Nouvelles écritures à SXSW 2014 : Moins de techno, plus d’émotions

Le volet interactif du festival South by Southwest (SXSW) 2014 réservait son lot de conférences sur le transmédia et les nouvelles écritures. La grande tendance qui s’en dégage est qu’il est temps de reconnecter la création Web avec le sensible, l’humain.

Simplicité : De l’interface, de l’interaction proposée à l’utilisateur, voire même, la fin du « transmédia » comme objet forcément complexe et multiplateforme.

Émotion : La sensation ressentie devant un objet Web – quel que soit le nom qu’on lui attribue – et donc, d’une certaine manière, la reconnaissance de cet objet comme une œuvre à part entière; le critère émotionnel devenant alors une donnée capable de faire sens lors de l’analyse de la réception d’un projet.

« SLOW MEDIA » : FORMAT COURT, SIMPLICITÉ ET RÉSONANCE

Depuis quelques mois, le paysage des nouvelles écritures a tendance à se resserrer autour de projets « simplifiés » : moins de plateformes, moins de couches d’interactivité, moins de contenus éparpillés. On n’a qu’à consulter le programme des présentations de projets narratifs de SXSW : des webséries, des formats courts documentaires (Op-Docs, diffusés sur le site du New York Times), une timeline Twitter accompagnant un long-métrage (Frank). Mais attention : simple ne veut pas dire simpliste!

La tendance n’est pas réservée aux nouvelles écritures; on parle d’un ralentissement – non pas récessif mais volontaire – dans le secteur des médias en général. Le « slow media » permet d’offrir une expérience « totale » à l’encontre du consumérisme et du zapping de la modernité.

À ce titre, lors d’une table ronde consacrée aux nouvelles formes de narration, le producteur Ted Hope a déclaré ceci : « It’s hard to find 90 minutes now. […] Think about 30 minutes experiences. »

L’HISTOIRE AVANT LA FORME

Une autre réflexion de Ted Hope (que vous pouvez lire sur son blogue), « Technology not required », fait écho à Mike Knowlton pour qui l’interface doit être transparente : « The best UI is one you’re not aware of ». Le même constat est également partagé par les deux membres du groupe The Goggles, Paul Shoebridge et Michael Simons : « Technology has to go away, story has to come up, and people will be committed ».

Pour eux, il s’agit de mener la « narration traditionnelle » vers de nouveaux territoires plutôt que d’inventer sans cesse de nouvelles formes. Ainsi, un de leurs prochains projets, Touch, sélectionné l’an dernier au Sundance Institute New Frontier Story Lab, évoquera non sans ironie la mort du papier à travers une application numérique. Tishna Molla parlait d’ailleurs déjà du projet sur ce blogue au sujet de l’avenir du secteur de l’édition traditionnelle.

On ne le dira sans doute jamais assez, mais tous les créateurs rencontrés à Austin sont formels : l’interactivité et l’interface doivent être adaptées au contenu du projet, à l’histoire racontée.

Dans le même ordre d’idées, Yoni Bloch, musicien et fondateur de la société israélienne Interludea déclaré pendant ceci sa présentation : « Storytelling is always a chase between form and content. » Yoni Bloch est le créateur du clip interactif de la chanson phare de Bob Dylan, Like a Rolling Stone; selon lui, le contenu en lui-même n’a pas encore évolué et c’est aux créateurs d’explorer le plus possible aujourd’hui les différentes possibilités et les nouveaux mécanismes de mise en récit.

«L’INTERACTIVITÉ N’EST PAS UN GENRE, C’EST PLUTÔT UN INGRÉDIENT»

Cette piqûre de rappel de Michel Reilhac est salutaire : il ne faut pas considérer le transmédia ou l’interactivité comme une fin en soi. C’est plutôt un moyen d’exprimer l’histoire qu’on souhaite raconter de la manière la plus juste et la plus émouvante possible.

Le choix de l’interactivité n’est ni un choix par défaut, ni le choix de la facilité. Plus encore que pour les médias linéaires déjà mis à rude épreuve, l’enjeu supérieur du Web est de rendre le contenu moins jetable dans une mer de milliards de contenus accessibles en ligne.

Casper Sonnen, fondateur du Doc Lab au sein de l’IDFA, va encore plus loin : « The internet is not just another TV pipe » était le préambule de son panorama consacré aux projets qu’il a accompagnés à Amsterdam.

L’écriture Web doit être radicalement différente des autres formes d’écriture. Elle peut être formatée, mais à la condition de se créer ses propres formats et de ne pas chercher à singer ceux des autres médias. De la manière qu’un épisode de série télévisée fait aujourd’hui 26 ou 52 minutes, un gazouillis doit faire moins de 140 caractères et une vidéo Vine, moins de 6 secondes.

L’immersion et l’inscription physique sont également des territoires à explorer selon Casper Sonnen : par exemple, l’intensité de l’expérience qu’offrent les casques de réalité virtuelle Oculus Rift – et nous n’en sommes encore qu’aux balbutiements de cette technologie – ainsi que la matérialisation des données, de plus en plus importantes, que nous laissons derrière nous. Ces « traces numériques » font ainsi l’objet de plusieurs projets artistiques, commeWe think alone de Miranda July. Dans le cadre de son projet, la cinéaste a collecté plusieurs courriels de personnalités avant de les renvoyer, sous forme de compilation thématique, semaine après semaine, dans les boîtes de réception des internautes préalablement inscrits.

Intensifier l’expérience proposée pour la rendre unique et singulière, voilà sans doute le moyen le plus adéquat de se démarquer dans un contexte particulièrement concurrentiel – et surtout quasiment infini. Les dernières technologies présentées lors de SXSW ne nous disent pas autre chose : il s’agit encore et toujours d’offrir au public un enrichissement de son quotidien, que ce soit par le biais d’une paire de Google Glasses ou d’une œuvre d’art.

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