Rapport de surveillance des communications 2013 du CRTC – La nouvelle télévision (2 de 2)

Depuis ses débuts, l’univers de la télévision est en perpétuelle transformation. La différence aujourd’hui est que cette transformation s’accélère et suit le rythme des transformations technologiques.

Comme le souligne dans sa présentation au dernier MIPCOM le PDG de DreamWorks Animation, Jeffrey Katzenberg, les nouveaux médias ne remplacent jamais les anciens, mais ils leur ajoutent une couche qui enrichit l’expérience média dans son ensemble.

Les indicateurs présentés dans le Rapport de surveillance des communications du CRTC permettent d’éplucher chacune de ces couches qui enrichissent l’expérience télévisuelle contemporaine.

PREMIÈRES COUCHES

Au début, il y avait la télévision généraliste, diffusée gratuitement – sans toutefois être gratuite pour autant, car sa production est financée par des revenus publicitaires – « dans l’air » au-dessus d’un territoire donné.

Ensuite, une nouvelle couche s’est ajoutée à l’expérience. Au début des années 1980, la technologie de télédistribution a permis l’entrée de la télévision payante et de la télévision spécialisée dans le marché canadien. Cependant, soucieux de préserver la viabilité du système de radiodiffusion canadien, le CRTC a pris soin de contrôler cette entrée : cette nouvelle forme de télévision devait être complémentaire à la télévision généraliste et la programmation devait se limiter à un genre (nouvelles, sports, musique, etc.). Entre autres mesures de protection, les chaînes spécialisées ne devaient pas solliciter de publicité locale et leurs pauses commerciales étaient limitées à huit minutes par heure.

La popularité de la télévision spécialisée, sa rentabilité assurée par l’accès à une double source de financement et l’arrivée de la télédistribution numérique qui a permis d’ajouter une nouvelle couche de services, ont transformé le paysage télévisuel canadien. La fragmentation est devenue un terme à la mode dans le milieu, et la télévision conventionnelle a cessé de dominer le marché.

En 2006, on comptait 165 services canadiens de télévision payante, à la carte et spécialisée. En 2012, on en dénombrait 252 en plus de 232 services non canadiens. Cette très grande diversité de choix a permis d’enrichir l’expérience des téléspectateurs.

LA COUCHE INTERNET

On a abondamment discuté, sur ce blogue et ailleurs, de l’incidence de nouveaux services de télévision par contournement comme Netflix sur l’industrie de la télévision. Mais avant même l’arrivée de cette nouvelle couche (Netflix n’offre ses services au Canada que depuis 2010), Internet grugeait déjà des parts de marché à la télévision. Dans son rapport, le CRTC cite les chiffres du Bureau de la publicité interactive du Canada (IAB) pour rendre compte de la progression des revenus de la publicité en ligne au Canada, lesquels revenus sont passés de 562 millions de dollars en 2005 à 3 085 millions de dollars en 2012. Faut-il le rappeler, cette progression s’est faite au détriment des autres véhicules publicitaires, dont les revenus ont stagné ou diminué. La radio et les quotidiens ont été les premières victimes de ce phénomène qui rattrape maintenant la télévision : la publicité en ligne générera sous peu des recettes égales à celles générées par la publicité télédiffusée, comme en fait foi le graphique ci-dessous tiré du rapport d’IAB Canada. Comme le veut l’expression consacrée, il est utile de suivre la trace de l’argent pour déterminer les différentes couches qui s’ajoutent – ou s’ajouteront – à l’expérience télévisuelle.

Internet représente donc la nouvelle couche. Dans la première partie de cette analyse sur le rapport du CRTC, nous chiffrions la proportion de Canadiens qui ne regardent que la télévision en ligne à 4 %. L’OTM les classe au rang des « visionnaires qui savent déceler les technologies gagnantes ».

Ces consommateurs qui se contentent de la télévision en ligne ne sont peut-être pas tant visionnaires que beaucoup moins téléphages que la moyenne des consommateurs.

Toujours selon le rapport, les téléspectateurs sont encore au rendez-vous lorsqu’il est question des émissions diffusées dans le système réglementé : la moyenne nationale d’heures d’écoute par semaine demeure élevée et très stable. Elle est passée de 28 heures en 2009-2010 à 28,2 heures en 2011-2012.

Mais la foule est peut-être en train de commencer à voir la lumière. Voici deux indices, encore une fois tirés des extraits de l’OTM utilisés par le CRTC :

  • Plus de 20 % des Canadiens ont regardé des émissions de télévision par Internet au moyen de leur appareil portable ou mobile.
  • La moyenne hebdomadaire d’heures de visionnement de télévision sur Internet est passée d’un peu moins de deux heures en 2007 à trois heures en 2012.

LA DERNIÈRE COUCHE : LA MOBILITÉ

Dans son allocution au MIPCOM, Jeffrey Katzenberg rend hommage à la dernière couche qui s’est ajoutée récemment à l’expérience télévisuelle : la mobilité. La mobilité vient mettre fin à ce mal du 21e siècle, soit l’attente. Je l’ai mentionné dans un billet antérieur au sujet de la mesure multi-écran : « Alors qu’hier le visionnement de vidéo était une activité réservée aux périodes de loisir, avant ou après la journée de travail, il se fait maintenant par instants “volés” tout au long de la journée. »

En 2012, 81 % des Canadiens étaient abonnés à un service sans fil et, de ce nombre, 52 % utilisaient un téléphone intelligent, une tablette ou un autre appareil portable de technologie avancée. En 2008, au Canada, 10 % des Anglophones et 6 % des Francophones possédaient un téléphone intelligent, mais personne ne possédait une tablette, car cette technologie n’était pas encore accessible dans le marché. Quatre ans plus tard, 55 % des Anglophones possèdent un téléphone intelligent et 28 % possèdent une tablette. Parmi les Francophones, ces pourcentages s’établissent à 39 % et à 17 % respectivement.

L’expérience que vit le téléspectateur se transforme au fur et à mesure que la technologie lui donne accès à une nouvelle couche qui répond à ses attentes. Avec chaque nouvelle couche qui s’ajoute, l’expérience télévisuelle se raffine, devient de plus en plus complexe et permet au consommateur une mainmise plus forte sur son expérience.

Jeffrey Katzenberg a raison : les nouveaux médias ne font pas disparaître les anciens; les nouveaux médias s’ajoutent aux anciens. Le rapport du CRTC nous apprend que les ménages canadiens déboursent 185 $ par mois pour leurs services de communication (téléphone filaire et mobile, Internet et télédistribution), en hausse de 4 $ par rapport à l’année précédente. Au total, 81 % de ce montant est dépensé sur des services qui donnent accès aux médias : la téléphonie sans fil, Internet et la télédistribution.

Ce sont plutôt les secteurs qui n’auront pas pu s’approprier l’une des clés de ce nouveau pouvoir des consommateurs sur le contenu en vue de la monnayer qui seront condamnés à disparaître.

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