Tobo Studio: la gestion à hauteur de femmes

En collaboration avec Femmes du cinéma, de la télévision et des médias numériques (FCTMN), FMC Veille part à la rencontre de femmes inspirantes, à l’occasion d’une série de contenus autour de l’entrepreneuriat au féminin dans les industries des écrans. Pour ce troisième volet, FMC Veille est allé à la rencontre des trois femmes qui se partagent les fonctions de présidente-directrice générale au sein de Tobo Studio, une entreprise qui crée des jeux numériques et des expériences interactives multiplateformes pour enfants de tous âges. Un modèle de gestion unique développé par Judith Beauregard, Kathleen Farrell et Florence Roche.

La passion des contenus jeunesse

Entrer dans les locaux de Tobo Studio, c’est faire face à un mur… de prix et de récompenses. Nous en avons compté 30, et il semble que tout ne soit pas encore affiché. Pour une société qui n’a que sept années d’existence, c’est tout un exploit. Il faut dire que, depuis sa création, Tobo Studio a développé une centaine de projets destinés aux enfants et aux familles – créneaux de prédilection de l’entreprise. Cette orientation est au cœur de l’alliance des trois « co-PDG » et, très certainement, de leur succès.

Kathleen Farrell et Florence Roche, Tobo Studio
Judith Beauregard, Tobo Studio

En effet, si leurs carrières respectives ont commencé dans le domaine technologique et numérique, le public jeunesse est devenu une évidence quand elles sont devenues mères. Elles se qualifient d’ailleurs elles-mêmes de « numèriques ». Pour Judith Beauregard, « la production jeunesse, c’est ce qui a du sens pour nous et c’est important de travailler sur des choses qui ont du sens. » D’ajouter Kathleen Farrell : « Et cela nous permet de toucher à des choses intelligentes et belles. » « Sans parler du plaisir de travailler dans un secteur plutôt sain, où les gens ont de bonnes valeurs », conclut Florence Roche.

C’est donc cette quête de sens et de valeurs qui leur a donné l’élan nécessaire pour que la division jeunesse qu’elles avaient développée ensemble au sein du studio de jeux vidéo ODD1 vole de ses propres ailes. Une aventure entrepreneuriale qu’elles ne conçoivent qu’à trois têtes.

Diviser pour mieux gérer

Bien que Kathleen Farrell et Florence Roche soient toutes les deux titulaires d’un MBA et que Judith Beauregard ait plus ou moins mis l’entrepreneuriat sur sa liste de « choses à faire un jour », créer leur propre entreprise n’était pas un plan de carrière. Cependant, quand ODD1 a voulu se départir de son secteur jeunesse, elles ont vu le potentiel de développement des projets sur lesquels elles travaillaient et les ont rapatriés au sein de Toboggan, le nom initial de Tobo Studio.

« Nous n’aurions certainement pas démarré ce projet individuellement, mais le fait d’être trois nous a donné l’élan nécessaire et ça a tout changé. », explique Florence Roche. « Nous sommes trois personnalités juste assez semblables, mais juste assez différentes pour que cela fonctionne », ajoute immédiatement Judith Beauregard.

Elles tiennent toutefois à souligner le rôle essentiel de leurs anciens employeurs de Tribal Nova. En effet, ces derniers les ont accompagnées dans la création de l’entreprise, à la fois en leur apportant un soutien financier et en leur prodiguant des conseils stratégiques pour les aider à gérer tous les aspects légaux et administratifs liés au démarrage de la structure.

« Nous n’aurions certainement pas démarré ce projet individuellement, mais le fait d’être trois nous a donné l’élan nécessaire et ça a tout changé. »

Le mode de gestion relève donc du rôle de « présidente-directrice générale », lequel a été défini naturellement en fonction de l’expérience passée et des forces de chacune. Florence Roche et Judith Beauregard sont productrices exécutives et se concentrent sur l’externe : ainsi, elles s’occupent du développement et du financement des projets et assurent le démarchage ainsi que le développement des affaires au Canada et à l’international. Pour sa part, Kathleen Farrell est tournée vers l’interne et met ses capacités d’optimisation de processus et de gestion d’équipe au service du studio, de la production et des ressources humaines. « Beaucoup d’entrepreneurs ne comprennent pas comment ça marche à trois; pour moi, c’est le contraire. Je ne pourrais pas fonctionner autrement. J’ai même envie de leur dire “Mais comment faites-vous seuls?” », ajoute-t-elle. Elle n’hésite pas à conclure que cette façon de gérer est un des critères qui rend Tobo Studio si unique.

