Star Citizen: l’avantage d’utiliser sa propre plateforme pour une campagne de financement participatif

Star Citizen marque une étape importante dans l’histoire récente du financement participatif en prolongeant une campagne bien au-delà de son objectif initial et en intégrant les principaux mécanismes du financement participatif dans la dynamique créative du projet proprement dit.

  • Type de production/projet : Média numérique (jeu vidéo pour PC) 
  • Période de financement : campagne ouverte depuis octobre 2012
  • Cible de financement : toute personne ayant un intérêt pour les jeux de simulation spatiale
  • Fonds amassés : 20 millions $US (dont 12,8 M$ depuis que Turbulent gère la plateforme de financement)
  • Nombre de contributeurs : 160 000
  • Contribution moyenne : 52,51 $US
  • Entreprises : Cloud Imperium Games et Turbulent

En l’espace de 12 mois (d’octobre 2012 à octobre 2013), ce projet de jeu de simulation spatiale a réussi à amasser 20 M$ et continue à amasser des fonds au rythme soutenu d’environ 2 000 $ chaque heure. À ce jour, c’est donc la campagne ayant amassé le plus de financement participatif sur la planète.

Le projet

Chris Roberts est le créateur responsable du succès de la série Wing Commander, une référence dans le domaine des jeux de simulation spatiale. En 2012, il annonce le lancement du projet Star Citizen, un jeu de simulation spatiale massivement multijoueur pour PC, dont le lancement est prévu en 2014 et qu’il souhaite faire financer entièrement par le grand public. Chris Roberts entend offrir aux donateurs l’accès aux contenus et aux modules de jeu au fur et à mesure qu’ils sont développés. Son objectif est triple : remercier les donateurs, les faire participer activement et nourrir leur passion pour le jeu en attendant son lancement officiel.

Les étapes de financement

Chris Roberts et son équipe de Cloud Imperium Games ne veulent pas de dépendre d’une plateforme classique, car ils jugent les frais exigés trop élevés. Cependant, son idée d’héberger sa propre solution sur le site du projet tourne court en raison d’incessants problèmes techniques. Chris Roberts et son équipe finissent donc par lancer une campagne sur Kickstarter en octobre 2012. L’objectif est d’amasser un montant de 500 000 $. En seulement un mois, 34 397 personnes se mobilisent et contribuent un montant total de 2 134 374 $ pour financer le projet.

La campagne est déjà un succès, mais Chris Roberts sent qu’il peut faire mieux en profitant de la dynamique entourant le projet. À nouveau, il voudrait rapatrier la gestion de la campagne sur son site. Cette fois, Behaviour Interactive, un grand studio de jeu montréalais qui travaille au développement de Star Citizen, lui recommande Turbulent, une maison de production multiplateforme elle aussi située à Montréal.

La plateforme

Depuis plusieurs années, Turbulent développe HEAP C3MS, une plateforme de gestion de contenus très poussée qui intègre des fonctionnalités avancées de gestion de contenu, de communauté et de commerce (les 3 « C »). C’est cet outil qui est utilisé pour la refonte du site Web du projet Star Citizen (www.robertsspaceindustries).

Le site représente la pierre angulaire de la campagne et du jeu à venir. L’équipe y présente aux donateurs-futurs joueurs une foule de renseignements et de détails sur le développement en cours, les vaisseaux, les créatures et les mondes créés, et ce, au fur et à mesure que les concepteurs les imaginent. Une partie de ces très nombreux contenus est réservée aux donateurs; la gestion des renseignements de chacun est donc cruciale et doit être extrêmement fluide. La gestion doit aussi être très souple afin de pouvoir être continuellement adaptée à l’évolution de la campagne : nouveaux vaisseaux, nouveaux bénéfices associés aux dons, etc.

Un des points forts de la plateforme de Turbulent est justement qu’elle permet à un donateur qui le souhaite de « convertir » son cadeau initial en argent virtuel pour se payer une nouvelle contrepartie lui plaisant davantage. Par le fait même, le donateur augmente souvent sa contribution au passage. Un donateur peut aussi faire cadeau à un ami d’un vaisseau et ainsi inciter celui-ci à s’intéresser au jeu. Cet ami peut aussi choisir de devenir un donateur à son tour.

Ce qui n’était au début qu’une « simple » commande de refonte du site Web du projet se transforme en partenariat à mesure que la plateforme de Turbulent est utilisée pour gérer de plus en plus d’aspects relatifs aux relations avec les donateurs. À un certain point, c’est la base de données utilisée pour la campagne de financement qui servira à gérer les données de compte des joueurs une fois le jeu lancé. La transition entre les promesses de la campagne et l’exécution des commandes, si périlleuse pour bien des projets à grand succès, devrait ainsi se faire sans heurt dans le cas de Star Citizen.

La recette du succès

À quel élément la campagne de financement participatif Star Citizen doit-il son succès sans précédent? À la notoriété de Chris Roberts ainsi qu’à la nature de son projet? À la plateforme de Turbulent? À l’approche « ouverte » de la campagne? Ou encore à son système de récompenses souple? Réponse : chacun de ces éléments a joué un rôle dans l’atteinte de l’ambitieux objectif de financement participatif.  

C’est la rencontre d’un projet dont le caractère ambitieux et innovant sort de l’ordinaire – bénéficiant qui plus est de l’aura d’un créateur reconnu et du soutien d’une importante communauté de partisans – et d’une plateforme extrêmement souple qui explique ce succès phénoménal. Chris Roberts et son équipe auraient éprouvé de grandes difficultés à gérer le nombre massif de donateurs (plus de 230 000 personnes) et le complexe système de dons flexibles n’eut été des capacités de gestion de la plateforme proposée par Turbulent.

Est-ce à dire qu’une telle plateforme permettrait à tout projet de connaître le même succès? Sans doute pas, puisqu’à sa base, ce projet exceptionnel était porté par une personne ayant une réelle crédibilité dans son domaine. La plateforme seule – sans l’élan suscité par la campagne initiale sur Kickstarter et sans la capacité des créateurs du projet à diriger l’attention sur le projet par un flux continu de nouveautés et d’information – aurait pu ne s’avérer qu’une coquille vide.

Cependant, il est certain que plusieurs enseignements sur la façon de nourrir et de gérer une campagne pourront être tirés tant par les porteurs de projets que par les plateformes de financement participatif elles-mêmes. L’intégration plus poussée de la plateforme de financement à même celle du projet représente une évolution logique du financement participatif et deviendra sans doute un paramètre de plus en plus important dont les porteurs de projets futurs devront tenir compte.

Cette intégration et cette spécialisation plus poussées des outils et des plateformes de financement participatif est signe de l’évolution de cette sphère d’activités – évolution qui devrait aller en s’accentuant. Le nombre de plateformes continue d’augmenter dans le monde, mais celles-ci sont de plus en plus nombreuses à se positionner dans des niches sectorielles et géographiques. On pourrait également voir de plus en plus de cas de plateformes offrant des services de type « marque blanche » (white label), c’est-à-dire que les plateformes elles-mêmes s’effacent pour laisser toute la visibilité au projet. À cet égard, Star Citizen représente possiblement l’exemple le plus abouti à ce jour.

Merci à Marc Beaudet et Benoît Beauséjour de Turbulent d’avoir accepté de répondre à nos questions.

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