L’industrie du jeu vidéo à Edmonton: une croissance qui attire l’attention nationale et internationale

À vos gardes, Toronto, Montréal et Vancouver. Edmonton est en train de devenir un marché attrayant pour les acteurs de l’industrie du jeu vidéo en raison d’un nouveau crédit d’impôt, de la baisse des coûts d’exploitation attribuable à la baisse des prix du pétrole, d’un bon réservoir de talents et d’un leader de l’industrie déjà établi dans la ville depuis plus de 20 ans. Voilà ce qui risque d’inciter des entreprises de jeux vidéo cherchant à avoir pignon sur rue à Edmonton.

Cependant, comment et pourquoi le marché de la production de jeux vidéo a-t-il pu s’établir dans la ville connue comme la porte d’entrée du Nord? Des représentants de l’Association canadienne du logiciel du divertissement (ALD) entre autres affirment que c’est le studio BioWare établi à Edmonton qui est à l’origine du développement de l’industrie dans la capitale albertaine, suivant le lancement du jeu Shattered Steel par ce studio en 1996. Ce jeu immensément populaire a mis Edmonton sur la carte de la production de jeux vidéo.

À partir de là, d’autres studios de jeux vidéo ont fait leur entrée dans le marché et commencé à produire du contenu qui serait vendu partout dans le monde, selon GameCamp Edmonton, un groupe de défense de l’industrie du jeu vidéo, dans un rapport de 2015.

Plus récemment, la startup britannique du jeu vidéo Improbable a choisi d’ouvrir son premier bureau canadien à Edmonton, ajoutant ainsi un autre joueur à la liste des organisations de l’industrie déjà établies dans la ville. Cette entreprise de technologie du jeu est connue pour sa plateforme SpatialOS qui «rend possibles une itération rapide ainsi que la capacité de développer au-delà d’un serveur unique pour créer des jeux très innovants».

Le premier projet encore sans titre de l’entreprise est en cours de développement dans le nouveau studio d’Edmonton, lequel emploie déjà une cinquantaine de personnes en art, en conception de jeux, en programmation et en développement d’outils, selon le communiqué de presse de l’entreprise.

Le président et chef de la direction de l’ALD, Jayson Hilchie, affirme que des studios comme Improbable décident de s’installer à Edmonton en raison de ce qu’il qualifie d’une «entreprise phare» ayant pris racine dans une ville, en l’occurrence Edmonton. Dans le cas d’Edmonton, cette entreprise phare serait BioWare selon lui. «Ce que vous voyez dans le cas d’une entreprise phare, un mammouth qui s’installe, tout le monde passe à son emploi. Par la suite, à un certain moment donné, après avoir acquis de précieuses compétences, ces travailleurs sont mutés à d’autres organisations ou encore d’autres décident de se lancer en affaires. C’est ce qui crée l’effet de grappe, explique Hilchie. Je pense que c’est un volet très important du fonctionnement d’une industrie. À la suite de l’annonce d’Improbable, on voit déjà l’effet de grappe prendre forme à Edmonton.»

Hilchie précise qu’Edmonton figure maintenant au quatrième rang, ex aequo avec Winnipeg, de la liste des villes qui comptent le plus grand nombre d’entreprises de jeu vidéo. Edmonton et Winnipeg se retrouvent tout juste derrière des villes comme Toronto, Montréal et Vancouver, qui abritent des industries beaucoup plus grandes, ajoute-t-il.

Plusieurs ont accueilli la croissance de l’industrie du jeu vidéo dans la capitale albertaine par des entreprises de diverses tailles répertoriées dans la ville. «De mon point de vue, il y a à la fois de grands joueurs comme BioWare et de plus petits studios comme BeamDog. C’est vraiment à l’avantage de notre province et de notre ville, car ça contribue à accroître notre production intellectuelle», affirme Vadim Bulitko, professeur au Département des sciences informatiques de l’Université de l’Alberta.

Selon le rapport sur l’industrie albertaine du développement de jeux vidéo, on dénombrait 28 studios dans la province en 2015, dont 24 situés dans la région d’Edmonton. Trent Oster, PDG du studio BeamDog d’Edmonton et anciennement avec BioWare, affirme que le marché du jeu vidéo d’Edmonton continue de croître à mesure que l’ensemble de l’industrie du jeu vidéo devient plus concurrentielle.

L’aspect abordable d’exploiter une entreprise de jeu vidéo à Edmonton par rapport à de plus grands centres urbains au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique a aussi contribué à rendre le marché d’Edmonton plus attrayant. Selon une analyse menée par Nordicity sur l’industrie du jeu vidéo, en 2017, le coût d’exploitation d’une entreprise, par équivalent temps plein, peut être 24% moins élevé en moyenne à l’extérieur de grands centres de développement comme Toronto, Montréal et Vancouver.

La croissance enregistrée par l’industrie de la production de jeux vidéo d’Edmonton est le reflet d’une tendance nationale. En 2017, plus de 40 000 personnes étaient employées à temps plein par l’industrie du jeu vidéo, en hausse de 11% par rapport à 2015, selon le même rapport de Nordicity. Une telle croissance a attiré l’attention des gouvernements fédéral et provinciaux. En 2017, les entreprises de jeu vidéo ont apporté une contribution de deux milliards de dollars au PIB du Canada, toujours selon le rapport de Nordicity.

