TENDANCES 2012: TV connectée: évolution (et non révolution)

Sans contredit, les services par contournement (Over-the-top/OTT services) ont monopolisé l’attention de l’industrie de la radiodiffusion au Canada en 2011.   Le CRTC a mené (et continuera de monitorer le phénomène) une série de consultations auprès de l’industrie pour comprendre les implications éventuelles de l’arrivée des joueurs tels que Netflix dans le paysage de la production de contenus canadiens. Les services par contournement (OTT) n’étant pas soumis aux mêmes règles qui régissent les câblodistributeurs et entreprises de distribution par satellite canadiens, plusieurs ont revendiqué le nivellement des règles du jeu en réclamant notamment plus de flexibilité (en quotas de contenu canadien) et de déréglementation. Pendant que la plupart d’entre nous focalisaient leur attention sur le très médiatique sujet des services par contournement, d’autres développements marquants dans l’univers de la télévision se poursuivaient ici, comme ailleurs.   Si les câblodistributeurs craignent que de nouveaux opérateurs ou diffuseurs de contenus entrent dans les salons des ménages, les manufacturiers d’appareils télévisuels – eux- craignent plutôt que le téléviseur en sorte! Les SONY, Panasonic, Samsung et LG sont fortement mises au défi par les modifications dans les habitudes de consommation médias et la vélocité des entreprises technologiques.  Leurs ambitions sont claires: à travers la TV connectée,  ces manufacturiers espèrent centraliser les usages, regagner la place de choix au coeur des activités médias d’un foyer et investir le secteur de l’édition pour se rapprocher du télénaute. Faire partie du club des terminaux connectés au Web n’est cependant pas une panacée pour une industrie bâtie sur des modèles de distribution fermés.   Non seulement les diffuseurs tiers (comme les fameux services OTT) trouveront un support supplémentaire pour livrer leurs contenus, mais le télédiffuseur devra de plus concurrencer avec les éditeurs de jeux, les éditeurs d’applications et l’ensemble des éditeurs Web  – notamment ceux spécialisés en vidéo en-ligne tels Youtube, DailyMotion et autres – capables d’alimenter eux aussi l’offre télévisuelle.   Bref, l’enjeu pour contrôler le signal et l’intermédiation entre contenus et utilisateurs est devenu crucial au point où un groupe d’importantes chaînes françaises ont pris les devants à la fin de 2010 en signant une charte pour contrôler notamment l’affichage de tierce parties en surimpression sur leurs programmes. Alors?   Faut-il prévoir qu’en 2012 les TV connectées créeront un tsunami de compétition pour l’offre de contenus dans l’écran de votre salon?  Un phénomène disruptif de l’amplitude de l’avènement du iPad n’est pas à craindre par les joueurs dits “traditionnels”, mais les vents souffleront néanmoins en rafales!    Bien qu’il connaisse déjà une bonne croissance de pénétration aux USA et en Europe et qu’il connaîtra bien certainement un meilleur succès que les appareils livrant du 3D , le téléviseur dit intelligent rencontre un défi de taille car il ne parviendra jamais à satisfaire à lui seul l’expérience que les utilisateurs recherchent à travers le web, soit d’être foncièrement orienté vers l’échange social et le choix personalisable. La raison pour cela est simplissime:  l’écran TV demeure fondamentalement un écran partagé.  Les fonctionnalités de médias sociaux et de personnalisation de la programmation font peu de sens lorsque le terminal est destiné à être employé par plusieurs personnes en même temps.  La réponse réside donc dans le multitâche(multitasking) : tous devant la TV et chacun avec son deuxième écran pour étendre l’expérience de visionnement. Dans ce contexte, l’intégration verticale de la plupart de joueurs de l’industrie est le début d’une réponse sensée à l’obligation d’être sur tous les écrans.  Encore faut-il que les groupes médias abattent les silos et fassent converger autre chose que leurs services: leurs stratégies de programmation, la force de vente publicitaire et l’offre de contenus doivent suivre cette même logique. À lire aussi: (en anglais) : La différence entre TV connectée, Social TV et TV élargie: &  http://meta-media.fr/2011/11/22/cest-le-tour-de-la-tele/

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Catalina Briceño
Reconnue comme une communicatrice et mobilisatrice hors pair, Catalina Briceño accompagne depuis 20 ans des entreprises médiatiques et culturelles dans le développement et le déploiement d’initiatives de transformation numérique, d’innovation et de diversification. Parmi ses réalisations marquantes, mentionnons son rôle dans la croissance et le succès international des Têtes à claques (Salambo Productions) ainsi que la création et la direction du service de veille stratégique du Fonds des médias du Canada (2010-2018). Professeure invitée à l’École des médias de l’UQAM, elle partage aujourd’hui sa passion pour la veille stratégique et la réflexion prospective sur l’avenir de la télévision et des médias avec ses étudiants et ses collègues de l’industrie.

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