L’International Buyers’ Coalition : une solution de rechange aux géants du streaming

Quelles sont les meilleures options qui s’offrent aux producteurs qui cherchent à vendre ou à distribuer un film ou une série télévisée? Un consortium d’acheteurs de documentaires s’attaque à Netflix, Amazon Prime Video et d’autres géants de la diffusion en continu en offrant notamment la possibilité de conserver les droits et une réserve de propriété. 

Les câbles d’antan ont été remplacés par des clés et des boîtes permettant la diffusion en continu. La plupart d’entre nous savent ce que cela laisse entendre pour les téléspectateurs, mais qu’en est-il des producteurs?

À mesure que les fournisseurs de télévision par contournement (TPC) développent leur clientèle partout dans le monde, des milliards sont investis en acquisition de contenus. Pour 2018, Amazon Prime Video y affecte une enveloppe de 5 milliards de dollars, tandis que Netflix a budgété 8 milliards de dollars pour la création de nouvelles émissions et l’octroi de licences. Et c’est sans mentionner les 500 millions de dollars que Netflix s’est engagée à verser sur 5 ans pour financer des productions au nord du 49e parallèle.

Aussi, selon une récente étude, on estime que, d’ici 2 ans, près de 11 millions de ménages canadiens seront abonnés à des services de diffusion en continu comme ceux de Netflix et d’Amazon Prime Video. Par conséquent, la TPC deviendra un choix plus populaire que la télévision traditionnelle pour la première fois.

Un contrepoids aux géants de la diffusion en continu?

Sans surprise, la question qui vient d’emblée à l’esprit de nombreux producteurs est à savoir si la conclusion d’une entente avec un des géants de la diffusion en continu est la chose à faire dans ce qui est en train de devenir un monde post-diffusion. Les budgets sont considérables, la portée est mondiale et la base d’abonnés ne fera que gagner en ampleur au fil du temps. Cependant, il y a bien sûr des compromis à faire, dont le plus lourd de conséquences est souvent l’obligation de céder les droits de propriété.

Entre sur scène l’International Buyers’ Coalition, un consortium d’acheteurs mondiaux de documentaires qui a vu le jour à l’édition 2016 du Festival du film de Sundance où il a fait sa première acquisition, Hooligan Sparrow. La coalition est formée notamment de la vitrine au documentaire Independent Lens de PBS, de la série Storyville de BBC, de VPRO (Pays-Bas), de DBS/YesDocu (Israël), de DR (Danemark), de NRK (Norvège), de RTE (Irlande), de Telefónica (Espagne), de VRT (Belgique) et de SVT (Suède).

Cette initiative s’inscrit dans un mouvement mondial visant à établir des alliances stratégiques entre des médias traditionnels pour faire contrepoids à des géants comme Netflix et Amazon. De récents exemples incluent l’European Media Alliance ainsi que le partenariat entre France Télévisions, la RAI et la ZDF « qui vise à financer des séries télévisées innovantes, de qualité et de plus grande envergure destinées à des téléspectateurs en Europe et partout ailleurs sur la planète ».

Ayant récemment pris la parole au festival Hot Docs, Annie Roney de Ro*co Films, une des forces vives ayant mené à la création de l’International Buyers’ Coalition, a avoué que, malgré la mise en commun des budgets de plusieurs joueurs, il était peu probable que la coalition puisse égaler les incitatifs financiers proposés par les principaux fournisseurs de services de TPC.

Alors, pourquoi essayer? Le groupe des David peut-il réellement affronter les Goliath de la diffusion en continu?

Les avantages de travailler avec des diffuseurs publics

Mandy Chang, rédactrice responsable des commandes de Storyville pour la BBC et membre de la coalition, perçoit le groupe comme l’incarnation de l’esprit de la radiodiffusion de service public : des personnes et des organisations centrées sur un objectif commun de raconter des histoires importantes et de diffuser ces histoires au plus grand nombre de personnes possible.

Lois Vossen (Independent Lens de PBS), aussi membre de la coalition, a mentionné qu’elle avait été personnellement témoin des frustrations de cinéastes croyant en l’importance d’avoir accès à une fenêtre de diffusion pour leurs documentaires, habituellement dans des médias publics. Toutefois, les modalités imposées par Netflix dans ses ententes rendaient de telles diffusions impossibles.

Donc, la coalition comble un vide pour les producteurs de documentaires, où la concurrence aux grandes plateformes de diffusion en continu se livre sur la base de modalités d’entente plutôt que de montants en dollars.

Parmi les avantages de travailler avec la coalition, notons un guichet unique pour les ententes multirégionales, la conservation de droits et la réserve de propriété, le soutien au marketing et à la publicité sur le terrain, l’aide au doublage/sous-titrage, les données sur l’impact en ligne et hors ligne d’un film et enfin le fait de collaborer avec un véritable partenaire passionné par les documentaires.

« Nous nous percevons comme des solutionneurs de problèmes », a affirmé Roney, qui s’occupait antérieurement de la distribution internationale des séries documentaires acclamées Frontline et Nova.

Forger des relations tissées serrées au sein de la communauté internationale des diffuseurs

Une récente acquisition faite par l’International Buyers’ Coalition est The Fourth Estate, une série en quatre parties qui documente une année de couverture par le New York Times des 18 premiers mois de la présidence de Donald Trump.

The Fourth Estate a été présentée en clôture cette année au Festival du film de Tribeca et sera diffusée sur les ondes de Showtime aux États-Unis, de la BBC au Royaume-Uni et de RTE en Irlande. Une version différente de la série a été produite pour le diffuseur national de l’Irlande.

Cette version tient davantage compte du niveau de connaissances des téléspectateurs irlandais. Selon Mandy Chung de la BBC, « cette forme de collaboration est très rare de nos jours », prenant soin d’ajouter que c’est ce qui permet aux médias publics de se démarquer dans un monde où à peine quelques plateformes de diffusion en continu dictent de nouvelles règles et imposent de nouvelles normes.

« Si la priorité absolue d’un cinéaste est de gagner de l’argent et qu’une offre Netflix Original est sur la table, une offre de la coalition ne fera pas le poids, selon Annie Roney. Cependant, si un cinéaste s’intéresse aussi à l’impact d’un film et au développement de relations au sein de la communauté internationale des diffuseurs, une offre de la coalition peut alors s’avérer concurrentielle. »

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