Pour faciliter l’incubation de cette croissance soutenue, le gouvernement provincial de l’Alberta a mis en place le crédit d’impôt pour les médias numériques interactifs en 2018. Des entreprises peuvent obtenir un crédit d’impôt de 25% des salaires et des primes versés à leurs employés. C’est un taux de rendement ayant contribué à rendre l’Alberta attrayante aux leaders de l’industrie du jeu vidéo et à mettre la province de l’Ouest à égalité avec d’autres provinces à cet égard. Dans la province voisine de la Colombie-Britannique, un crédit de 17,5% est offert aux entreprises. Par conséquent, depuis l’annonce du crédit d’impôt par l’Alberta, la Colombie-Britannique est moins attrayante aux entreprises selon DigiBC.

Hilchie précise que le crédit d’impôt récemment annoncé par l’Alberta a contribué à créer un «élan» dans la ville jadis surnommée la ville des champions. «Je ne pense pas qu’on a vu une impulsion en Alberta de l’ampleur de celle que nous observons depuis maintenant six mois, et je pense que le crédit d’impôt y est pour beaucoup», affirme-t-il.

Travailler en collaboration avec des universités pour tirer parti du talent émergent

Le bassin de talents d’Edmonton a aussi contribué à rendre la ville plus attrayante aux yeux des développeurs créatifs. Oster précise que des entreprises comme BeamDog travaillent en étroite collaboration avec plusieurs écoles d’Edmonton et d’ailleurs en Alberta dans l’optique d’embaucher la prochaine génération de développeurs de jeux, d’illustrateurs et d’autres travailleurs essentiels. Il ajoute qu’Edmonton est un excellent endroit permettant aux étudiants de parfaire leurs compétences par rapport à de plus grands marchés comme Toronto ou San Francisco. «Il y a plus d’occasions qui s’offrent aux jeunes talents de travailler sur des jeux [à Edmonton]», affirme Oster.

La demande de l’industrie a maintenant des bienfaits jusqu’au niveau postsecondaire. À l’Université de l’Alberta, à Edmonton, on ne dénombrait initialement qu’un seul cours en lien avec l’industrie du jeu vidéo. Ce cours a depuis évolué pour devenir un programme de certificat, en plus d’un baccalauréat aux étudiants qui cherchent à parfaire leurs compétences en développement de jeux vidéo.

Selon Butliko, cela a contribué à renforcer les relations entre étudiants et leaders de l’industrie. Il invoque l’exemple des stages effectués en studio. Le professeur travaille également avec BioWare pour aider des étudiants à créer leurs propres jeux vidéo dans le cadre d’un cours donné. Les étudiants inscrits ont la possibilité de consulter des experts sur d’importants aspects comme la programmation et la promotion de leur jeu. Aussi, des étudiants qui fréquentent l’Université de l’Alberta ont la possibilité de visiter le studio de BioWare et d’assister à des présentations d’anciens étudiants qui aujourd’hui travaillent pour le grand studio. «Sans eux, je ne pense pas que le programme aurait le même impact. Nous pouvons parler des choses en termes académiques, mais une telle exposition [à la réalité] contribue vraiment à équilibrer la discussion académique», dit Bulitko.

Pour sa part, Oster affirme que le fait de travailler avec des établissements d’enseignement comme l’Université de l’Alberta et l’Edmonton Digital Arts College pour recruter des talents à Edmonton bénéficie à des entreprises comme la sienne. Heureusement, dit Oster, la concurrence entre les entreprises lorsque vient le temps d’embaucher est moins intense en Alberta que dans nombre de villes nord-américaines. «Il y a moins de concurrence pour recruter au sein du bassin local de talents», ajoute-t-il. Selon lui, BeamDog et d’autres joueurs sont à la recherche de la prochaine génération de programmeurs et de concepteurs locaux parce que les travailleurs qu’ils embauchent sont prêts à rester au sein de l’entreprise en raison d’un coût de vie moins élevé, de liens familiaux et d’autres facteurs.

Hilchie affirme que le Canada attire globalement beaucoup de talents internationaux en raison des jeux développés et produits par des entreprises comme BioWare et la vancouvéroise Electronic Arts. «Une fois que les travailleurs s’installent au Canada, ils veulent souvent y rester en raison du mode de vie que leur offre le pays. C’est un des principaux attraits du Canada», dit-il.

À la lumière du récent ajout d’Improbable et du relativement nouveau crédit d’impôt offert aux entreprises, des experts soutiennent que l’Alberta en général et Edmonton en particulier ont la possibilité de prospérer dans l’industrie du jeu vidéo. «Au fil des ans, des entreprises de jeu vidéo ont grandi de peine et de misère en Alberta et à Edmonton. Le boom pétrolier a haussé les coûts de la main-d’œuvre et de l’immobilier, et l’absence d’incitation fiscale gouvernementale a certainement créé un environnement de coûts plus élevés à Edmonton et dans le reste de l’Alberta», affirme Hilchie.

Mais ce n’est plus le cas selon le président de l’ALD. «Aujourd’hui, en Alberta, vous avez un gouvernement qui perçoit l’évolution de l’économie et qui a décidé de tenter de diversifier cette économie. Le crédit d’impôt, mis en œuvre il y a maintenant environ un an, crée l’élan nécessaire pour des entreprises comme BioWare d’investir dans des projets à long terme et pour des studios comme Improbable de voir le jour. Nous observons une impulsion qui n’était pas aussi évidente dans le passé.»

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Stéphanie Dubois
Stephanie Dubois est une journaliste et rédactrice comptant près de deux décennies d'expérience dans les médias. Elle est actuellement journaliste et productrice associée à CBC News Edmonton. Son expérience de journaliste inclut CTV News, Metro News Canada, Pages Jaunes et diverses autres publications imprimées et en ligne. Elle fait également du bénévolat à titre de coordonnatrice des médias sociaux pour la branche de Crohn et Colite Canada située en Alberta et dans les Territoires du Nord-Ouest.

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