Parlons télé : l’avenir de la télévision canadienne en 80 questions

Les émissions d’actualité, les documentaires et les émissions canadiennes sont très importants pour les Canadiens qui ont parlé télé avec le CRTC l’automne dernier.

Les téléréalités, par contre, ont aussi peu d’importance que les émissions religieuses à leurs yeux.

C’est ce qu’une bonne partie d’entre eux ont dit aux sondeurs de Harris/Decima qui ont interrogé 801 adultes canadiens en décembre 2013, dans le cadre de la vaste consultation Parlons télé entreprise par l’organisme l’automne dernier.

Ce sondage téléphonique est l’un des outils de communication (avec un forum en ligne et un cahier de choix en ligne) utilisés par le Conseil pour comprendre ce que les Canadiens attendent de leur système de télévision, lui qui est maintenant assiégé de tous les côtés par une nouvelle armada hors réglementation.

Au-delà de ce résultat anecdotique qui confirme surtout que tout le monde est pour la télévision qui informe – comme tout le monde est pour la vertu – le sondage téléphonique fournit un  indicateur représentatif de la transformation du système : 39% des répondants ont déclaré accéder à des services de télévision sur demande par Internet, comme Netflix et Tou.tv. On trouve une grande proportion de cesvidéonautes parmi les gens qui ne sont pas abonnés à un service de télévision (la moitié d’entre eux), mais également parmi les abonnés à un service de câblodistribution, où quatre abonnés sur dix ont déclaré écouter de la télévision sur demande via Internet.

Ces résultats sont en congruence avec les commentaires recueillis le Conseil. Pour bon nombre des participants, « la télévision de demain sera surtout une télévision par Internet, sur demande et personnalisée et (…) les radiodiffuseurs devront offrir une programmation de meilleure qualité ou risquer de perdre leurs abonnés au profit d’Internet » (source).

Au profit d’Internet, là où les services de télévision par contournement ont habitué les consommateurs à accéder au contenu télévisuel qu’ils veulent (ou presque), sur l’écran de leur choix, au moment  où ils le veulent, avec une facilité et une souplesse qui cachent une grande complexité technologique.

L’AVENIR DE LA TÉLÉVISION CANADIENNE EN 80 QUESTIONS

La troisième phase de la consultation – la phase plus traditionnelle où les acteurs du système déposeront des mémoires documentés et volumineux et en débattront au cours d’une audience qui débutera le 8 septembre 2014 – a été lancée par le Conseil le 28 avril dernier avec un avis public qui condense l’avenir de la télévision canadienne en 14 thèmes et 80 questions. Malgré la très large portée de la consultation, cette annonce a reçu peu d’échos dans la presse généraliste, peut-être parce que le thème de la dissociation des chaînes de télévision dans l’offre des télédistributeurs (une première pour la télévision de langue anglaise en Amérique), perçu comme central à cette instance, avait largement été abordé au moment du déclenchement des premières phases de la consultation à l’automne 2013.

(source : CRTC, Rapport sur la révision du cadre réglementaire des services au Canada, 2007)] Mais le système de télévision n’est pas qu’un assemblage de chaînes de télévision. Cette question comporte des enjeux réels pour la viabilité du système – dont Renee Robinson a fait une analyse sur Écran de veille au début de l’année – mais parmi les 13 autres thèmes qui figurent dans l’avis du CRTC, plusieurs ouvrent la voie à une transformation assez radicale. Comme le titrait David Ellis, professeur à l’Université York, spécialisé dans les effets perturbateurs de l’Internet sur les médias, dans son blogue : « The CRTC tries to drag our TV “system” into the 21st century » Le CRTC tente d’entraîner le système de télévision dans le 21e siècle

Selon deux analystes des télécommunications de RBC Dominion Securities, qui se disent surpris par l’ampleur de l’instance entreprise par le CRTC, le risque est grand qu’elle ait pour résultat de réduire les revenus issus des activités de télévision des distributeurs, télédiffuseurs et producteurs de contenus.

DISSOCIATION ET AUTRES MESURES PROTECTIONNISTES

Dans les questions abordées par le CRTC, il n’y a pas que la dissociation des bouquets de chaines télé qui, à terme, pourrait bouleverser les modes de financement de la télévision.

On retrouve également des questions portant sur la pertinence de maintenir des mesures réglementaires qui visent la protection des marchés des entreprises de radiodiffusion canadiennes.

Par exemple la substitution simultanée, une règle qui s’applique à la télévision en langue anglaise et date de 1971, au moment de la naissance la télévision par câble. Un distributeur est tenu de remplacer temporairement le signal d’une chaîne de télévision par celui d’une autre chaîne qui présente la même émission au même moment à la demande de ce dernier. Habituellement, c’est un signal américain qui est remplacé par un signal canadien.

L’objectif de cette règle était de permettre aux radiodiffuseurs canadiens d’obtenir ce que le Conseil appelle « un rendement raisonnable sur leur investissement dans l’acquisition de programmation non canadienne », rendement qu’ils devaient réinvestir dans la programmation canadienne (encadrée par d’autres règles touchant les dépenses en programmation et la part des émissions canadienne dans la programmation).

Selon certains observateurs, cette règle est obsolète dans le nouvel univers éclaté de la télévision où l’écoute en direct est en voie de disparition. La substitution représenterait environ 200 millions de dollars de revenus par année pour les chaînes de langue anglaise, ce qui peut sembler peu dans un marché qui génère 1 milliard de dollars de revenus. Mais les réseaux généralistes, dont les revenus publicitaires sont en décroissance continue (d’un peu plus de 5% pour les deux marchés linguistiques en 2013), ne sont sans doute pas prêts à laisser partir cette mesure sans d’âpres négociations. Négociations auxquelles le CRTC ouvre la porte avec les 80 questions formulées dans l’avis public et qui abordent ce qui, il y a quelques années, aurait pu être considéré comme des vaches sacrées, comme la disparition de mesures imposant certains genres de programmation, la modification des mécanismes de financement de la programmation canadienne, ou encore l’élimination de certaines exigences comme celles en matière de diffusion de la programmation canadienne.

Certains participants aux deux premières phases du processus ont affirmé « que le contenu canadien devrait s’imposer ou échouer de lui-même et qu’un système exempt de quotas contribuerait à la création  d’un contenu canadien plus attrayant. Ce type de programmation devrait sa survie  financière et sa diffusion au seul fait qu’il correspond à une réelle demande des  Canadiens et non pas à un quota à respecter. » (source)

Il sera très intéressant de lire les mémoires des intervenants qui soutiennent ce point de vue et de vérifier comment ils parviendront à faire la preuve que cette approche permettra au système de radiodiffusion de se conformer aux objectifs de la Loi sur la radiodiffusion, en particulier en termes de « sauvegarde de la structure culturelle, politique, sociale et économique du Canada », et de contribution à  l’expression d’ une « créativité artistique canadienne, qui mette en valeur des divertissements faisant appel à des artistes canadiens et qui fournisse de l’information et de l’analyse concernant le Canada et l’étranger considérés d’un point de vue canadien. »

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