Ouvrir la voie aux artistes avec le festival imagineNATIVE

Avec ce troisième et dernier portrait sur les entreprises canadiennes révolutionnant l’écosystème numérique par le biais de la réalité virtuelle, nous explorons les possibles de la narration avec le festival autochtone imagineNATIVE, mettant de l’avant les productions cinématographiques et de médias numériques de voix qui ne sont généralement pas entendues au-delà des sphères médiatiques traditionnelles. 

Au cours des deux dernières décennies, imagineNATIVE a connu une croissance considérable pour devenir une organisation internationale de premier plan dans l’industrie des écrans. Le festival a notamment contribué au changement de perception et transformé le paysage de cette industrie en multipliant les occasions de présenter des œuvres autochtones. Cela dit, les activités d’imagineNATIVE ne se limitent pas au festival annuel tenu sur cinq jours, soit du 17 au 21 octobre. Elles comprennent également plusieurs initiatives telles que des tournées et des présentations d’œuvres ainsi que des ateliers et des projets spéciaux sur toute l’année.

Depuis les débuts du festival, les médias numériques sont présents, et ce, même si imagineNATIVE n’a pas toujours eu les ressources ou la capacité de développer ce volet de sa programmation. Cependant, au cours des dernières années, vu la prolifération de technologies numériques et interactives plus accessibles (ex: matériel de RV/RA, téléphones intelligents, logiciels de développement de jeux et d’animation informatique), imagineNATIVE a enfin pu soutenir le développement et la présentation d’œuvres numériques.

Une perspective autochtone de la réalité virtuelle

2167 a été un grand projet de RV initié par imagineNATIVE. En collaboration avec le Festival international du film de Toronto (TIFF), Pinnguaq et l’Initiative for Indigenous Future, imagineNATIVE a demandé à quatre cinéastes et artistes autochtones de partager leur vision du Canada, dans un futur à 150 ans d’ici, à travers quatre expériences de réalité virtuelle. Jason Ryle, le directeur artistique et directeur général d’imagineNATIVE, amateur de science-fiction et de réalité alternative, a eu l’idée de 2167 au moment de réfléchir à ce que le festival ferait pour souligner le cent cinquantenaire du Canada. Conformément à sa mission, imagineNATIVE a choisi de proposer quelque chose autre qu’une célébration des 150 ans passés. Initialement, ce projet devait prendre la forme d’une série de courts métrages, mais lorsque Jason a fait l’essai du casque Cardboard de Google en 2014, celui-ci a eu une révélation: la RV représentait le médium parfait pour 2167.

“avec tout le potentiel de ce nouveau médium et ce qu’il pourrait devenir, il était primordial pour nous de s’assurer que les autochtones sont représentés.”

Trois des quatre œuvres de RV ont été présentées en première au TIFF Bell Lightbox en juin 2017 et l’ensemble ont été présentées à la 18e édition du festival imagineNATIVE. 2167 a aussi été présenté au Marché du film européen (EFM) du Festival de Berlin, en plus de faire l’objet d’un panel disponible gratuitement en ligne organisé à l’occasion du festival imagineNATIVE. Le succès du projet s’explique par le fait qu’il présente du contenu très différent (une collection d’expériences dystopiques en RV) et qu’additionnellement il représente du contenu autochtone original, avant-gardiste et conceptuel. 2167 fait aujourd’hui partie des présentations qu’imagineNATIVE propose en tournée au Canada, et ce douze mois par année.

Blueberry Pie Under The Martian Sky, Scott Benesiinaabandan

Vu l’intérêt et le potentiel grandissants de la RV, il était également important pour imagineNATIVE d’assurer la représentation de perspectives autochtones. Ce besoin est devenu d’autant plus criant étant donné que la RV convient particulièrement bien aux formes de narration non linéaires et non occidentales. La narration autochtone repose souvent sur des structures, des boucles et des fragments non conventionnels. L’art de la narration en réalité virtuelle offre un point de vue et un sens unique de l’endroit, de l’espace et de l’environnement comparable aux pratiques autochtones en matière de narration orale.

Numérique ou interactif?

