Savez-vous faire un bon brainstorming?

Crédit photo: Patrick Perkins, via Unsplash

Une équipe en cercle. Une personne devant avec un tableau. Une pile de post-its. Une longue liste d’idées. Voilà ce qu’on s’imagine être une séance classique de brainstorming. Cette méthode de créativité hautement productive est certainement la plus connue. Toutefois, elle est aussi devenue très banalisée, jusqu’à, trop souvent, être perçue comme le seul remède à tout blocage d’idées.

C’est ce qu’a observé une professeure en design numérique de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT). Lors du Forum Avantage numérique, qui s’est tenu à Rouyn-Noranda en mars dernier, Cathy Vézina a tenté de démystifier ce qu’est réellement un brainstorming et quelles sont les règles de l’art pour le rendre efficace.

Règle #1: Il n’y a pas que le brainstorming pour trouver des idées!

«Le brainstorming est un peu victime de son succès. On le voit encore comme la seule façon, ou la méthode miracle», se désole Mme Vézina. L’experte suggère donc de jumeler une ou plusieurs autres méthodes de création à une séance de brainstorming parce que, selon elle, le «brainstorming pur» est presque impossible. Elle pense entre autres aux techniques d’association d’idées, comme les fameux nuages de mots communément appelés « mind map». «C’est une bonne technique que je vais souvent utiliser en réchauffement, quand les gens ne sont pas super à l’aise pour casser la glace. On va partir avec un mot qui a un lien, ou pas du tout, avec le sujet et on va l’associer, sans réfléchir», explique-t-elle.

Outre les techniques d’association, elle propose aussi le jeu de la balle, au cours duquel les participants se lancent une balle et le receveur a le devoir d’ajouter une idée. À l’inverse, le groupe peut aussi opter pour la «purge», en répertoriant toutes les options qu’il ne veut pas. Ces exercices peuvent aider à débloquer la créativité après sa première séance de brainstorming, par exemple. La méthode des six chapeaux, les dessins, le «game storming» et le «Google storming» sont aussi à connaître pour amorcer ou relancer les échanges.

Règle #2: Des attentes réalistes

Choisir le brainstorming, combiné ou pas à d’autres méthodes de créativité, ne garantit en rien la trouvaille de solutions miraculeuses, prévient toutefois Mme Vézina. Mais, pour s’aider, il est impératif de fixer un objectif précis à sa séance et de déterminer le temps qu’elle durera. «J’ai souvent des étudiants qui me disent que ça fait 8 heures qu’ils cherchent des idées et ils n’ont rien trouvé.» C’est normal! Les bonnes séances de brainstorming durent généralement entre une et deux heures. Après, on s’arrête», suggère-t-elle.

Même avec un objectif et une durée de rencontre, il n’est pas toujours facile de créer en groupe. «Des recherches ont démontré qu’effectivement, le nombre d’idées produites va diminuer lorsque la taille du groupe augmente», a mentionné la professeure d’université. On observe régulièrement qu’une personne du groupe monopolise la parole, qu’une autre a tendance à faire rigoler les autres et que les fameuses «plantes vertes», comme les appelle Mme Vézina, sont là de corps, mais pas d’esprit et ne participent pas aux échanges.

Néanmoins, un brainstorming bien organisé pourra mener à des réflexions fructueuses, parce que la créativité en groupe crée un effet d’entraînement. «Les idées des uns alimentent les idées des autres. Quelqu’un se lance, explique son idée, et un autre décide d’y aller. Le pouvoir d’association est décuplé et les points de vue différents permettent de produire des idées originales, plus riches et variées», remarque Mme Vézina.

Et à la fin de sa séance de brainstorming, il ne faut pas s’attendre à avoir trouvé LA solution clé en main. Le travail se poursuivra au cours d’une étape ultérieure (voir règle #6) avant de choisir son meilleur scénario. Bref, le brainstorming n’est qu’une étape!

Règle #3: Une séance de brainstorming, ça ne s’improvise pas (planification)

«Parfois, les échanges s’arrêtent juste par un manque de connaissances. On veut faire un projet, mais on ne sait pas comment s’y prendre ou on ne connaît pas le sujet qu’on veut travailler», a observé Cathy Vézina, qui suggère au minimum une recherche avant de se pointer à une séance de brainstorming.

Ce conseil s’applique aux participants, mais aussi aux organisateurs des séances de création. Ceux-ci, en plus de maîtriser au minimum le sujet en question, doivent aussi veiller à sélectionner les participants, communiquer l’objectif de la rencontre et prévoir les méthodes de création à mettre en œuvre. Il est aussi recommandé que les membres du groupe sachent qui fera partie de la séance de brainstorming.

Règle #4: Réunir les conditions gagnantes

Dans la planification, un certain nombre de conditions gagnantes sont à réunir, notamment en ce qui concerne le nombre de personnes à sélectionner. «Si on est deux personnes, ça va s’arrêter assez rapidement. Si on est 8, 10 ou 12, ça peut devenir un peu n’importe quoi, parce que les gens vont commencer à discuter entre eux, au lieu de discuter à 12, par exemple», prévient Mme Vézina.

L’environnement où se déroule la séance de créativité jouera aussi un rôle considérable. Par exemple, échanger autour d’une table ronde favorisera un meilleur contact entre les participants. La présence d’une personne qui anime est aussi essentielle pour éviter les coupes de paroles, s’assurer que tous les points de vue sont exprimés et rappeler les objectifs de la rencontre.

Autre point essentiel: la prise de notes. Qu’elle se fasse sur un tableau noir, sur un tableau blanc, sur des post-its ou sur des feuilles a peu d’importance, mais l’idée est de garder toutes les traces des échanges, quitte à photographier son tableau à la fin de la séance, sans y avoir fait de tri.

Règle #5: Créer sans jugement

Aucun jugement critique. Pas de censure. Pas d’obstruction aux idées. La critique, c’est après! Pour respecter l’esprit même du brainstorming, tout ce qui est imaginé doit être accepté afin de trouver le plus de pistes possible. «On ne cherche pas tant la qualité, mais la quantité, indique Cathy Vézina. Une idée qui nous apparaît folle, saugrenue ou complètement à côté peut, au contraire, déclencher autre chose dans la pensée. Et il faut faire du “pouce” avec les idées des autres.»

C’est d’ailleurs dans cette optique que la spécialiste de la créativité se refuse d’utiliser le terme «remue-méninge» pour parler de brainstorming. «Le brainstorming n’est pas un remue-méninge, une tempête d’idées ou un brassage de cerveau. L’appellation “brainstorming” – qui vient des praticiens des années 1950 aux États-Unis –, ça ne vient pas du terme “tempête”. Ça vient du verbe “to storm”, qui veut dire “attaquer” ou “prendre d’assaut”. Donc, attaquer de toutes parts et de tous les côtés le cerveau d’un individu».

Règle #6: Le travail après la séance

«C’est souvent la période qu’on néglige», insiste Cathy Vézina. En fait, le brainstorming n’est qu’une étape. Après celle-ci, on se doit de prendre une pause, de réfléchir, afin de faire des liens avec les idées formulées. Simplement avec ce temps d’incubation, d’autres idées peuvent même émerger! Il est donc faux de croire que l’on sort d’un brainstorming avec sa solution finale. «Parfois, on trouve des solutions très bonnes, mais elles ne correspondent pas à notre objectif initial, alors il faut ajuster le tir», met en garde l’experte.

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