Les miracles de Pamplemousse Média

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Image gracieuseté Pamplemousse Média/Attraction

Comme si l’émission En direct de l’univers – Spécial Fête des mères n’était pas déjà un défi titanesque à relever en pleine pandémie, la boîte de production Pamplemousse Média, dirigée par France Beaudoin, travaille d’arrache-pied depuis des semaines pour offrir un Bal Mammouth aux finissants de cinquième secondaire, le 19 juin prochain. 

Ces deux grandes émissions sont nées d’un désir d’offre un peu d’espoir. «J’aime l’expression « il faut remonter sur son bicycle », dit l’animatrice et productrice. On sait que ce ne sera pas pareil et que ce ne sera pas aussi performant, mais on doit trouver comment faire les choses autrement. Être dans l’action, c’est guérisseur. En direct de l’univers, ce n’était pas seulement une émission, mais ce dont le monde avait besoin.»

Dès la fin des tournages réguliers de la célèbre émission du samedi soir, elle avait souligné à Radio-Canada que son équipe était disposée à faire des projets spéciaux. «Si j’avais eu à former une équipe à partir de zéro, avec une émission de 90 minutes en direct à livrer dans dix jours, je n’aurais pas évalué le mandat de la même façon, explique-t-elle. Notre dynamique d’équipe est tellement rodée: c’est comme un tapis roulant d’idées qui se transmettent vers la mise en scène, le chef musical, l’équipe technique, etc.»

Réussir un miracle à la télé

Même si Pamplemousse Média promeut le télétravail depuis bientôt huit ans, on a sous-estimé les effets de la distance sur la collaboration . «On est habitué de travailler à la maison, mais en ayant quand même deux solides rencontres en personne par semaine. Cette fois, il n’y avait plus de moments pendant lesquels on était assis les uns aux côtés des autres, à écouter les communications d’une personne au téléphone ou à transmettre une information au passage, illustre France Beaudoin. Il a fallu développer une cellule de création avec une chaîne de commandement pour faire un suivi de la patente. Notre réussite reposait sur la confiance que nous avons entre nous. Heureusement que tout le monde connaissait les forces de chacun.»

Malgré les inquiétudes liées au virus, les artistes n’ont pas été difficiles à convaincre. «Personne ne nous a dit « j’ai peur, j’y vais pas ». Ça fait onze ans qu’on travaille avec ce monde-là. Ils ont confiance en nous. Ils nous ont vus aller en onde dans toutes sortes circonstances. Ils sentent la bienveillance de notre équipe.»

Protocole costaud

L’équipe a instauré de nombreuses mesures pour assurer la sécurité : les artistes avaient tous des loges séparées, le public a été remplacé par une deuxième scène, des morceaux de plexiglas ont été installés entre les choristes et les employés en régie, les artistes se maquillaient et se coiffaient eux-mêmes. Tous les intervenants devaient suivre des flèches au sol pour se rendre d’une zone à l’autre. Des masques et des visières étaient offerts. Une firme professionnelle a désinfecté les studios entre les journées de répétitions. Et les éclairages n’avaient pas la qualité habituelle, puisque les réglages auraient requis une trop grande proximité entre les techniciens.

Les solutions fusaient de toutes parts, mais la peur de l’échec les a tout de même rattrapés. «Quatre jours avant la diffusion, mon téléphone s’est mis à sonner pour me dire que c’était trop costaud. Plusieurs collègues me demandaient si j’étais sûre que ça fonctionnerait. Je ne pouvais pas tant répondre…»

L’émotion au rendez-vous

Les craintes se sont dissipées lorsque la magie s’est invitée dans l’aventure. «J’ai vu certains artistes et artisans mettre les deux pieds sur scène et devenir super émus. Quand ils ont commencé à chanter ensemble, tout le monde a eu les yeux pleins d’eau, raconte la productrice. On comprenait que ça se pouvait encore. La chaleur humaine pouvait passer malgré la distanciation physique.»

France Beaudoin se sent donc rassurée pour la suite des choses. «Dieu merci, on l’a fait une fois pour démontrer qu’on était capable de travailler de façon sanitaire. Oui, ça coûte plus cher. Mais, les dépenses supplémentaires pour l’émission spéciale vont s’amortir sur une année. C’est un investissement rentable, assure-t-elle. Présentement, on booke facilement pour le Bal Mammouth et pour l’automne.»

Bal Mammouth

Pamplemousse Média avait aussi informé Télé-Québec qu’elle était prête à créer une émission pour les jeunes, si le reste de l’année scolaire était annulée. D’abord destiné au web, le Bal Mammouth sera diffusé à la télévision. «On a questionné les jeunes sur les médias sociaux pour comprendre ce qu’ils vivent, leur perception du bal des finissants et ce qui s’en vient pour eux, explique France Beaudoin. Tout au long de l’émission, on les invite à se brancher sur les médias sociaux par groupes ou par cohortes. Avant et après le bal, les animateurs, Sarah-Jeanne Labrosse et Pierre-Luc Funk, vont intervenir avec eux en direct.»

Contrairement à En direct de l’univers, le Bal Mammouth n’a pas été tourné en direct dans un grand studio. «On amène le Web au petit écran dans un format pré-enregistré, avec une équipe technique réduite. Cela dit, on doit faire attention dans les tournages pour que les intervenants, qui sont toujours à deux mètres, aient réellement l’air de maintenir la bonne distance. Selon l’angle de prise de vue, ça peut porter à confusion.»

Ne pas espérer des prouesses techniques

Évidemment, les tournages sont plus longs qu’avant. Personne ne peut se déplacer dans le même véhicule. Les explications aux intervenants sont plus longues. Rares sont les tournages avec trois caméras, ce qui oblige à reprendre plusieurs séquences pour obtenir des angles différents. Le montage exige plus de temps. «Dans tout ça, il faut se rebrancher sur l’essentiel. On se connecte sur les demandes des jeunes, pas sur des prouesses techniques. On leur offre un événement de passage, une occasion de se rassembler. Il ne faut pas viser la normalité d’avant, mais ce qu’on peut faire maintenant et s’en réjouir.»

Tous les apprentissages des dernières semaines serviront également au reste de l’industrie télévisuelle québécoise. D’ailleurs, dès que France Beaudoin est sortie du plateau d’En direct de l’univers, son cellulaire débordait. «J’ai reçu des milliers de messages de gens du milieu qui voulaient savoir ce qui avait fonctionné ou non, comment reproduire ceci ou cela. J’ai répondu à tout le monde sans retenue. Il faut mettre nos idées en commun, conclut-elle. On n’est pas dans une période de compétition. Ultimement, on ne devrait pas l’être non plus. La compétition vient d’ailleurs. On ne doit pas se mordre entre nous…»

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