Kathleen Farrell, Tobo Studio

La visite du studio tend à le confirmer. Nous sommes dans un mode de gestion bienveillant qui se ressent dans la culture de l’entreprise. La conciliation « travail-famille » est une évidence même: horaires flexibles, possibilité de télétravail, travail à temps partiel, tout est fait pour que les employés se sentent respectés. Mais au-delà de ces aménagements, il y a surtout la responsabilisation des emloyé.e.s et une aversion réelle pour la microgestion. « Nous nous sommes beaucoup inspirées de la méthode du « design thinking » quand nous avons démarré, explique Florence Roche. « Ce mode de travail itératif permet de faire participer tout le monde à différentes étapes et de responsabiliser tout un chacun. » Il en résulte un taux de roulement plutôt faible dans une industrie où la concurrence salariale est bien réelle.

« Beaucoup d’entrepreneurs ne comprennent pas comment ça marche à trois; pour moi, c’est le contraire. Je ne pourrais pas fonctionner autrement. »

Mais, ce qui se ressent surtout, c’est la passion authentique pour les projets dans lesquels Tobo est actif, la trentaine d’employés que compte le studio produisant entre 15 et 20 projets simultanément. « Des contenus qui nous allument, que ce soit ceux que nous produisons en service ou nos propres projets que nous commençons à développer. », explique Florence Roche.

Voir grand tout en restant soi-même

En effet, si le cœur de l’activité de Tobo demeure la production de services, l’entreprise travaille sur deux autres fronts: le service-conseil et les projets originaux. Créé en 2015, le Tobo Lab offre aux entreprises qui le souhaitent un accompagnement personnalisé sur les tendances, les usages et les outils et – surtout – l’accompagnement en gestion de communautés et de médias sociaux pour la production numérique dans le secteur jeunesse. « Aujourd’hui, les plans de découvrabilité sont devenus une composante importante de la production. Nous savons depuis longtemps ce que c’est », explique Kathleen Farrell.

« Parce qu’une énorme concurrence règne dans le monde de la production de jeux pour enfants et elle est mondiale. Nous savons développer des stratégies solides pour nous démarquer et c’est une expertise que nous avons décidé de monétiser », précise Judith Beauregard. Ce travail est aussi le fruit d’une activité de veille permanente, au niveau tant des contenus que de la technologie, que se partagent les deux productrices exécutives et dont on peut suivre les résultats en continu sur le « Tobo-Blogue ».

Cette veille, jumelée à la participation à de nombreux marchés dans le monde, leur permet aussi d’anticiper des enjeux que d’autres ne voient pas venir. C’est ainsi qu’est né Smala, un des projets originaux développés par Tobo. Il s’agit d’une application qui permet de connecter de façon ludique les membres d’une même famille, de toutes générations, dans un contexte sécuritaire qui respecte la vie privée – contrairement à la plupart des plateformes sociales existantes.

Tobo ne voit pas son avenir sous le signe de la croissance à tout prix, mais sous le signe de la diversification, que ce soit au niveau des contenus – on pense notamment à des partenariats avec la Maison Théâtre ou la Philarmonie de Paris – ou au niveau géographique (40% du chiffre d’affaires se fait actuellement à l’international). « Nous travaillons sur un horizon de trois ans… en sachant très bien que la troisième année sera volatile. C’est le propre de l’univers numérique où tout change très vite », constate Kathleen Farrell.

En tout état de cause, cet horizon aura toujours dans sa mire avant tout la qualité de ces projets « qui ont du sens » et qui font que Judith, Kathleen et Florence avouent se coucher chaque soir en se disant « mission accomplie ».

Photos par Sandra Larochelle

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