Après des années de succès dans l’industrie cinématographique, il est évident que l’organisation aimerait opérer le même changement positif de perception dans les médias numériques et interactifs. C’est pourquoi la réalité virtuelle occupe de plus en plus de place au sein d’imagineNATIVE. En effet, le récent ajout de Meagan Byrne au poste de coordonnatrice des médias numériques et interactifs annonce le début d’une nouvelle ère dans la façon dont imagineNATIVE aborde les œuvres numériques créées par des artistes autochtones.

Ce changement a été amorcé par la réalisation qu’il existe deux types d’œuvres de RV: les expériences interactives (l’utilisateur a le contrôle) et les films 360 degrés (aucune action n’est requise), ce qui a fait en sorte qu’magineNATIVE a développé deux stratégies différentes pour soutenir et présenter chaque type de contenu. Étant donné qu’imagineNATIVE fournit ses services surtout à des cinéastes, la réalité virtuelle est utilisée principalement pour des films, bien qu’un nombre croissant de projets interactifs soient également pris en charge par imagineNATIVE. Il va sans dire que la RV demeure un terrain d’expérimentation, car la technologie n’a pas encore été adoptée par les masses dans le marché. Par conséquent, personne ne peut affirmer avec certitude qu’elle est ici pour de bon ou encore comment elle sera appelée à évoluer.

L’éthique de la RV

La production et la diffusion du contenu autochtone soulèvent une pléthore de questions, surtout lorsque ces considérations sont examinées sous la lentille de l’éthique de la réalité virtuelle. En tant que chef de file dans l’industrie des médias visuels, imagineNATIVE développe un cadre de référence appelé On Screen Protocols and Pathways (basé sur une initiative australienne existante) afin d’orienter les créateurs de contenu, producteurs et distributeurs autochtones et non autochtones dans le processus de narration de récits autochtones à l’écran. Bien que ce cadre s’applique à la télévision et au cinéma, les principes et les protocoles qu’il enchâsse peuvent être appliqués aux contenus numériques et interactifs d’ici à ce qu’un autre cadre ait été développé. Le cadre vise à susciter un changement générationnel à l’écran et un changement qui mettra fin à la perpétuation de stéréotypes négatifs. De plus, il contribuera à l’assurance que les permissions adéquates sont accordées pour utiliser des récits ou des lieux sacrés et pour éviter le détournement de cérémonies. Dans ce contexte, il est particulièrement important d’explorer les enjeux éthiques soulevés par la RV, compte tenu de l’effet de proximité et d’intimité qu’elle crée. imagineNATIVE s’engage à encourager le dialogue dans le secteur afin de favoriser des projets interculturels porteurs.

« Avec la réalité virtuelle utilisée en tant que supposée machine à empathie, l’éthique et les protocoles se doivent d’être clairs »

Certes, le chemin à parcourir est pavé de nombreuses autres considérations que le secteur de la RV devra aborder avec l’aide d’imagineNATIVE: accès et éducation, attribution et droit d’auteur ou archivage et conservation de médias numériques.

Perspectives d’avenir

Jason et Meagan ont confiance en l’avenir de l’industrie canadienne des médias visuels et le rôle de la création autochtone au sein de cette industrie. Comme il y a de plus en plus de personnes qui sont sensibilisées aux enjeux autochtones historiques et contemporains, le public est aujourd’hui plus susceptible de s’intéresser à des récits jadis marginalisés ou ignorés pendant trop longtemps. La RV est un excellent outil pour partager ces récits et ces expériences méditatives de même que pour construire des ponts entre les cultures. Cet intérêt se reflète dans la récente ouverture du Bureau des productions audiovisuelles autochtones du Canada, dont la mission est de couvrir l’ensemble des contenus médiatiques visuels, dont les médias numériques.

Après deux décennies de présentations d’œuvres autochtones dans le secteur des médias visuels, les archives d’imagineNATIVE ouvrent la porte à de nouvelles possibilités d’explorer et de contextualiser l’histoire cinématographique autochtone. Aujourd’hui, nous avons la possibilité de nous pencher sur le cinéma cri ou encore sur certains aspects du cinéma des Anishinaabe de façons qui étaient inimaginables au siècle dernier.

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