question n’est pas que ce paiement de 8,25 $ aurait pu s’élever, disons, à 15 $ s’il s’inscrivait dans un contrat informatique, mais que des paiements de 825 $ ou de 8 250 $ à des artistes pourraient atteindre 1 000 $, 10 000 $ ou plus dans un contexte où la technologie des chaînes de blocs rend possible des solutions de rechange automatisées.

Les solutions canadiennes fondées sur les chaînes de blocs pour l’industrie du divertissement

Il se trouve que le Canada s’impose peu à peu comme un acteur de premier plan dans le développement des chaînes de blocs. Des initiatives comme le Blockchain Research Institute (BRI) à Toronto, le Blockhouse à Montréal et le BC Blockchain Forum à Vancouver créent des ponts entre des entreprises en démarrage, des entreprises du secteur privé comme IBM et Accenture, et divers échelons de gouvernement en vue de créer des bases solides pour cet écosystème émergent.

Un certain nombre d’entreprises canadiennes s’emploient actuellement à mettre au point des solutions fondées sur les chaînes de blocs pour l’industrie du divertissement. Parmi elles figurent :

  • Le Groupe Média TFO. Ce diffuseur ontarien de langue française a créé un prototype, destiné aux diffuseurs, producteurs et détenteurs de droits des secteurs de la télé, du film et du contenu numérique, qui suit de près en temps réel les crédits, attributions et rétributions dans un environnement transparent et fiable;
  • Three Lefts, de Toronto. Présenté comme un studio de recherche et développement, il est à l’origine d’une plateforme de contrats informatiques nommée StonePaper.io, qui vient consolider les accords juridiques en un lieu unique, et faciliter l’audit et l’applicabilité des contrats;
  • Peerplays, de la Nouvelle-Écosse. L’entreprise élabore actuellement une plateforme mondiale de chaînes de blocs pour le jeu et le jeu de hasard capable de traiter plus de 10 000 transactions à la seconde, et qui publie en toute transparence les transactions et les pistes d’audit en temps réel;
  • Dubtokens, qui compte des bureaux à Montréal, à Toronto et en Suisse. Son protocole d’expérience et de vidéo interactive (IVEP) consiste en une plateforme fondée sur les chaînes de blocs qui allie données en temps réel et infrastructure de paiement, et offre à chaque utilisateur une expérience personnalisée. Elle est compatible avec des services Web populaires comme YouTube, Facebook, Vimeo et Twitch, ainsi que des réseaux de distribution télé et radio.

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