Monétisation des contenus: le navigateur Brave, une solution?

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Si Internet a fondamentalement ébranlé la monétisation des contenus, la blockchain fait poindre à l’horizon une lueur d’espoir pour les contenus sous droit d’auteur. Et cette lumière au bout du tunnel n’est pas tant associée à la monétisation du contenu lui-même, mais d’emblé à celle de l’attention de son consommateur. La clé, ici: le navigateur Brave. Coup d’oeil. 

On remarque à ce jour de nouveaux modèles novateurs qui ne pourraient exister sans les technologies de registres distribués (ou Distributed Ledger Technologies, DTL). De cette technologie révolutionnaire émane de nouvelles possibilités de modèles d’affaires; des modèles qui ne feraient aucun sens dans un monde centralisé traditionnel.

Être payé pour regarder de la pub?

Imaginons un instant un modèle où vous pourriez être payé à regarder de la pub. Loufoque? À priori, cela sort carrément de l’entendement. Mais avec la blockchain et les nano-transactions pair-à-pair qu’elle permet, cette idée devient possible. C’est précisément ce que le navigateur Brave fait; il se sert de la blockchain et de la cryptomonnaie pour changer les paradigmes du modèle publicitaire prédominant sur Internet, dont plus de 80% du marché appartenait déjà à Google et Facebook en 2016, selon Infopresse.

Le navigateur Brave a été imaginé en 2016 par Brendan Eich, créateur du langage de programmation JavaScript et co-fondateur de Mozilla. Brave se fonde sur Chromium, la plateforme open source sur laquelle repose le très populaire navigateur Chrome. En d’autres termes, Brave est une copie consentie de Chrome, à l’exception près qu’il enraye la publicité et les traqueurs qui espionnent le comportement de l’utilisateur. Brave est particulièrement moins énergivore, moins «datavore» et, conséquemment, plus rapide que Chrome pour ces raisons.

La publicité étant totalement supprimée avec Brave, son utilisateur peut accepter («opt-in») ou refuser de voir diverses publicités proposées par la régie publicitaire de Brave. Et s’il accepte, il reçoit une rémunération: le «Basic Attention Token» (BAT). Cette cryptomonnaie est versée à l’utilisateur à chaque fois qu’il accepte de voir une publicité suggérée. C’est ainsi que l’utilisateur accumule des BAT dans son portefeuille.

Et lorsque l’utilisateur a envie d’offrir un pourboire à un créateur de contenu sur le Web (appelons-le «le publicateur», pour le différencier de «l’éditeur») [NDLR: Notez que l’auteur utilise le terme «publicateur» à dessein de représenter autant le créateur qui s’auto-publie que celui est publié par un intermédiaire de publication, nommément «l’éditeur».], il peut lui envoyer directement quelques BAT à partir de son portefeuille, sans passer par un intermédiaire bancaire. Pour que le publicateur puisse recevoir cette valeur, il doit s’inscrire comme publicateur.

En parallèle, Brave analyse localement et anonymement l’attention de l’utilisateur pendant sa navigation, alors qu’aucune donnée sur l’utilisateur n’est envoyée à une entité centrale. C’est aussi grâce à cette analyse comportementale que l’utilisateur peut programmer un montant mensuel récurrent qui sera automatiquement attribué à tous les publicateurs de contenus qu’il consomme, au prorata de l’attention générée.

Navigateur Brave: un modèle en ascension foudroyante

Selon le fondateur de Brave, le navigateur aurait à ce jour été téléchargé plus de 12 millions de fois. Plus de quatre millions d’internautes l’utilisent quotidiennement. De plus, selon le site Batgrowth, près de 465 000 publicateurs de contenus ont activé la bannière de pourboire sur leur site. Parmi ces publicateurs, on compte 275 000 YouTubers, 46 000 sites Internet, 53 500 comptes Twitter et 35 500 diffuseurs sur Twitch. On remarque notamment la présence de Wikipedia, The Washington Post, The Guardian, Vice, Cheddar et Vimeo.

On estime qu’environ 66 millions $US ont été échangés depuis 2016 grâce à ce système, ce qui est encore peu dans un marché mondial de plus de 330 milliards $US pour la publicité en ligne. Tandis que le taux de clic de Brave oscille entre 14 et 19%, des annonceurs comme Intel, Pizza Hut et Vice commencent à percevoir l’importance de rayonner aussi dans cet univers dont le rendement est 8,6 fois supérieur à celui de Google AdWord (1.91% pour les résultats de recherche commandités).

Désormais, les créateurs de contenus auto-publiés utilisant des plateformes GitHub, Twitter, Reddit, Vimeo, Twitch, Youtube, Unsplash et Soundcloud peuvent recevoir des pourboires provenant des consommateurs de leurs contenus. Brave a de plus récemment annoncé que le champs d’action de Brave s’étendra dorénavant à plus de 250 000 marques, marchands et causes liées au réseau fidélisation par récompenses TAP Network, ce qui inclut entre autres Hotels.com, Uber, Amazon, Netflix, Apple, Walmart, HBO et la Croix-Rouge.

Avec Brave, on bascule donc dans un univers sans publicité, où tous les contenus sont d’entrée de jeu gratuits ― un écosystème où l’utilisateur est récompensé pour voir de la publicité et où il peut récompenser à son tour le travail de ceux qui créent et publient le contenu qui le captive. C’est un univers fondé sur la confiance mutuelle, où les transactions sont beaucoup moins coûteuses puisques désintermédiarisées et garanties par une confiance distribuée.

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Guillaume Déziel
Stratège derrière la légendaire mise en marché du groupe Misteur Valaire, Guillaume Déziel travaille aujourd’hui à la croisée des chemins entre les industries culturelles et le monde de la technologie, où il exploite notamment le potentiel disruptif de la blockchain. Depuis 2010, il est très impliqué dans les diverses réflexions politiques au sujet de enjeux du numérique sur notre culture. Il a en début de carrière œuvré dans le monde des médias et des télécommunications, notamment pour Radio-Canada, TVA et Bell Mobilité, où il a occupé le poste de directeur du développement des affaires, acquisition et distribution des contenus francophones. Professeur à l’école Musitechnic de Montréal, il enseigne à temps partiel l'actualisation Web et l’édition musicale.

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